| Chronique | |||||
![]() Parmi la Grande Recrue de 1653, quatre chirurgiens s’engagent pour la Nouvelle-France. Seulement trois d’entre eux honorent leur contrat. Il s’agit d’Étienne Bouchard, de Louis Chartier et de Pierre Piron. En Nouvelle-France, les chirurgiens sont parmi les mieux payés. Étienne Bouchard, par exemple, gagne annuellement 150 livres. Il faut savoir que le salaire des engagés varie selon leur métier. Un simple défricheur gagne en moyenne 60 à 75 livres par année, tandis que celui qui pratique deux métiers (défricheur et maçon, par exemple) espère gagner 100 livres et davantage. Quel est le rôle du chirurgien aux 17e et 18e siècles? Dans la société très hiérarchisée du Régime français, il y a une nette différence entre le métier de médecin et celui de chirurgien. D'abord, leur formation est différente. Le médecin étudie de six à sept ans avant d’exercer sa profession, alors que le chirurgien apprend souvent le métier «sur le tas».* Tel est le cas de Pierre Piron qui apprend le métier de ses ancêtres. Ensuite, l’un se distingue de l’autre par son positionnement dans la pyramide sociale. Le chirurgien est associé au statut de bourgeois, tandis que le médecin appartient à classe nobiliaire. Or, par définition, le noble est celui qui refuse toute forme de travail manuel. Pour lui, travailler de ses mains est une activité dégradante, réservée au «petit peuple» et à la roture. Conséquemment, c’est le chirurgien qui assume le côté pratique du travail médical. Il ampute, incise les abcès, extrait les dents, panse les plaies, effectue les saignées, etc. De fait, il est méprisé par le médecin qui s’occupe, quant à lui, du travail intellectuel. Ce dernier prescrit et diagnostique, mais ose à peine palper le patient pour ce faire. Cela pose un problème évident pour détecter les symptômes d'une maladie. C’est à la fin du 18e siècle que cette rivalité prend fin et que la chirurgie est considérée à sa juste valeur. Par ailleurs, il est intéressant de mentionner que la profession de chirurgien est longtemps confondue avec celle de barbier. En effet, dès le 15e siècle, les barbiers effectuent les saignées, au même titre qu’ils coupent les cheveux ou rasent la barbe. C’est seulement le 23 avril 1743, par une ordonnance de Louis XV, que les droits des chirurgiens sont déclarés officiellement. Dès lors, ils exercent leur savoir séparément des barbiers. Plus éduqués que ceux-ci, ils apprennent le latin et la philosophie et obtiennent certains droits et privilèges. Une chose est certaine, heureusement pour nous, le métier a fort évolué depuis le Grand siècle! Nous vous donnons rendez-vous le 4 novembre, avec le scieur de long.
Sources: LEBRUN, François. Se soigner autrefois: médecins, saints et sorciers aux 17e et 18e siècles, Paris: Messidor/Temps actuels, 1983, 202 p. DEMESY-MAURENT, Jeannine. «Maître chirurgien à la veille de la Révolution» Cahiers d’histoires, vol. 33, no 1, 1988, pp. 43-70 BARIETY, Maurice; COURY, Charles. Histoire de la médecine, Paris: Fayard, 1963, pp. 585-586 |
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