Chronique
Quatrième épisode
AU NOM DE QUEL SAINT?

Profondément croyants, nos ancêtres mettaient leur confiance dans le culte des saints pour vivre le quotidien et affronter les épreuves. Représentés en images, en statues, en médailles ou vénérés par le biais des reliques, les saints sont invoqués pour conjurer les maux de tous genres: épidémies, sécheresses, guerres, etc. À un niveau plus individuel, le fidèle demande la protection d’un saint pour régler un problème personnel, guérir une maladie, bénir son mariage...

En Nouvelle-France, les saints sont invoqués le plus souvent pour demander une guérison, pour prévenir les naufrages, les incendies, les famines ou encore pour obtenir de l’aide matérielle ou spirituelle. Il semble à ce titre que sainte Anne récolte la palme en tant que sainte la plus sollicitée. Suivent la Sainte Vierge, saint Joseph et saint Augustin. Fait intéressant, plusieurs demandent l’intercession des saints ayant vécu au pays. On attribue de la sorte, quelques guérisons au père Jean de Brébeuf, martyrisé par les Iroquois au 17
e siècle et canonisé en 1930.

Chaque saint est réputé pour intervenir dans un domaine, souvent déterminé à partir de ce qu’il a réalisé dans sa vie. Saint Roch, par exemple, invoqué contre les maladies contagieuses et la peste, consacra sa vie à soigner les pestiférés.

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Saint Charles de Borromé, patron de la Pointe-Saint-Charles, par Pierre Leber, 17e siècle.
Saint Joseph et l’Enfant, par Soeur Sainte-Catherine-des-Anges, CND, date inconnue. Ex-voto, 1812. L’ex-voto est un objet offert pour l’obtention ou en remerciement d’une grâce. L’ex-voto est déposé dans une église ou une chapelle.
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À quel saint se vouer en cas de besoin? Voici quelques suggestions plus ou moins connues:

-   Pour retrouver un objet perdu, priez saint Antoine de Padoue;
- Pour soulager des maux de gorge, invoquez saint Blaise. Autrefois, tous les trois février, jour de sa fête, les fidèles se rendaient à l’église pour la bénédiction des gorges;
- Décédée à la suite d’un long martyre où on lui crève les yeux, sainte Lucie protège les aveugles et est invoquée pour soulager les affections oculaires;
- Saint Hubert est invoqué pour guérir les blessures de chasse ou les morsures de chien;
- Votre conjoint ronfle terriblement? Il semble que prier saint Bernard est efficace pour régler ce problème!


En plus de permettre l’obtention de faveurs particulières, le culte des saints offre une protection aux dévots. Les villes, les corps de métiers, etc. sont donc souvent associés à un saint patron. Au Québec, la plupart des villages portent le nom d’un saint. Mentionnons Montréal, protégé par la Sainte Vierge, à cause de son ancienne appellation, Ville-Marie.

Être en odeur de sainteté...
Au Moyen Âge, les saints jouissent d’une popularité sans borne. En 1171, pour éviter que l’on proclame saint n’importe qui, le pape Alexandre III réserve au souverain pontife le droit de canonisation. On établit, par la suite, les règles de procédure qui furent réformées plusieurs fois au fil des siècles.

La canonisation suit un processus complexe et n’est proclamée qu’au terme d’une longue enquête juridique où les vertus et les miracles associés au «candidat» sont reconnus. Généralement, la démarche est entreprise par un groupe de fidèles affirmant que des personnes ont été miraculées grâce à l’intercession du serviteur de Dieu.

Certains critères sont considérés comme des signes incontestés de sainteté, par exemple, le fait que le corps du saint ne se putréfie pas après la mort et qu’il dégage un parfum agréable. Plusieurs histoires autour des saints mentionnent cet attribut. On raconte, par exemple, qu’en 1933, à Nevers (France) on ouvrit le cercueil de sainte Bernadette Soubirous et qu’il s'en dégagea une odeur de roses... D’où l’expression commune «Être en odeur de sainteté».

Pour connaître l’ensemble de la procédure de canonisation, consultez la page suivante:
http://jeanpaul2.cef.fr/enseignement/canonisation-beat_01.html

Plusieurs noms de rues et de quartiers montréalais portent des noms de saints. Dans certains cas, la toponymie rend hommage à la fois au patron et à un personnage illustre. La rue Saint-Paul désigne l’apôtre saint Paul, mais aussi Paul de Chomedey sieur de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie. Le quartier Pointe-Saint-Charles honore à la fois saint Charles de Borromé et Charles LeMoyne, explorateur et riche marchand de fourrures en Nouvelle-France.

Avec les prières, les messes et les pèlerinages, un des moyens de recours utilisés pour invoquer les saints est la vénération des reliques. Pour en savoir plus sur ces objets de dévotion, nous vous donnons rendez-vous le 4 mai 2004.


Sources:
CLICHE, Marie-Aimée. Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France. Comportements populaires et encadrement ecclésial dans le gouvernement de Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1988, 354 p.

DAWSON, Nelson-Martin. «Les dévotions populaires une assurance tous risques», Cap-aux-diamants, n
o 26, été 1991, p. 14-17.


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