Chronique
Sixième épisode
EN ROUTE VERS LE SALUT

Jusque dans les années ‘60, le quotidien des Québécois suit le rythme des célébrations et des exercices religieux. Entre les fêtes chrétiennes, les processions et la messe dominicale, les pèlerinages occupent une place importante. Chaque année, à la manière des premiers pèlerins marchant vers Jésuralem ou Saint-Jacques-de-Compostelle, les membres de la famille se rendent dans un des lieux de pèlerinages, pour signifier leur foi. Petits et grands attendent avec impatience cette journée de recueillement, véritable voyage rempli de surprises.

Le lieu de pèlerinage le plus ancien du Québec est la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. En 1658, on érige une première chapelle, après que des marins bretons eurent transplanté le culte de sainte Anne, mère de la Vierge Marie, en Nouvelle-France. Lieu de dévotion majeur, on atteste plusieurs cas de guérisons miraculeuses dans ce sanctuaire. Les colonnes de l’église, ornées de centaines de béquilles, témoignent de ces rétablissements inespérés.

Montréal, le premier lieu de pèlerinage se trouve sur le mont Royal, à l’endroit où Maisonneuve, fondateur de la ville, plante une croix pour remercier la Providence d’avoir épargné la colonie d’une inondation, en 1642. Marguerite Bourgeoys, recrue de 1653, fera relever cette croix, mais, plus tard, la menace iroquoise rend l’accès à ce site pratiquement impossible. Pour remédier à la situation, après plusieurs difficultés et délais, elle fait ériger, en 1675, une petite chapelle qui devient le nouveau lieu de pèlerinage. Reconstruite en 1771, après un incendie, c’est aujourd’hui la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, dans le Vieux-Montréal.

musée, collection, patrimoine, histoire, Nouvelle-France, culture
«Occuper, fatiguer et imprégner les fidèles, tels sont les impératifs de la composition du lieu sacré pour la délivrance des pèlerins.» Dans cette lignée d’esprit, les fidèles montent à genoux les marches de l’Oratoire Saint-Joseph. Ils s’arrêtent à chaque marche pour réciter une prière, 1955, collection Centre d’histoire de Montréal.
   musée, collection, patrimoine, histoire, Nouvelle-France, culture
Foule de pèlerins réunis à l’Oratoire Saint-Joseph,1960, © Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal


Il faut attendre deux siècles et demi et la détermination d’un homme des plus modestes, le frère André, pour que le mont Royal retrouve sa vocation première. En 1904, une chapelle dédiée à saint Joseph est construite. Elle est remplacée, à partir de 1915, par l’Oratoire Saint-Joseph, sans conteste le lieu de pèlerinage le plus populaire au 20e siècle.

Outre les endroits mentionnés plus haut, le Québec regorge de lieux de culte. Mentionnons le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap au Cap-de-la-Madeleine, près de Trois-Rivières; le Montmartre Canadien à Sillery; et la Tour des Martyrs à Saint-Célestin, près de Nicolet, seul sanctuaire au monde dédié au culte des saintes reliques.

La plupart des lieux de pèlerinages furent établis au début du 20e siècle, alors que la ferveur religieuse et la dévotion des catholiques québécois sont à leur comble. En ces temps de crise - c’est l’époque de la grippe espagnole, de la Première Guerre mondiale (1914-18) et de la Crise économique de 1930 - les pèlerins se rendent par centaines prier pour demander l’intercession divine et obtenir de l’aide spirituelle et matérielle. Après la visite du sanctuaire, ils assistent parfois à une messe autour d’un autel, placé à l’extérieur et prévu à cet effet. Les lieux de pèlerinages comportent souvent un calvaire et un chemin de croix extérieurs.

musée, collection, patrimoine, histoire, Nouvelle-France, culture
Pèlerinage au reliquaire de Saint-Célestin, début du 20e siècle, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec
   musée, collection, patrimoine, histoire, Nouvelle-France, culture
Pèlerinage au Cap-de-la-Madeleine.
1906, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec


Le pèlerinage complété, chacun retourne chez soi avec sa provision de médailles, de statuettes, d’images pieuses, d’huile miraculeuse, d’eau bénite et d’autres souvenirs. Ces derniers attestent du pèlerinage accompli; pèlerinage qui sera renouvelé l’année suivante.

Semblables aux pèlerinages, les processions sont récurrentes dans le Québec des siècles derniers. Pour en savoir plus sur ces dévotions populaires, nous vous donnons rendez-vous le 1er juin 2004.



Retour