Chronique
Septième épisode
DÉFILER POUR LA GLOIRE DE DIEU


Dans certaines paroisses rurales, on organise encore des processions religieuses, comme c’était le cas partout au Québec, il y a cinquante ans. À cette époque, plusieurs fois par année, les rues des villes et des villages se remplissent de fidèles, défilant en cortège pour honorer un saint ou souligner une fête religieuse.

Au Québec, l’origine des processions remonte au 17
e siècle. Les colons, venus peupler la Nouvelle-France, apportent avec eux les traditions de la Mère patrie et organisent les premiers défilés. À titre d’exemple, les Jésuites relatent pas moins de quatre défilés religieux, pour l’année 1646. Par la suite, la popularité et le nombre de processions ne cessent de croître. Tous s’entendent pour dire que c’est à la fin du 19e siècle que l’on assiste aux défilés les plus grandioses.

Le clergé catholique, les confréries, les communautés religieuses, etc. organisent les défilés ayant pour but d’attiser la foi des fidèles. Certaines processions se déroulent au niveau local - dans un village ou dans une école, par exemple - d’autres, de plus grande envergure, sont organisées simultanément dans plusieurs paroisses de la province. C’est le cas des deux défilés annuels les plus importants: la procession de la Fête-Dieu et celle du Sacré-Coeur.

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Procession de la Fête-Dieu à Montréal, aussi appelée fête du saint Sacrement ou Corpus Christi, 1959, collection du Centre d’histoire de Montréal
Défilé dans les rues du village de Saint-Félicien, 1909, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec

Peu importe leur ampleur, les processions suivent, à quelques détails près, le même canevas. Les fidèles se réunissent à l’église, point de départ de la cérémonie. Après avoir entendu la messe, les gens se rassemblent derrière la bannière du groupe dont ils font partie: communauté religieuse, école, confrérie, etc. Tous ces groupes forment un long cortège, défilant dans les rues en récitant des prières et chantant des cantiques. Le prêtre ouvre ou ferme la marche, élevant un ostensoir, une croix ou une bannière à l’effigie d’un saint, selon la procession en cours. Il est suivi ou précédé des fidèles portant également des bannières et parfois, la statue d’un saint, fixée à un brancard. On encense le parcours, parsemé de fleurs et bordé d’arbres coupés, souvent des sapins. De chaque côté, les maisons sont ornées de rubans, de fleurs, de drapeaux pontificaux et d’images pieuses.

Deux ou trois fois, le cortège s’arrête devant un reposoir tout décoré. C’est un autel provisoire, dressé à l’extérieur, pour déposer le saint Sacrement. Le prêtre y bénit les fidèles et les invite à réciter des prières. La procession se termine là où elle a commencé: à l’église. Le prêtre bénit une dernière fois les fidèles qui retournent chez eux, jusqu’à la prochaine procession.

Outre les processions soulignant les grandes fêtes religieuses, comme la procession de l’Assomption, les Rogations et les fêtes patronales, les défilés religieux sont organisés pour demander l’intercession divine, en cas de fléau. De nombreux documents attestent de cette réalité. Ainsi, en 1702, on défile en l’honneur de saint Roch et de saint Sébastien dans l’espoir d’échapper à une épidémie de petite vérole dévastant le pays. En 1722, on organise une procession à la Mère de Jésus, pour que cesse une sécheresse sévissant depuis trois mois. On raconte qu’au retour de cette procession, il plut sans arrêt pendant trois jours.

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Procession tenue à l’occasion du congrès Eucharistique de 1910, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec
Procession, 20e  siècle
Tous droits réservés © Maison Saint-Gabriel 

Comme la majorité des dévotions populaires de nos ancêtres, les défilés religieux disparaissent presque complètement avec la Révolution tranquille des années ‘60. Cependant, n’oublions pas qu’elles ont profondément marqué la culture et l’identité québécoises.

Voilà pour la dernière chronique portant sur les dévotions populaires au Québec. Nous vous donnons rendez-vous le 15 juin 2004, avec un nouveau thème.

Source:
musée DU QUÉBEC. Le grand héritage. L’Église catholique et les arts au Québec, Québec, Bibliothèque nationale du Québec, 1984, 369 p.


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