Chroniques

La course des bois: les coureurs des bois

Aux 16e et 17e siècles, la mode européenne connaît un fort engouement pour les fourrures. Le vison, le lynx, la loutre et la martre enjolivent les étoles, les manchons et les capes. L’hermine, toute blanche avec un soupçon de noir, procure aux manteaux des rois une majestueuse beauté. Également populaire, le feutre de castor fournit aux chapeaux à larges bords une incomparable imperméabilité.

Les fourrures en provenance de Russie et de Scandinavie sont coûteuses pour les pelletiers français et elles ne sont pas toujours de la meilleure qualité. Les commerçants comprennent ainsi rapidement l’intérêt de tirer profit des fourrures nord-américaines, qu’on dit abondantes, diversifiées et magnifiques, en raison de la rudesse du climat. Dans les efforts de colonisation français, la traite des fourrures sera un facteur déterminant. C’est elle qui force l’exploration du territoire et l’établissement de bonnes relations avec les peuples amérindiens.

En quête de peaux de castor et de pelleteries, des milliers d’hommes ont suivi les cours d’eau et parcouru les forêts d’Amérique du Nord. Selon leur statut et leur époque, ils portent différents noms. Ils sont les coureurs des bois, les voyageurs, les pedleurs, les hommes du Nord, les mangeurs de lard, les trappeurs. De passage ou installés, ils connaissent une vie hors des sentiers battus et jouissent d’une grande liberté. Cette chronique est une invitation à découvrir leur quotidien passé en marge de la colonie.

La course des bois: les coureurs des bois

Peinture: Voyageurs à l'aube Source: Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Frances Anne Hopkins/C-002773

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Premier épisode
Les chemins de la fourrure
Les chemins de la fourrure

Aquarelle: Arrival and Stay at Rockfort
Source: Bibliothèque et Archives Canada/C-001920

Pour accéder aux richesses de la forêt, les Européens s’adressent à de grands peuples de chasseurs, les Amérindiens. Les premiers contacts se produisent sur la côte atlantique et sur les rives du Saint-Laurent. Les Indigènes s’y rendent pour échanger leurs fourrures contre marmites, fusils, tissus et autres objets.

Rapidement, les Européens installent des postes de traite, pour faciliter cette rencontre et affirmer leur présence sur le territoire. Dans la vallée du Saint-Laurent, le premier poste français est Tadoussac, fondé en 1599. Ce poste est situé au coeur d’un large territoire exclusivement consacré au commerce des fourrures, le Domaine du roi. À partir de 1608, Québec sert également de comptoir de traite. Au cours du 17e siècle, cette ville tient annuellement des foires de fourrures, tout comme Trois-Rivières et Montréal. Ces rendez-vous à la fois commerciaux, diplomatiques et festifs sont très courus. Certaines années, près de 200 canots accostent, chargés de cent mille peaux.

Aussi intéressés au commerce des fourrures, les Hollandais et les Anglais ouvrent en Amérique leurs propres postes de traite. Les Hollandais sont établis sur la côte atlantique, près des rivières Hudson, Delaware et Connecticut. Ils y font le commerce et entretiennent quelques comptoirs à l’intérieur du continent. Le fort Orange (Albany) n’est pas très loin de Montréal. Après la conquête de la Nouvelle-Hollande en 1664, ce sont les Anglais qui prennent le relais dans ces entreprises de traite. En 1670, les Anglais mettent également sur pied la Compagnie de la baie d’Hudson. Les marchands anglais se rendent tous les étés aux postes installés sur ce territoire nordique. Les marchandises hollandaises et anglaises étant d’excellente qualité, ils constituent d’inquiétants concurrents pour les Français.

Les chemins de la fourrure

Aquarelle: Le fort Laramie
Source: Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Alfred Jacob Miller /C-000426/Don de Mme J.B. Jardine

Sous la pression de cette concurrence, au milieu du 17e siècle, les Français décident de ne plus attendre que les Amérindiens viennent les rencontrer. Ils veulent s’approvisionner à la source, afin d’empêcher que les fourrures ne soient acheminées vers des postes rivaux. Leur réseau de traite est d’ailleurs à reconstruire après la destruction de la Huronie en 1650. Le métier de coureur des bois est né. Bien des rivières seront parcourues pour aller dans les «pays d’en haut», dont le Saint-Maurice et le Saguenay. D’autres cours d’eau, telle la rivière Richelieu, sont très peu invitants en raison de la présence iroquoise.

La route par excellence du commerce des fourrures est toutefois la rivière des Outaouais, et son point de départ est Lachine. Cette route est formée d’une série de lacs, de petites rivières, de rapides et de chutes d’eau. À partir de la rivière des Outaouais, il est possible d’emprunter le lac Témiscamingue et la rivière Abitibi pour accéder à la baie d’Hudson. Pour atteindre les Grands Lacs, il faut tourner à gauche à la fourche de la Mattawa, emprunter la petite rivière, traverser le lac Nipissing, puis la rivière des Français, pour accéder au lac Huron. À la jonction des lacs Huron et Michigan, se trouve le poste important de Michillimakinac, à 1500 km de Lachine. Les voyageurs le découvrent après plus d’un mois de canot et 36 portages. Les postes éloignés sont fréquentés par des employés du commerce des fourrures, mais aussi par des militaires, des gens de métier et des missionnaires. Autour de ces postes, quelques Amérindiens s’installent, tissant des liens avec les gens du poste.

Après Michillimakinac, les Français poursuivent leur exploration. Ils installent bien d’autres postes, dont celui de Détroit. Ils font route vers le sud, suivant la rivière Mississipi qui les mène à la Louisiane. Ils pénètrent dans les prairies jusqu’aux montagnes Rocheuses et atteignent même l’océan Arctique.

Après la Conquête, la Compagnie du Nord-Ouest met en place un système de traite dont le point central est Grand-Portage, un poste situé à l’extrémité ouest du lac Supérieur. Certains voyageurs partent de Lachine et s’y rendent pour en rencontrer d’autres, partis du fort Chipewyan, sur le lac Athabasca (Alberta). Après la fusion de la Compagnie du Nord-Ouest et de la Compagnie de la baie d’Hudson en 1821, de nombreux postes sont établis jusqu’au Pacifique, dont certains deviennent des magasins à rayons au 20e siècle.

Les rivières du continent américain ont mené les participants au commerce des fourrures bien loin des foyers de colonisation. Pour en savoir plus sur les hommes qui ont choisi de suivre ces chemins, nous vous donnons rendez-vous le 3 mars 2009.

Sources
  • CARON, Diane. Les postes de traite de fourrure sur la Côte-Nord et dans l'Outaouais. [Québec], Ministère des affaires culturelles, [1984]. 150 pages.
  • GERMAIN, Georges-Hébert. Les coureurs des bois: la saga des indiens blancs. Outremont, Libre expression, [Ottawa], Musée canadien des civilisations, 2003. 158 pages.
  • POMERLEAU, Jeanne. Les coureurs de bois: la traite des fourrures avec les Amérindiens. Sainte-Foy, Éditions Dupont, 1994. 143 pages.

Deuxième épisode
Un métier risqué, mais attrayant
Un métier risqué, mais attrayant

Aquarelle: Canot descendant les rapides, Canada-Est
Source: Bibliothèque et Archives Canada/Collection W.H. Coverdale/C-040192

Voyager jusqu’au coeur d’un territoire peuplé de tribus amérindiennes est loin d’être une aventure sans périls. Le baron de Lahontan qualifie d’ailleurs ceux qui entreprennent ce voyage de « coureurs de risques ». Ces hommes s’exposent à la noyade, aux blessures et, à certaines époques, à de fatales rencontres avec les Iroquois. Ils travaillent durement et affrontent la faim et le froid. Malgré tout, au cours des 17e et 18e siècles, à Montréal, près de 14 000 hommes s’engagent sur cette voie. Le jeu en vaut la chandelle, les coureurs des bois réalisent parfois d’importants profits et certains voyageurs reçoivent jusqu’à dix fois le salaire d’un soldat. Quand ils reviennent, ces aventuriers sont hautement considérés et admirés.

Beaucoup de jeunes hommes espèrent, à leur image, prouver leur valeur en entrant dans les bois. Ils viennent de divers milieux. Ils sont fils de cultivateurs, d’artisans, de bourgeois, de manoeuvres, de soldats démobilisés. Ils sont jeunes, âgés généralement de 20 à 35 ans et, idéalement, de petite taille. À l’âge de la retraite, ils s’établissent dans la colonie ou restent mêlés aux Amérindiens. Certains deviennent marchands.

L’épopée des coureurs des bois débute vers le milieu du 17e siècle, mais ils ne sont pas les premiers Français à vivre parmi les «sauvages». Avant eux, quelques-uns s’y sont rendus pour apprendre, non sans difficultés, les langues amérindiennes. Les interprètes sont utiles lors de la traite des fourrures et lors de pourparlers diplomatiques. Ils assistent les explorateurs et les missionnaires. Quand la fourrure commence à s’entasser chez les Amérindiens, l’interprète leur rappelle qu’il est temps d’aller la porter aux Blancs.

Les missionnaires de la Compagnie de Jésus figurent également parmi les premiers Européens à pénétrer dans les forêts nord-américaines. Ils sont accompagnés de «donnés», des hommes à tout faire s’occupant des transports, des constructions, du défrichage. Ces hommes renoncent à leurs biens et risquent leur vie en échange du nécessaire pour assurer leur subsistance. Quelques-uns deviendront, plus tard, coureurs des bois.

Vers les années 1660, les colons français commencent à pénétrer le territoire en quête de fourrures. Les foires étant une occasion pour eux de côtoyer les Amérindiens, plusieurs colons en profitent pour repartir avec eux. Ceux qui se lancent dans l’aventure doivent être robustes, mais aussi audacieux et avoir de l’entregent, afin de pouvoir négocier efficacement. Tous les habitants peuvent traiter avec les Amérindiens, à condition de vendre les peaux et les fourrures à l’organisme détenteur du monopole du commerce. À partir de 1664, il s’agit de la Compagnie des Indes occidentales.

Rapidement, les autorités constatent la préférence des colons pour la traite, au détriment de l’agriculture. Il faut dire que le manque de femmes n’encourage pas l’établissement sur une ferme, et la perspective d’enrichissement par les fourrures est séduisante. Pour freiner la course des bois, des règlements sont énoncés. En 1673, on interdit à quiconque de prendre le bois pour plus de 24 heures. En 1676, on demande aux habitants d’attendre la venue des Amérindiens à leur maison. En 1678, on interdit la chasse à plus d’une lieue du domicile. Malgré les menaces d’amendes et d’emprisonnement, nombreux sont les coureurs des bois qui continuent de se rendre au pays des Outaouais, établissant, avec le soutien des marchands, un vaste réseau de traite. En 1680, ils sont 600 à 800 hommes à le faire. À partir de 1681, le gouvernement décide d’accorder des congés permettant à certains traiteurs de se rendre dans les pays d’en haut. Obligatoire, le permis est valide pour un an.

En 1680, à Montréal, 35 marchands fournisseurs se spécialisent dans la traite des fourrures. Ils s’approvisionnent en marchandises, obtiennent des permis, équipent des canots et engagent des hommes. Généralement, ces marchands ont déjà fréquenté la forêt. Ils ont de l’argent, des relations, le sens des affaires. Sous le Régime français, quelques familles dominent l’organisation de la traite des fourrures. D’autres marchands, les marchands-voyageurs, se rendent avec leur équipe dans les pays d’en haut, travaillant pour d’autres ou à leur propre compte. Certains hommes choisissent de s’engager auprès des marchands. Ils deviennent des voyageurs. Ces professionnels se soumettent à plus de contraintes que les coureurs des bois, qui sont libres. Ils ne servent qu’un maître pour la durée du contrat et sont menés par un chef qu’on appelle bourgeois.

Après la Conquête, les marchands anglophones et francophones poursuivent les activités de traite. Ils continuent d’engager des coureurs des bois canadiens-français qui sont itinérants, par opposition aux employés de la Compagnie de la baie d’Hudson qui attendent les Amérindiens dans les postes. Pour cette raison, ils sont appelés pedleurs (colporteurs). En 1783, les marchands se regroupent pour fonder la Compagnie du Nord-Ouest qui emploie, au tournant du 19e siècle, un millier d’hommes. Les recruteurs de la Compagnie du Nord-Ouest se présentent chaque année à Lachine et dans d’autres villages. Pour attirer les futurs candidats, ils les reçoivent dans un contexte festif, racontant des histoires où l’aventure paraît toujours belle et excitante.

Le système de traite de cette compagnie comportant de nombreux postes éloignés, certains employés passent l’hiver dans l’arrière-pays. Ils sont, pour cela, mieux rémunérés. On les appelle les hivernants ou hommes du nord. À chaque année, ils rencontrent des voyageurs qui font l’aller-retour, appelés mangeurs de lard. La compagnie engage également d’autres travailleurs. Le commis tient les livres de comptes et est responsable d’un poste. Les gardiens y veillent jour et nuit pour accueillir les Indigènes. Les guides, très influents, indiquent le chemin et les portages aux voyageurs. Les messagers transportent le courrier. Certains se déplacent à pied, en traîneau à chiens ou en canot entre les postes, d’autres font le voyage jusqu’à Montréal. Dans les postes, se trouvent aussi des armuriers qui travaillent le fer, et des tonneliers.

Ces hommes aux horizons divers ont en commun d’emprunter des routes les menant au centre du continent, au coeur d’un univers «sauvage». Pour en savoir plus sur le travail qui attend les coureurs des bois et les voyageurs, nous vous donnons rendez-vous le 17 mars 2009.

Sources
  • CARON, Diane. Les postes de traite de fourrure sur la Côte-Nord et dans l'Outaouais. [Québec], Ministère des affaires culturelles, [1984]. 150 pages.
  • GERMAIN, Georges-Hébert. Les coureurs des bois: la saga des indiens blancs. Outremont, Libre expression; [Ottawa], Musée canadien des civilisations, 2003. 158 pages.
  • POMERLEAU, Jeanne. Les coureurs de bois: la traite des fourrures avec les Amérindiens. Sainte-Foy, Éditions Dupont, 1994. 143 pages.

Troisième épisode
Le travail du coureur des bois
Le travail du coureur des bois

Estampe: Voyageurs canadiens poussant un canot dans un rapide.
Source: Bibliothèque et Archives Canada/C-008373

Le voyage vers les pays d’en haut ne convient pas aux hommes paresseux. Sur les cours d’eau et dans les bois, les coureurs des bois et les voyageurs consacrent de douze à quatorze heures par jour à avancer, chargés de marchandises, ne s’arrêtant que lorsque les conditions météorologiques l’exigent. Afin d’arriver à temps aux rendez-vous et revenir avant l’hiver, ils ne doivent pas s’attarder.

Les marchandises qu’ils transportent varient en fonction des demandes des Indigènes. Au départ, les Amérindiens sont très impressionnés par tout ce qui est brillant ou coloré comme les miroirs, les breloques. Puis, leur préférence va aux objets utiles tels les couteaux, les chaudrons, les tissus, les armes à feu. Séduits par le mode de vie des Blancs, certains demandent ensuite de la farine, du porc, des ustensiles. Pour le transport, ces marchandises sont regroupées en ballots, tandis que la poudre noire et les objets précieux sont placés dans de petits tonneaux à l’épreuve de l’eau. Au retour, les marchandises sont remplacées par des fourrures pressées, emballées et recouvertes d’une bâche imperméable. Pour les protéger, on utilise entre autres la peau de bison.

Le moyen de transport idéal sur les rivières nord-américaines est le canot d’écorce de bouleau qui est léger, maniable sur l’eau et capable de recevoir de lourdes charges. Le canot est vulnérable aux roches et aux troncs d’arbres, mais facile à réparer. Pour répondre aux besoins de la traite, un canot mesurant de 10 à 12 mètres est conçu. Il est nommé canot de Montréal ou «canot de maître», d’après l’artisan Louis Maître qui en construit. Ces canots, généralement peints de couleurs vives, peuvent accueillir un équipage de 8 à 12 hommes. Ils sont utilisés entre Lachine et les Grands Lacs. Dans les pays d’en haut, des canots plus petits sont préférables.

C’est au printemps que les brigades de canots se mettent en route. Pour les voyageurs, la journée commence avant le lever du soleil, alors qu’ils doivent charger soigneusement les canots. Sur l’eau, les voyageurs adoptent un bon rythme, plongeant l’aviron dans l’eau 40 fois à la minute. Ils chantent pour marquer la cadence. À toutes les deux heures, ils font une pause, le temps d’une pipe. Les distances sont d’ailleurs souvent calculées en «pipes». À l’avant, le guide mène le canot dans les plus sûrs chemins, tandis qu’à l’arrière, l’homme de barre, debout, tient le gouvernail. Ces deux hommes sont parfois appelés les «boutes».

Sur les Grands Lacs, une voile peut être dressée pour aider les rameurs quand «la vieille souffle», c’est-à-dire quand il vente. S’il y a des vagues, il est important de les prendre de biais, le canot devant être entièrement porté par l’eau pour ne pas se briser.

Les rivières peu profondes ou parsemées de cailloux, les rapides et les chutes doivent être contournés. Lors des portages, l’équipage transporte à pied les marchandises et les embarcations sur des sentiers abrupts et accidentés s’étendant parfois sur plusieurs kilomètres. Au début du portage, les hommes plongent dans l’eau froide pour décharger le canot. Quatre d’entre eux devront le porter. Les autres utilisent des sangles appuyées contre leur front pour soutenir leurs fardeaux. Ils marchent courbés, à petits pas. Les blessures sont fréquentes lors des portages et l’équipage est vulnérable aux embuscades. Quand c’est possible, les voyageurs préfèrent diriger le canot vide à travers les rapides à l’aide de gaffes, ou bien le tirer à l’aide de cordages soit à partir de la rive, soit dans l’eau.

Dans les pays d’en haut, les hivernants expérimentent d’autres moyens de transport amérindiens, les raquettes et les toboggans tirés par des chiens.

Comme les coureurs des bois, les hivernants se chargent de la traite, une activité très délicate dont il faut connaître les règles. Chez les Amérindiens, l’échange obéit à une logique de don. On ne paie pas un objet, on honore la personne qui l’a donné et il convient d’être généreux. Les Européens doivent s’adapter à cette façon de faire.

Quand Européens et Amérindiens se rencontrent aux foires de Montréal, ils participent à tout un rituel. Les Amérindiens se présentent, bien maquillés. Le calumet de paix circule entre les chefs des tribus, le gouverneur de la ville, puis il est proposé à tous les participants avant d’être déposé sur une fourrure. Un chef amérindien proclame ses intentions pacifiques. De belles fourrures sont présentées au gouverneur, qui offre des présents en retour. Puis, les Amérindiens vont visiter les étals des marchands. Bien souvent, on sert de l’alcool malgré les interdictions, pour faciliter les contacts et fidéliser les Amérindiens. Dans les pays d’en haut, les séances de traite reprennent des éléments semblables. Durant plusieurs jours, on fume, on boit, on parle, on se proclame amis, on s’offre des cadeaux, on négocie. Le plus souvent, les Amérindiens se présentent aux postes de traite mais parfois les hivernants doivent se rendre auprès des chasseurs pour les stimuler.

Pour fixer la valeur des marchandises et faciliter l’échange, on utilise souvent en guise d’étalon une peau de castor «standard», qu’on appelle pelu. Les marchandises européennes et les diverses fourrures correspondent à un certain nombre de pelus.

La vie nomade du coureur des bois et son contact avec les Amérindiens ont une influence sur son logement, sa nourriture, ses vêtements, ses chansons, ses rituels. Pour en savoir plus sur sa vie quotidienne, nous vous donnons rendez-vous le 31 mars 2009.

Sources
  • GERMAIN, Georges-Hébert. Les coureurs des bois: la saga des indiens blancs. Outremont, Libre expression; [Ottawa], Musée canadien des civilisations, 2003. 158 pages.
  • POMERLEAU, Jeanne. Les coureurs de bois: la traite des fourrures avec les Amérindiens. Sainte-Foy, Éditions Dupont, 1994. 143 pages.

Quatrième épisode
Vivre dans le bois
La fabrication des jouets

Aquarelle: Déjeuner au lever du soleil
Source: Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Alfred Jacob Miller/C-000424/Don de Mme J.B. Jardine

En 1869, un poème de l’abbé Henri-Raymond Casgrain décrit l’univers du coureur des bois: «J’ai (...) le dôme des cieux pour palais, pour tapis j’ai la mousse fine, pour trône, les monts, les forêts»*. À cela, on pourrait ajouter que le voyageur a également pour couverture, l’humidité, et pour compagnons de voyage, les moustiques... Si la forêt offre des scènes d’une grande beauté, la vie quotidienne dans les bois comporte de multiples difficultés que les coureurs des bois apprennent à apprivoiser, entre autres, en s’inspirant des Amérindiens.

Les coureurs des bois et les voyageurs sont fréquemment mouillés, que ce soit en raison de la sueur, de la pluie ou des moments où ils doivent débarquer du canot. Ils préfèrent ainsi les vêtements en tissus plutôt qu’en peaux, car ils sèchent mieux. L’habit du coureur des bois comporte une chemise de coton ou de lin et une culotte de toile qui le couvre jusqu’aux genoux. Sur la tête, il porte une tuque de laine ou un foulard qui retient sa sueur. Il porte également une ceinture de laine aux couleurs vives, à laquelle il peut accrocher une écuelle et un sac contenant pipe, tabac, briquet. Pour les journées froides, le coureur des bois adopte le capot de laine ou, parfois, un manteau de peau d’orignal ou de caribou. Il conserve la poudre noire dans une corne bien étanche. Il transporte quelques couteaux, un fusil.

Bien adaptés à la vie en forêt, plusieurs vêtements amérindiens sont portés par les coureurs des bois et les voyageurs. L’été, le brayet remplace parfois la culotte. Au lieu des bas, ils adoptent les mitasses qui protègent les jambes des insectes, épines et ronces. Parfois, les mitasses sont faites en peau de chevreuil. Dans les pieds, les coureurs des bois optent pour les mocassins, qu’ils doublent de laine en hiver. Pour se protéger des moustiques, les Blancs imitent les Amérindiens en s’enduisant de graisse d’ours.

Chaque soir, un campement est aménagé par l’équipage. Le feu est allumé, le repas préparé. En guise d’abri, on utilise le canot renversé, qu’on peut recouvrir d’un prélart. Certains soirs, on dort à la belle étoile. Toujours, un homme guette le feu et les marchandises, réveillant ses compagnons bien avant l’aube. Lors des expéditions hivernales, les hommes bien emmitouflés dorment près du feu. Parfois, ils creusent un trou sous la neige pour se protéger du vent, garnissant le sol de branches de conifères. À l’image des Amérindiens, les voyageurs se font parfois des caches pour y entreposer vivres et marchandises.

Les aliments du voyageur et du coureur des bois doivent être légers à transporter, faciles à conserver et nourrissants. Au menu, figurent les pois, le lard salé, les biscuits, mais aussi certains aliments amérindiens dont la farine de maïs, le riz sauvage, le pemmican. Le soir, ou après un passage difficile, les hommes reçoivent un peu d’alcool. Si l’occasion se présente, ils peuvent chasser, pêcher, ramasser des oeufs et cueillir des baies mais généralement, ils ont peu de temps à y consacrer. S’ils sont à court de vivres, les coureurs des bois mangent également de la «tripe de roche», un lichen bouilli peu appétissant. Pour faire cuire les aliments sur le feu, les voyageurs utilisent des marmites, mais aussi des poêles à frire à longs manches. La vaisselle étant réduite au minimum, les hommes mangent souvent à la même chaudière.

Dans les postes de traite, les hivernants travaillent beaucoup pour assurer leur subsistance. Certains pratiquent l’agriculture et l’élevage, la pêche, la cueillette. Leur vie est parfois monotone. Pour se divertir, l’alcool, les cartes, les dames et les dominos sont fort populaires, tout comme les concours d’habileté et de force. La présence d’un instrument de musique dans un poste est toujours appréciée. Au son du fifre ou du violon, on danse et on chante. Le temps des fêtes ainsi que les grandes foires de l’été sont l’occasion pour les hommes de se rassembler et de festoyer. Pour leur part, les voyageurs ont la réputation d’avoir la parole facile. Ils jasent, échangent sur leurs aventures, évoquent des animaux fantastiques tel le windigo, se racontent des histoires de peur.

Les chansons sont fort utiles aux voyageurs. Lorsque ces derniers rament, les chants motivent les hommes et leur permettent de garder la cadence. Le rythme est rapide ou lent, selon que le canot est chargé ou léger. Les chansons à répondre et les chansons en laisse sont particulièrement appréciées. Certaines sont françaises, d’autres typiquement canadiennes. Dans les canots, les bons chanteurs sont recherchés et reçoivent un salaire plus élevé.

Quand ils affrontent des situations dangereuses, les voyageurs font des prières et des voeux, qu’ils respectent généralement. Avant le départ, ils ne manquent pas de s’arrêter à la chapelle de Sainte-Anne-de-Bellevue pour se recueillir et laisser une offrande. Ils demandent que des messes soient dites pour eux. Si un voyageur se noie, on plante son aviron sur la berge, près d’une croix rappelant le disparu.

Certains rituels sont propres à la «confrérie» des voyageurs, comme l’initiation que subissent tous les hommes durant leur premier voyage. Lors de ce «baptême», le novice est jeté à l’eau ou, dans le cas des bourgeois, arrosé à l’aide d’une branche de cèdre. Les bourgeois peuvent être épargnés en offrant de l’alcool. Les nouveaux voyageurs doivent également prêter serment. À genoux, ils sont «bénis» par le premier guide, qui les asperge d’eau. Ils promettent, entre autres, de se conformer à un code d’honneur et de répéter ce rituel avec tous les novices.

La bonne humeur et l’aptitude à faire rire qui caractérisent généralement les coureurs des bois plaisent aux Amérindiens. Certaines Amérindiennes vont jusqu’à en choisir pour époux. Pour en connaître davantage sur les compagnes du coureur des bois, nous vous donnons rendez-vous le 14 avril 2009.

* Le poème «Le coureur des bois», de Henri-Raymond Casgrain, a été publié en 1875 dans oeuvres complètes de l’abbé H.R. Casgrain. Tome 3: Légendes canadiennes et oeuvres diverses.

Sources
  • GERMAIN, Georges-Hébert. Les coureurs des bois: la saga des indiens blancs. Outremont, Libre expression; [Ottawa], Musée canadien des civilisations, 2003. 158 pages.
  • POMERLEAU, Jeanne. Les coureurs de bois: la traite des fourrures avec les Amérindiens. Sainte-Foy, Éditions Dupont, 1994. 143 pages.

Cinquième épisode
La vie amoureuse des coureurs des bois
La vie amoureuse des coureurs des bois

Aquarelle: Jeune mère indienne traversant un ruisseau
Source: Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Alfred Jacob Miller/C-000419/Don de Mme J.B. Jardine

À l’image de leur vie marginale, les amours des hommes dédiés au commerce de la fourrure n’ont rien de conventionnel. Pendant que, dans la vallée du Saint-Laurent, les épouses blanches sont délaissées une bonne partie du temps, dans les bois, de belles amérindiennes s’offrent facilement, pour une nuit ou pour la vie, selon des règles qui ne ressemblent en rien à ce que les Européens connaissent. Complices dans le plaisir mais aussi dans les affaires, toutes ces femmes sont, pour les coureurs des bois, d’une grande utilité.

Plusieurs coureurs des bois et voyageurs comptent s’installer dans les «pays d’en bas» à l’âge de la retraite grâce à l’argent qu’ils auront accumulé. Ils veulent fonder une famille. Avec cet objectif en tête, dès le début de la vingtaine, nombreux sont ceux qui se marient. Bien entendu, les jeunes promises sont averties des multiples tentations auxquelles leurs hommes sont soumis dans les bois. Qu’à cela ne tienne, elles les épousent. Pour les coureurs des bois, ces femmes blanches représentent généralement le repos et le confort du foyer. Lorsqu’ils travaillent durement, au fond des bois, elles sont présentes dans leurs pensées.

Les épouses blanches des coureurs des bois doivent être fortes et débrouillardes car dans les premières années de leur union, elles sont seules au foyer durant des mois et même des années, et rares sont les femmes blanches qui osent s’aventurer dans les pays d’en haut. À la maison, elles vivent seules grossesses et accouchements et prennent en charge toutes les tâches. Munies d’une procuration, certaines administrent le bien familial et les affaires de leur époux, responsabilités qui n’incombent habituellement pas aux femmes européennes. À la retraite, comme prévu, les époux reviennent généralement vers elles. Mais ces hommes n’oublient jamais les pays d’en haut. Souvent, ils cherchent à y retourner, malgré la peine et les supplications de leur famille.

Dans les pays d’en haut, souvent qualifiés de lieux de perdition par les autorités coloniales, les Amérindiens ont des pratiques fort différentes de ce que connaissent les hommes blancs en ce qui a trait aux relations amoureuses. Les Européens sont habitués à de nombreuses contraintes dans leur vie sexuelle, tandis que les Indigènes entourent de très peu d’interdits ces plaisirs qu’ils considèrent comme des plus naturels et légitimes. Les Amérindiennes s’offrent quand et à qui elles le veulent, les couples se font et se défont par simple déclaration verbale, tous les enfants sont bien accueillis. Certaines femmes peuvent même être offertes en signe d’amitié lors d’échanges commerciaux. Cette dernière pratique, révoltante aux yeux des missionnaires, est fort bien acceptée par les Indigènes. Les femmes s’y prêtant, loin d’être méprisées, peuvent en retirer un certain prestige. Par ailleurs, les Amérindiennes possèdent généralement une place de choix au sein de leurs sociétés. Leur travail et leur rôle reproducteur sont reconnus comme essentiels à la survie du groupe, et les femmes sont, pour cela, respectées et écoutées.

Dans le cadre du commerce des fourrures, l’établissement de relations intimes entre les Blancs et les Amérindiens est une façon incomparable de raffermir les liens entre ces partenaires commerciaux. Plusieurs familles indigènes réservent d’ailleurs l’une de leurs filles à un coureur des bois. Lors des premiers contacts, les Européens n’apparaissent pas très séduisants aux Amérindiennes. Leurs poils, entre autres, les dégoûtent. Les premiers coureurs des bois doivent travailler fort pour gagner leurs coeurs. Ils multiplient les compliments et offrent des cadeaux tels rubans, vêtements, bijoux. Les Amérindiennes apprécient cette générosité, qualité figurant parmi les plus appréciées dans leurs sociétés. Les Blancs se révèlent ainsi être, auprès d’elles, des amants très attentionnés. Qu’ils aient ou non une épouse dans la vallée du Saint-Laurent, nombreux sont les coureurs des bois qui se marient à la façon amérindienne.

Les voyageurs bénéficient de la bonne réputation de leurs prédécesseurs et rencontrent dans les pays d’en haut des jeunes femmes qui s’offrent plus facilement. N’étant que de passage, la plupart des voyageurs se contentent d’amourettes qui ne durent que le temps où ils sont arrêtés à leur destination. Certains créent des liens relativement solides, qui se poursuivent d’un été à l’autre, sans que ces relations ne soient exclusives, ni d’un côté, ni de l’autre. De ces amours d’été peuvent naître des enfants qui sont adoptés tout naturellement par la tribu.

Certaines «sauvagesses» réussissent à retenir l’amoureux auprès d’elles. Celui-ci devient un hivernant, formant avec sa squaw un couple durable. Partageant les tâches du quotidien, l’épouse amérindienne prend entre autres en charge la réparation des vêtements, des raquettes et des filets de pêche, la cuisine, l’agriculture, l’éducation des enfants. À l’âge de la retraite, certains hommes du Nord s’établissent et sont agriculteurs, ou deviennent chasseurs.

Parfois, des militaires, des guides, des voyageurs endettés choisissent de disparaître dans la nature et de s’installer aux pieds des Rocheuses. Ces hommes blancs n’entretiennent que peu de contacts avec les pays d’en bas et vivent de la chasse. On les appelle les hommes libres, les trappeurs, les Indiens blancs, les hommes des montagnes. Ils épousent des Amérindiennes. Grâce à elles, ils ne sont plus seuls. Au départ, elles lui servent de guides et d’interprètes. Progressivement, ces femmes les introduisent dans un vaste réseau social dont ils adoptent la culture et les modes de vie.

Hommes blancs et femmes amérindiennes forment des couples qui sont à cheval entre deux mondes. Dans les pays d’en haut, avec leurs enfants aux sangs mêlés, ils donnent naissance à une toute nouvelle nation, distincte. Pour en savoir plus à ce sujet, nous vous donnons rendez-vous le 28 avril 2009.

Sources
  • GERMAIN, Georges-Hébert. Les coureurs des bois: la saga des indiens blancs. Outremont, Libre expression; [Ottawa], Musée canadien des civilisations, 2003. 158 pages.
  • BROWN, Jennifer S. H., «Métis», L’Encyclopédie canadienne, Fondation Historica, 2009, http://www.encyclopediecanadienne.ca (site consulté le 25 mars 2009)

Sixième épisode
À cheval entre deux mondes: le métissage
À cheval entre deux mondes: le métissage

Dessin: Un métis et ses deux épouses
Source: Bibliothèque et Archives Canada/C-046498

Facilitant le transport des marchandises, les chemins de fer développés au 19e siècle annoncent la fin de l’époque des voyageurs. Le commerce des fourrures est alors une activité économique en déclin. Dans les pays d’en haut, les hommes impliqués de diverses façons dans la traite des fourrures ont toutefois laissé des traces bien vivantes. Leurs descendants, fruits de leurs unions avec les Amérindiennes, sont à l’origine d’un nouveau peuple, les Métis, dont la culture et le mode de vie reflètent ce double héritage.

Les deux civilisations qui se rencontrent dans le cadre de la traite des fourrures sont bien différentes. D’un côté, les sociétés européennes sont marquées par les inégalités. La naissance, la propriété privée et l’accumulation de richesses déterminent les destins des individus. Un système de justice assure l’ordre, avec l’aide de la religion catholique. De l’autre côté, les sociétés amérindiennes ne connaissent pas les classes sociales. Ce sont les qualités individuelles et la capacité à partager qui assurent à un individu le respect de ses pairs. Peu de contraintes pèsent sur l’individu et quand du tort est causé, la réparation prime sur la punition.

La liberté et le désordre régnant chez les Amérindiens étonnent les Européens et, dans plusieurs cas, les séduisent. Plusieurs interprètes et coureurs des bois se mettent à les imiter de nombreuses manières. Marie de l’Incarnation affirme d’ailleurs qu’il est «plus facile de faire des Sauvages avec des Français que l’inverse». Dans les pays d’en haut, nombreux sont ceux qui vivent avec eux, comme eux. Revenus dans la colonie, certains Français ont des comportements qui dérangent. Ils sont arrogants, font fi de certains tabous et de certaines lois. Ils ont des moeurs dissolues et se comportent comme des nobles, refusant le travail manuel, portant les armes.

Au contact des Blancs, la vie quotidienne des Amérindiens est également changée. Les tissus et les chaudrons modifient les façons de se vêtir et de cuisiner, contribuant à la perte de plusieurs savoir-faire traditionnels. Les indigènes sont encouragés à chasser au-delà de leurs besoins, allant jusqu’à mettre en péril certaines espèces animales. L’alcool a un effet plutôt négatif chez les peuples autochtones, sans parler des maladies européennes qui sont chez eux très meurtrières.

Dans l’espoir de faciliter la conversion des Amérindiens au catholicisme, les autorités françaises encouragent les mariages mixtes au début du 17e siècle. Un certain métissage a ainsi lieu, sur la côte atlantique. Toutefois, comme les unions sont pour la plupart faites «à l’amérindienne» et ne procurent pas les résultats souhaités au niveau de l’évangélisation, ces mariages sont par la suite fortement découragés. Les enfants qui naissent de ces premières unions sont, pour la plupart, élevés parmi les Amérindiens, tout comme le sont un grand nombre d’enfants de coureurs des bois et de voyageurs qui, ne sachant rien de leur père, sont élevés par leur mère. Ils se considèrent tout à fait Amérindiens. Il en est de même pour la progéniture des prisonniers français adoptés par des tribus amérindiennes et pour les rejetons des employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Les hivernants et les trappeurs s’installent plus longuement auprès de leur squaw. Leurs enfants aux sangs mêlés peuvent avoir, par leur père, un contact plus facile avec les Blancs et même être embauchés par les compagnies de traite. Dans certains postes de traite, des familles s’installent. Les garçons qui y grandissent épousent des Amérindiennes, et les filles, généralement, des Blancs des pays d’en haut. Ils contribuent à l’accroissement de la population métis.

De nombreux enfants métis sont moins chanceux. Quand leur mère amérindienne ou métis a coupé les ponts avec sa famille ou ne vit au sein d’aucun groupe organisé, leurs conditions de vie sont plutôt misérables. Souvent nomades, ces gens gravitent autour des postes de traite, se chargeant par exemple de l’approvisionnement ou agissant comme intermédiaires avec les Amérindiens. D’autres métis réussissent à se joindre à une tribu. Face à une telle misère, la Compagnie du Nord-Ouest se voit obligée, au début du 19e siècle, de demander aux pères de défrayer un peu pour l’entretien de leurs enfants. La compagnie peine toutefois à faire appliquer ce règlement.

Au 19e siècle, les métis sont assez nombreux pour prendre conscience de leur état particulier. Ils se regroupent et se marient entre eux, créant une nouvelle nation. Plusieurs s’établissent sur des terres situées de part et d’autre de la frontière canado-américaine. Ils se retrouvent d’abord dans la région des Grands Lacs, puis dans la vallée de la rivière Rouge, et, aussi, près du lac Sainte-Anne, à l’Île de la Crosse et dans le district de la rivière Athabaska et du fleuve Mackenzie. En 1814, 200 familles sont installées dans vallée de la rivière Rouge. Au milieu du 19e siècle, on y retrouve 5 000 Métis.

Les Métis résident une partie de l’année sur leurs terres, fort équitablement attribuées. Comme les Blancs, ils y font un peu d’agriculture. L’autre partie de l’année, ils sont nomades, comme l’étaient leurs ancêtres amérindiens ou métis. Quand arrive la saison de la chasse au bison, les familles se déplacent en caravanes, utilisant des charettes étonnantes et habitant dans des tipis. Aux compagnies de traite, ils vendent entre autres du pemmican, des selles de chevaux, des sacs et des vêtements.

Les Métis chérissent certaines valeurs amérindiennes telles la liberté, l’équité, le partage. Les femmes aux doigts agiles créent des vêtements originaux et colorés, typiques de la culture métis. Elles s’inspirent des modes amérindiennes et européennes. Plusieurs d’entre elles sont instruites par les Soeurs grises, et certaines sont abonnées à des magazines. La religion catholique est présente chez les Métis. En plus d’avoir une culture matérielle bien à eux, les Métis ont leur histoire propre et se dotent en 1869 d’un gouvernement démocratique à l’image de certains gouvernements amérindiens. Quand les Métis sentent leur mode de vie et leurs terres menacés par la venue de nouveaux colons blancs ou par des lois qu’on veut leur imposer, ils se solidarisent pour défendre leur autonomie. Ils vont jusqu’à prendre les armes, comme c’est le cas lors de la rébellion de 1885. Encore aujourd’hui, plus de quatre cent mille Métis sont présents au Canada.

Ainsi se termine cette chronique portant sur la course des bois.

Sources
  • BROWN, Jennifer S. H., «Métis», L’Encyclopédie canadienne, Fondation Historica, 2009, http://www.encyclopediecanadienne.ca (site consulté le 25 mars 2009)
  • GERMAIN, Georges-Hébert. Les coureurs des bois: la saga des indiens blancs. Outremont, Libre expression; [Ottawa], Musée canadien des civilisations, 2003. 158 pages.
  • PAULETTE PAYMENT, Diane, «Les gens libres – Otipemisiwak»: Batoche, Saskatchewan, 1870-1930. Ottawa, Ministre des Approvisionnements et Services Canada, 1990. 378 pages.

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Drôle de charrette
La charrette utilisée hiver comme été dans la vallée de la rivière Rouge circule aisément sur différents types de routes. Fabriquée sans utiliser de métal, ses pièces de bois sont emboîtées les unes dans les autres ou liées par des lanières de cuir. Malgré son air brinquebalant, cette charrette supporte bien les cahots de la route et peut même flotter sur les routes inondées. Des bœufs et parfois des chevaux sont utilisés pour la mettre en mouvement. La charrette devient un abri contre la pluie, le froid et aussi la foudre.
Le bison aux mille usages
Le bison est utile à l’homme de multiples façons. Avec sa chair, ses os, ses organes, sa peau, ses poils et ses dents, le chasseur trouve de quoi se nourrir, fabriquer des abris, des vêtements, des armes, des outils, des bijoux, des boucliers, des récipients, des jeux. La queue devient un chasse-mouche et la bouse, un bon combustible.
Les rejetons des employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson
Les Anglais aussi courtisent les Amérindiennes
Dans les premiers temps, la Compagnie de la baie d’Hudson interdit l’accès au poste aux Amérindiennes, de crainte que leur présence et celle de leurs enfants n’alourdissent leurs coûts. Malgré tout, les Anglais ont des descendants métis. Certains pères, surtout des officiers supérieurs, s’en occupent et les font instruire, tandis que la majorité des rejetons métis vivent de façon nomade, en petits groupes, dans l’univers amérindien. Parfois, la compagnie profite de cette main-d’œuvre bon marché en lui confiant les tâches les plus ingrates.
La squaw
En langue algonquienne, ce mot désigne une femme.
Des enfants moins nombreux
Parce qu’elles allaitent plus longtemps, les Amérindiennes ont généralement moins d’enfants que les femmes blanches.
Se marier à la façon du pays
Le mariage est simple chez les Amérindiens. Le soupirant fait d’abord des cadeaux à la famille de sa future femme, puis demande sa main. Dans certaines tribus, on rappelle publiquement à la fille ses devoirs. Le couple est légitimement marié par seule expression de leur consentement devant témoins et il est aussi simple de briser l’union. La femme est parfois préparée pour plaire aux Blancs. On la lave, on l’habille à l’européenne.
La noblesse du coeur
Chez les Amérindiens, il n’y a pas de noblesse héréditaire comme chez les Européens. Chaque individu doit gagner le respect de ses pairs. Le courage, les habiletés physiques, l’indulgence, la politesse, le respect et la compréhension des autres sont parmi les qualités les plus recherchées.
Des femmes influentes
Plusieurs sociétés amérindiennes sont matriarcales, c’est-à-dire que les femmes y ont une autorité prépondérante et que la filiation s’effectue par la mère. Le jésuite Joseph-François Lafitau qualifie les sociétés iroquoiennes d’«empire de femmes». Les femmes, surtout celles qui sont âgées, sont reconnues pour leur sagesse. Chez certains peuples, elles choisissent les chefs.
La sexualité en Europe
Les seules activités sexuelles tolérées dans les sociétés européennes sont celles qui ont lieu dans le cadre du mariage et qui visent la procréation. Toutes les autres, tels l’adultère, la masturbation et l’homosexualité, sont condamnées et associées au péché.
La procuration
En Nouvelle-France, tout comme en France, l’homme est responsable de son épouse sur le plan juridique. Pour qu’elle puisse signer un contrat, faire un emprunt ou quelque autre transaction, elle doit détenir une permission écrite signée par son époux devant notaire lui permettant d’agir en son nom.
L'aviron
L’aviron d’un voyageur est facile à identifier. Il est numéroté ou peint aux couleurs de son propriétaire.
Chanson en laisse
Dans ces chansons, la finale d’un passage est répétée au début du passage suivant, comme dans la chanson À la claire fontaine.
Le windigo
Cette bête maléfique, présente dans la mythologie amérindienne, a l’apparence d’un homme. Lorsque le windigo crie, il pétrifie ceux qui se trouvent aux alentours et peut les dévorer vivants, sans qu’ils puissent se défendre. Si on essaie de le découper en morceaux, son sang froid lui permet de se recoller.
Les danses
En l’absence de femmes, lors des danses, certains hommes les remplacent et l’indiquent en portant un mouchoir rouge.
Le pemmican
Il s’agit de lanières de bison séchées au-dessus du feu, pilées, auxquelles on ajoute du gras et, parfois, des baies d’amélanchier. Le pemmican se conserve longtemps. On le mange tel quel, si possible avec de la farine, du sucre ou de la mélasse, ou bien frit ou bouilli.
Le riz sauvage
Les grains de cette plante aquatique sont longs et noirs. Pour en obtenir, les voyageurs s’adressent à certains postes de traite qui en emmagasinent, ainsi qu’aux Amérindiens.
Le biscuit
Il s’agit d’une galette cuite deux fois, composée principalement de farine et d’eau.
Les caches
Pour faire une cache, il faut creuser le sol, puis tapisser le trou d’écorces ou de peaux. La couche du dessus est ensuite replacée et les traces, effacées.
Le prélart
Il s’agit d’une toile imperméabilisée.
Le brayet
Il s’agit d’une bande de tissu passée entre les jambes et retenue à la taille par une ceinture ou un lacet de cuir.
Le capot
Ce manteau à capuchon est fermé par un bouton au niveau de l’encolure et retenu par une ceinture au niveau de la taille.
Le briquet
Composé d’une pierre de silex et d’un batte-feu, le briquet sert à produire des étincelles pour allumer un feu.
Les pelleteries
D’autres fourrures sont recherchées par les Européens, telles la loutre, la martre, le renard, le vison, l’hermine, le rat musqué, le lynx, le chat sauvage, l’ours. Les Blancs prennent également les peaux d’orignal, de chevreuil, de wapiti, de caribou, de bison, ainsi que les peaux dont les Amérindiens sont vêtus, à la grande surprise de ces derniers.
Le castor parfait
La peau de castor standard est celle d’un individu adulte, tué l’hiver. Elle est tannée et pèse de 16 à 20 onces.
De redoutables chasseurs
Quand ils chassent, les Amérindiens font preuve d’une patience et d’un sens de l’observation impressionnants. Ils ont de grandes connaissances sur les animaux. Ils les chassent tous, en tout temps, en faisant appel à des techniques ingénieuses. C’est toujours avec un grand respect qu’ils approchent un animal.
Les traîneaux à chiens
Utilisés sur la neige dure ou les rivières gelées, les toboggans et les traîneaux sont étroits, ce qui permet de les faire glisser facilement entre les arbres. Par contre, ils sont longs et peuvent être lourdement chargés. Dans les bois, les chiens sont attelés à la queue leu leu, tandis qu’on les attèle de front dans la prairie. Pour protéger les chiens du froid, il est possible de les vêtir d’un petit manteau garni de clochettes et de les chausser de pantoufles de cuir.
Les raquettes
Faites de bois de bouleau et de babiche, les raquettes ont des formes variées car elles sont adaptées à divers types de neige.
Décharger le canot
Le canot doit être déchargé dans l’eau pour éviter qu’il ne se brise. Les passagers regagnent parfois la rive en se plaçant sur les épaules d’un voyageur.
Les brigades
Elles regroupent généralement une dizaine de canots qui se rendent au même endroit.
Le canot d’écorce
Le canot est fabriqué à partir de grandes feuilles d’écorce de bouleau cousues à l’aide de racines d’épinette écorcées, fendues en deux et trempées dans l’eau, qu’on appelle «ouatapi». On imperméabilise le canot avec de la gomme de pin, parfois mélangée avec de la graisse d’ours. Certains canots sont faits d’écorce d’orme, mais ils sont plus lourds. Ceux faits en écorce d’épinette sont plus collants.
Les tissus
Vers 1750, les tissus et les vêtements constituent environ les 2/3 des marchandises de traite. Les Amérindiens les apprécient car ils sont moins longs à sécher que leurs robes de peaux.
Le congé de traite
Ce document permet à trois hommes de s’embarquer pour une destination précise en vue de faire la traite. Les congés sont accordés en nombre limité dans les premières années. Le congé peut être revendu par celui auquel il est accordé.
Le monopole du commerce
À partir de 1627, le monopole du commerce des fourrures est détenu par la Compagnie des Cent-Associés. De 1645 à 1663, ce monopole est remis entre les mains des habitants de la Nouvelle-France, mais seuls quelques gens fortunés sont en mesure d’en profiter. À partir de 1663, c’est l’État qui prend en mains le commerce des fourrures par le biais, entre autres, de la Compagnie des Indes occidentales.
Des langues difficiles à apprendre
Quand ils parlent, les Amérindiens remuent à peine les lèvres. Leurs langues sont particulièrement difficiles à apprendre pour les Européens qui doivent capter les sons à l’oreille et faire travailler certains de leurs muscles qui n’y sont pas habitués. Les interprètes doivent ainsi faire preuve de beaucoup de patience.
Petits, les voyageurs...
La taille maximale recherchée pour un voyageur est 1,65 m. On veut ainsi minimiser le poids dans les canots et maximiser l’espace disponible pour les marchandises.
La Louisiane
En 1752, 1500 Français y habitent, accompagnés d’un millier d’esclaves noirs.
Michillimakinac
Bien avant l’arrivée des Européens, les Amérindiens se rencontrent à l’occasion à cet endroit pour des raisons commerciales et diplomatiques. Les marchands de fourrure, dans le deuxième quart du 17e siècle, y établissent un poste qui comprend un fort, un comptoir, des entrepôts, des maisons. Une mission et une église y sont tenues par les Jésuites. Certaines années, 600 personnes y vivent.
Les «pays d’en haut»
Cette expression désigne le territoire situé au nord du bassin du Saint-Laurent.
Les foires
Bien avant l’arrivée des Français, les Amérindiens circulent sur le continent et font du troc. Ils tiennent de grandes rencontres dans des lieux généralement situés près des cours d’eau, pour faciliter le transport. Les participants démontrent leurs intentions pacifiques à l’aide d’objets symboliques tels le calumet de paix et le wampum.
Le Domaine du roi
Les postes situés sur ce territoire appartiennent au roi et sont loués à des marchands qui détiennent alors le monopole du commerce. Ils doivent respecter certaines contraintes, par exemple, d’acheter les fourrures à prix fixe. Le territoire, qui s’étend de la rivière Moisie à l’Île aux Coudres, n’est ouvert à la colonisation qu’en 1842.
Les postes de traite
Constitués d’un ou de plusieurs bâtiments, généralement entourés d’une palissade, les postes sont des lieux d’échange et d’entreposage de marchandises.