Chroniques

Des personnages qui font «jaser»

Aux siècles derniers, les liens entre les habitants d’un même village sont tissés serrés comme l’étoffe du pays. Les villageois s’entraident et sont solidaires les uns des autres, comme s’ils étaient membres d’une grande famille. Face à la mortalité, aux sinistres ou autres besoins de la vie quotidienne, ils peuvent compter sur le support de leurs voisins. Plusieurs fêtes inscrites au calendrier, comme la Sainte-Catherine et le Mardi gras, sont des jours pour festoyer mais sont également propices au commérage.

Avant l’arrivée du journal local et de la télévision, c’est beaucoup le «bouche à oreille» qui permet à l’information de circuler. D’un foyer à l’autre, les faits divers sont rapportés au gré des allées et venues. On s’informe aussi bien du prochain mariage, des nouveaux-nés, que de la dispute entre un tel et tel autre.

Cette pratique, faut-il s’en surprendre, fait en sorte que l’information s’alourdisse à l’occasion de préjugés et que certaines personnes deviennent la source de commérages.

Ainsi, bien que les noms de familles témoignent de l’époque où l’on identifie les gens par leur occupation (Boulanger, Meunier, Boucher), d’autres appellations plus communes servent, quant à elles, à désigner une figure ou un personnage singulier et parfois marginal: le curé de campagne, le quêteux ou encore, la vieille fille.

Malgré les bonnes moeurs des gens, le jugement sur la vie des autres fait souvent partie de la vie quotidienne, et de nombreuses heures sont consacrées à «jaser» des voisins.

Cette série de chroniques vous invite à connaître quelques-uns de ces personnages qui occupent les conversations.

Des personnages qui font «jaser»

© Maison Saint-Gabriel. Photo: Pierre Guzzo, photographe.

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Premier épisode
Le quêteux
Le quêteux

Crédit: Maison Saint-Gabriel.
Photo: Pierre Guzzo, photographe

La mémoire du folklore québécois conserve le passage d’un personnage légendaire dans le paysage de ses campagnes: le «quêteux», communément nommé en référence à son emploi du temps qui est de demander la charité.

Contrairement au mendiant ou au clochard, le quêteux est nomade. Au village, il passe de porte en porte, récoltant quelques pièces d’argent, du pain ou des objets pratiques. Parfois, au presbytère ou dans une maison, on lui offre le repas, mais c’est surtout dans les maisons des rangs de campagne qu’il trouve sa pitance du soir et l'asile pour la nuit.

L’habitant est généralement enclin à offrir son hospitalité à cet itinérant, car au cours des XVIIIe et XIXe siècles, il n’existe que très peu d’auberge ou de lieu pour accueillir les personnes nécessiteuses. En 1757, Bougainville mentionne qu’il n’y a aucune auberge sur la route de Montréal à Québec pour recevoir les voyageurs, mais «qu’il s’y trouve de nombreuses maisons de bons habitants qui exercent noblement l’hospitalité, et on les paie encore plus noblement et arbitrairement» (D’un pays à l‘autre de Guy Giguère). Quant à l’accueil du quêteux, il se fait de manière implicitement désintéressée, c'est-à-dire que c’est par «charité chrétienne» qu’on lui offre l’hospitalité.

Suivant l’exemple de la parabole du bon Samaritain, le paroissien catholique québécois offre la charité par devoir religieux, mais aussi par esprit de solidarité communautaire, c’est-à-dire pour répondre à une nécessité sociale. Dès le XVIIe siècle, la charité va s’exercer, et malgré l’établissement de «Bureaux des Pauvres», la mendicité ne sera jamais supprimée. Certaines familles reçoivent jusqu’à cinq quêteux par année encore en 1950, tant cette pratique est courante.

Lorsque le quêteux obtient le gîte, il dort généralement dans la grande pièce de la maison, sur sa couverture, sa poche ou ses guenilles. Parfois, il passe la nuit dans la grange. Il doit alors laisser sa pipe à la maison pour limiter les risques d’incendies. Donc, le quêteux obtient très rarement une chambre pour lui seul, mais il a par contre le banc de quêteux.

Disposé près de la porte, le banc du quêteux est souvent un banc-coffre dans lequel on range les foulards, les mitaines et les tuques. C’est sur ce banc qu’on fait asseoir l’itinérant pendant qu’on lui prépare à manger. Cela ne cause donc pas trop de dérangement que de recevoir un quêteux, et au sein des familles nombreuses que sont souvent celles des cultivateurs, une bouche de plus à nourrir ne change pas beaucoup le travail de la ménagère. Or, après le passage du quêteux, il importe de désinfecter la place, car il n’est pas rare que ce dernier laisse des poux sur son passage.

Le quêteux marche avec un vieux bâton tordu qui facilite son pas tout en le protégeant contre les mauvais chiens qu’il pourrait rencontrer en chemin. Il a une allure pittoresque avec son chapeau de castor sur la tête et tout son avoir dans une poche qu’il porte sur son dos. Mais n’allons pas croire que tous les quêteux sont identiques. Cette figure typiquement marginale par rapport au reste de la société rassemble des individus intravertis aussi bien qu’extravertis et des honnêtes hommes tout comme des charlatans. Certains développent l’art de raconter des histoires «à coucher dehors»: elles laissent les uns sceptiques et mystifient les autres, mais elles sont généralement appréciées car elles sont distrayantes. Par ailleurs, des habitants tentent à l’occasion de bénéficier de la verve d’un quêteux pour qu’il répande, tel un messager, des «ouï-dire» influençant, de façon avantageuse, les rumeurs qui circulent dans le comté.

Quant à sa provenance et à sa destination, le quêteux demeure plutôt discret.
Si certains ne passent qu’une seule fois à la même porte, d’autres y reviennent chaque année. Ainsi, il se développe souvent un sentiment d’appartenance entre les habitants et «leur quêteux». Quoi qu’il en soit, mieux vaut ouvrir la porte à celui qui se présente en demandant «la charité pour l’amour du bon Dieu», car la légende populaire dit que ces personnages ont le pouvoir de «jeter des sorts», et que certaines femmes leur ayant refusé l’hospitalité sont devenues incapables de cuire du pain!

Aujourd’hui, si la pauvreté afflige toujours bon nombre de gens, la figure traditionnelle du quêteux allant de village en village n’est plus, de même que l’on n’héberge plus les voyageurs. Ce changement socioculturel s’explique par les bouleversements qui surviennent à partir de la période que l’on qualifie de «Grande Noirceur» et de «Révolution tranquille».

Les valeurs qui gravitent autour de l’Église et de la ruralité se sont transformées avec l’instauration de politiques sociales, sécularisées et libérales. L’exode rural, qui va de paire avec l’émergence des banlieues et de la classe moyenne, est venu modifier la vie quotidienne de la grande majorité des Québécois, celle des quêteux incluse. Désormais, ces derniers sont relégués aux refuges pour sans-abri, aux institutions de bienfaisance et à d’autres mesures prévues dans les programmes d’assistance sociale. Le quêteux existe donc encore aujourd’hui, mais il fait davantage son chemin dans un contexte urbain et éclaté qu’en voyageant de village en village.

Nous vous donnons rendez-vous le 20 octobre 2009.

Sources
  • CLICHE, Marie-Aimée, Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France. [Québec],
    Les Presses de l’Université Laval, 1998. 354 p.
  • COURNOYER, Jean, La Mémoire du Québec de 1534 à nos jours. [Montréal],
    les Éditions internationales Alain Stanké, 2001. 1861 p.
  • DESAUTELS, Yvon, Les coutumes de nos ancêtres. [Montréal], Éditions Paulines, 1984. 55 p.
  • GIGUÈRE, Guy, D’un pays à l’autre. [Sainte-Foy], Éditions Anne Sigier, 1994. 215 p.
  • GRENON, Hector, Us et coutumes du Québec. [Montréal], La Presse, 1974. 334 p.

Deuxième épisode
La vieille fille comme on la définissait dans les siècles derniers...
La vieille fille comme on la définissait dans les siècles derniers...

Dessin, mine de plomb sur papier: Eugène Hamel, Jeune fille soutenant une vieille femme, 1869 ?
Source: Musée national des beaux-arts du Québec
Crédit: Collection permanente/99.502.12 / Don de Pierre-E. Hamel

Regardez cette fille célibataire et d’âge mûr, c’est une «vieille fille» disait-on dans les siècles derniers. On la désignait ainsi, par taquinerie ou par moquerie, avec un petit sourire en coin... Ce qualificatif «vieille» lui collait à la peau jusqu’à sa mort. Jusque dans les années 60, une fille se mariait ou entrait en «religion», mais elle ne devait surtout pas rester célibataire.

La vieille fille a une «allure pincée» vêtue très souvent avec des vêtements vieillots. Dans les veillées, elle est souvent la cible des garçons. On insiste sur le qualificatif «vieille». Cette célibataire est vieille fille depuis ses 25 ans et il s’en faut de peu pour qu’elle devienne la cible de préjugés. Après tout, ce n’est pas pour rien qu’elle est vieille fille...

Parfois, la fille devient célibataire parce qu’elle est souvent requise à la maison pour aider sa mère à élever les jeunes enfants. Si la mère décède lors de l’accouchement, cette fille devient la ménagère de la famille orpheline. Elle n’a donc pas le loisir de rencontrer un «bon parti». Très souvent, la maîtresse d’école du village est une vieille fille. Le dimanche, elle joue le rôle d’organiste aux messes de la paroisse. La vieille fille, on la retrouve comme servante de monsieur le Curé ou bonniche.

La «vieille fille», c’est aussi celle que l’on voit toujours assise sur sa chaise pendant que tout le monde danse. La caricature devient parfaite lorsqu’elle se montre d’humeur acariâtre ou jalouse au point d’en être méchante. On dira alors: c’est une vieille fille et elle mourra vieille fille. Déçue par la vie, on la verra sourire malhabilement pour dissimuler son malaise rempli d’amertume lorsque, résignée, elle se tient à l’écart pour éviter les moqueries pendant que les jeunes célibataires «coiffent la Sainte-Catherine».

Dans le contexte socioéconomique qui prévaut jusque dans les années 60, les femmes sont complètement dépendantes financièrement. Si elles restent célibataires, elles vivent au crochet de leur famille. Ainsi, des générations de jeunes filles vivent l’espoir du mariage entremêlé à l’angoisse de se voir accoler l’étiquette méprisante de... «Pauvre vieille fille». Cette étiquette peut également se coller au garçon demeurant célibataire. L’expression «Pauvre vieux garçon» est aussi péjorative que celle de «Pauvre vieille fille».

Nous vous donnons rendez-vous le 3 novembre 2009 pour un nouvel épisode.

Sources
  • DUMONT, Micheline et al. (Collectif Clio), L'Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, [Montréal], Le jour, 1992. 646 p.
  • LANDRY, Yves, Orphelines en France, pionnières au Canada: les Filles du roi au XVIIe siècle ; suivi d'un Répertoire biographique des Filles du roi, [Montréal], Leméac, 1992. 434 p.
  • SAUVAGEAU, Thérèse, Au matin de notre histoire. Souvenirs de nos ancêtres, [Sainte-Foy], Éditions Anne Sigier, 1992. 223 p.

Troisième épisode
Le curé de campagne, un acteur important de la vie paroissiale aux siècles derniers
Le curé de campagne, un acteur important de la vie paroissiale aux siècles derniers

Dessin, fusain sur papier: Jobson Paradis, Un curé, entre 1900 et 1915
Source: Musée national des beaux-arts du Québec
Crédit: Collection permanente/78.278

Par sa figure d’autorité, le curé de campagne inspire l’ordre et la confiance. Son rôle est principalement de diriger les âmes et les biens de la Fabrique, mais il agit aussi à titre de grand conseiller. Plus instruit que la moyenne, il bénéficie en effet d’une grande influence auprès de ses paroissiens. On peut les entendre dire: «Si Monsieur le curé l’a dit, c’est que ça doit être vrai!» ou bien: «Tu devrais demander à Monsieur le curé pour savoir ce qu’il en pense!».

Véritable référence, Monsieur le curé est l’intermédiaire de «Dieu le Père» pour ses paroissiens. Certains vont même jusqu’à attribuer des pouvoirs occultes au «saint homme». N’est-il pas chargé d’administrer les sacrements, de dénoncer les mauvaises conduites et d’excommunier les âmes impies? Quoi qu’il en soit, le chef spirituel de la communauté paroissiale a aussi ses humeurs, et cela, les paroissiens peuvent le remarquer, à l’occasion...

Le dimanche, lors de son sermon qu’il énonce du haut de la chaire, Monsieur le curé proclame la Parole de Dieu et s’inspire de la vie terrestre pour actualiser son message. Que son discours soit moralisateur, ennuyeux ou encourageant, il est entendu. C’est aussi l’occasion de lancer quelques pointes aux paroissiens qui gagneraient à corriger leur conduite. Ainsi, certains curés excellent dans l’art de dénoncer publiquement l’usage abusif de l’alcool, la pratique excessive de la danse ou le relâchement des couples à concevoir des enfants. Pendant la semaine, tout le monde en parle: A-t-il fait des remontrances à tel un ou à tel autre? Comment perçoit-il ses paroissiens? Il n’en faut pas plus pour que même sa façon d’être, son caractère et ses agissements deviennent en eux-mêmes des sujets de conversations.

Certains curés prêchent par l’exemple et se font cultivateurs. Ils montrent ainsi à leurs ouailles que rien ne s’obtient par la facilité. Mais généralement, le prêtre bénéficie de l’aide d’une ménagère pour accomplir les tâches de la vie quotidienne, et de celle du bedeau pour réaliser d’autres travaux d’entretien.

Dans sa demeure, le presbytère, une pièce réservée aux habitants sert de salle de réunion pour discuter de solutions aux problèmes qui touchent la paroisse. En retour, les paroissiens reçoivent Monsieur le curé à la maison, avec grand honneur. Dès son arrivée, les membres de la famille, tous endimanchés, s’agenouillent pour recevoir sa bénédiction. Le curé passe ainsi au moins deux fois par année dans chaque foyer, notamment pour la grande tournée de l’Avent et pour la quête de l’Enfant-Jésus.

Ainsi se développe, au gré des saisons, un sentiment d’appartenance entre les paroissiens et «leur curé». Un jour, ce dernier sera affecté à une nouvelle cure par l’Évêque, et tous devront s’adapter au changement d’un nouvel ecclésiastique. Sera-t-il plus sévère ou plus clément?

Nous vous donnons rendez-vous le 17 novembre 2009.

Sources
  • SAUVAGEAU, Thérèse, Au matin de notre histoire. Souvenirs de nos ancêtres, [Sainte-Foy], Éditions Anne Sigier, 1992. 223 p.
  • DESAUTELS, Yvon, Les coutumes de nos ancêtres. [Montréal], Éditions Paulines, 1984. 55 p.
  • DOUVILLE, Raymond et Jacques-Donat CASANOVA, La Vie quotidienne en Nouvelle-France: le Canada, de Champlain à Montcalm, [Paris], Hachette, 1964. 268 p.

Quatrième épisode
Le médecin de campagne, ce personnage héroïque des temps anciens
Le médecin de campagne, ce personnage héroïque des temps anciens

Dessin, fusain sur papier: Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, Le Médecin. Illustration pour «Maria Chapdelaine» de Louis Hémon, 1916.
Source: Musée national des beaux-arts du Québec
Crédit: Collection permanente/34.95 Achat en 1927

Jour et nuit, beau temps, mauvais temps, on compte sur cet homme qui se rend à domicile, au chevet de celui ou de celle qui ne peut se déplacer. Le médecin de campagne va jusque dans les rangs les plus éloignés, empruntant des chemins hasardeux, voire même impraticables, pour soigner ses malades. Selon les saisons, il voyage en raquettes, en traîneau, en carriole ou en voiture. Pour soulager un malade, le médecin de campagne est prêt à tout.

Répondre à des besoins très diversifiés, allant de la médecine générale à l’extraction de dents, de la correction de fractures à l’amputation de membres et de l’intervention chirurgicale à l’accouchement de bébés, le médecin de campagne devient le « sauveur de bien des familles ». Il prépare souvent ses propres médicaments et il agit même, à l’occasion, comme vétérinaire. Vaillant et indispensable, cet «officiel de la santé» prend ainsi part à la colonisation du pays auprès de ceux qui se sont établis en dehors des centres urbains.

Charitable, le médecin ne refuse pratiquement jamais de soigner un malade, même s’il se trouve dans l’incapacité de le payer. On le paie en argent lors de sa visite, mais les agriculteurs lui offrent souvent de lui remettre son dû en échange de biens et services.

Le médecin de campagne établit une relation de confiance avec ses malades. Son empathie lui permet de bien comprendre leurs maux et contribue à la guérison du malade. Cette forme de psychologie s’ajoute aux conseils qu’il est en mesure de donner sur l’hygiène de vie et sur bien d’autres sujets. Il devient aussi parfois leur confident.

Véritable référence pour la communauté, le médecin de campagne est instruit et cultivé. Ses qualités humanistes et humanitaires, sa dignité morale et son esprit clairvoyant font en sorte qu’on lui demande souvent son avis pour résoudre des litiges.

Il atteint une notoriété par son titre professionnel de docteur, ce notable et distingué personnage est souvent nommé maire de son village. Il habite une maison au centre du village où il tient son cabinet de consultation et, très souvent, le bureau de la mairie.

Quand la maladie frappe un membre de la famille, c’est donc rempli d’espoir que l’on voit arriver ce personnage héroïque, tenant sa trousse d’instruments et de médicaments miraculeux. Le médecin de campagne a même l’autorité de donner les derniers sacrements en l’absence du curé.

Nous vous donnons rendez-vous le 1er décembre 2009.

Sources
  • SAUVAGEAU, Thérèse, Au matin de notre histoire. Souvenirs de nos ancêtres, [Sainte-Foy], Éditions Anne Sigier, 1992. 223 p.

Cinquième épisode
L'inspecteur d'école
Le médecin de campagne, ce personnage héroïque des temps anciens

Photographie: William Notman, Lieutenant Louis-Hector Bellerose, entre 1856 et 1891. Inspecteur d'école de 1892 à 1902
Crédit: Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec / N° Ph1992-0112

À compter de 1840, dans le contexte de l’érection des territoires de municipalité et de la naissance du financement de services publics par le biais de la taxation, l’éducation est de plus en plus reconnue comme un droit et elle tend à devenir un service accessible à tous les enfants d’âge scolaire. Pour concrétiser ce fait, progressivement, plusieurs petites écoles sont construites, des institutrices sont embauchées et des commissaires, élus par la population, perçoivent l’impôt nécessaire «au financement des écoles». Le gouvernement met en place le département de l’instruction publique, et un inspecteur est chargé d’assurer l’application de ses prescriptions sur le terrain.

L’inspecteur visite chaque école du district qui lui est assigné au moins une fois par année. Il y évalue la condition des lieux, l’équipement scolaire et la compétence de l’institutrice. L’annonce de sa venue «fait jaser». En fait, elle crée tout un énervement, car il donne une note à la maîtresse d’école qui peut être lourde de conséquences puisque sa réputation en sera directement touchée.

Logée et payée à même «la poche des contribuables», l’institutrice est surveillée de près. On exige qu’elle soit entièrement dévouée à sa tâche, qu’elle ait une conduite exemplaire, qu’elle génère des résultats chez ses élèves et qu’elle entretienne l’école. C’est elle qui balaie et nettoie les planchers, qui chauffe le poêle, qui déneige le perron et qui lave les tableaux.

Certains habitants sont tout de même peu indulgents à son endroit, car tous doivent «payer pour l’école», indépendamment des besoins de chaque famille et du nombre d’enfants, qui, allant à l’école ne sont pas disponibles pour travailler sur la terre... Ils diront: «La maîtresse d’école, elle a besoin d’être bonne!».

L’institutrice se prépare donc soigneusement à la visite de l’inspecteur. Tout est mis en oeuvre pour impressionner ce protagoniste d’influence. Elle habitue donc ses élèves à tenir un cahier bien à l’ordre et elle maintient, tout au long de l’année, une classe disciplinée, non seulement pour garder le contrôle sur sa classe, composée de différents groupes d’âge, mais aussi, parce que l’inspecteur pourrait survenir à l'improviste.

Dès qu’il franchit le seuil de la porte, les écoliers l’accueillent chaleureusement. Ils prononcent en choeur, sur un ton articulé: «Bonjour Monsieur l’Inspecteur!». Ils font ensuite le contrôle, au cours duquel ils démontrent leur savoir. Au programme: lecture, dictée, arithmétique et catéchisme. Ils chantent même une chanson pour parfaire l’harmonie.

À compter du milieu du XIXe siècle, vingt-trois inspecteurs sont en poste dans la province de Québec, et, à partir de 1882, le Code de l’Instruction publique stipule que:

«Nul ne sera nommé inspecteur d'école à moins qu'il n'ait atteint l'âge de 25 ans, qu'il n'ait obtenu un certificat ou brevet de capacité ou diplôme d'académie, d'école-modèle, ou d'école élémentaire; qu'il ait enseigné au moins cinq ans, et qu'il n'ait pas laissé l'enseignement depuis plus de cinq ans, et qu'il ait subi un examen devant le comité catholique ou protestant du conseil de l'instruction publique». (GARANT)

Le rôle d’inspecteur requiert des qualités telles que la rigueur, l’autorité, le sens de l’observation et le souci de l’excellence, des qualités auxquelles s’ajoutent généralement une culture générale et un pouvoir d’influence indéniable.

Grâce aux recommandations qu’il a faites aux commissaires d’école, bien des situations se sont ajustées: faire finir le perron de l’école, faire creuser un puits, augmenter le salaire de l’institutrice, etc. Mais au-delà de cela, dans bien des milieux, l'oeil extérieur de cet agent nomade et perspicace a permis de débattre des moyens à prendre pour améliorer un service qui, aujourd’hui, est devenu une valeur fondamentale de la société québécoise.

Nous vous donnons rendez-vous le 15 décembre 2009.

Sources
  • SAUVAGEAU, Thérèse, Au matin de notre histoire. Souvenirs de nos ancêtres, [Sainte-Foy], Éditions Anne Sigier, 1992. 223 p.
  • GARANT, André, Site Internet du Comité Culturel et Patrimonial de Beauceville. (http://sites.google.com/site/wwwccpbca/l-inspecteur-d-ecole)

Sixième épisode
Le bonhomme Sept-Heures
Le bonhomme Sept-Heures

Nom de l'artiste: Michel Duguay
Titre de l'oeuvre: Le Bonhomme sept heures
Titre de la collection: Les légendes acadiennes
Propriétaire de la collection: Caisses populaires acadiennes

Parmi les personnages qui font le plus «jaser», on retrouve ceux qui habitent des espaces imaginaires. Du père Noël aux loups-garous, en passant par les sorciers, les jeteuses de sorts et les fantômes, une peuplade d’êtres légendaires occupent le rôle principal d’histoires qui sont souvent racontées pour discipliner les enfants. À ce titre, la légende du bonhomme Sept-Heures est certainement l’une des plus populaires du Québec.

La légende raconte que ce bonhomme, hideux et vêtu de vêtements rapiécés, enlève tous les enfants qui ne sont pas couchés sur le coup de sept heures (19 h), et qu’il les ramasse dans la grosse poche qu’il porte sur son dos, pour les amener chez lui. Sa maison est une sorte de caravane où il fait froid et «noir comme chez le loup». Là, il leur coupe les oreilles et il utilise le reste de leur corps, coupé en morceaux, pour en faire du savon. Certaines versions décrivent le bonhomme Sept-Heures comme une créature au corps velu comme une bête ou bien avec des yeux croches, des oreilles de farfadet et des cornes. Quelles qu’en soient les variantes, il s’agit toujours d’un personnage redoutable. Selon la crédulité des enfants, les parents en rajoutent pour s’assurer que l’évocation du passage prochain du bonhomme Sept-Heures les fasse entrer à la maison et se coucher pour la nuit, où ils sont en sécurité puisque cette créature ne peut les attraper que lorsqu’ils sont éveillés...

Empruntant aux contes traditionnels l’image puissante de l’ogre et du bourreau d’enfant, cette légende s’inscrit dans un contexte culturel typiquement québécois. L’origine du nom du bonhomme Sept-Heures vient de l’utilisation d’un anglicisme utilisé jadis pour désigner le personnage qui passe dans les maisons après le souper pour replacer les os de ceux qui souffrent de maux de dos, de bras ou de jambe. On l’appelle le «ramancheur» (ou le bone-setter). À l’époque, les médecins de campagne discréditent sa pratique illégale et dangereuse, et les enfants le redoutent car il traite leur père avec des mouvements qui le font hurler de douleur. Ainsi, aucun enfant ne veut avoir affaire à ce personnage effroyable. L’utilisation du terme anglophone par les parents, dans les milieux francophones, amplifie sans doute le côté mystérieux du personnage et cette proximité phonétique de «Setter» avec Sept-Heures contribue, du coup, à joindre le nécessaire pour parvenir à leurs fins...

Ce n’est pas qu’au Québec que l’on retrouve des histoires utilisées comme «tactiques». Plusieurs cultures possèdent un personnage épeurant qui facilite la «mise de la marmaille au lit». Dans le sud de la France, cette créature effrayante est une vieille femme qui porte le nom de Trimarde. Aux États-Unis et en Angleterre, il s’agit du Bogeyman; en Écosse, du Boggart; au Mexique et en Espagne, du El Coco; en Bulgarie, du Torbalan; en Italie, du Uomo Nero et aux Philippines, du Pugot Mamu...

Encore aujourd’hui, le bonhomme Sept-Heures est un personnage qui réussit à délier les petites comme les grandes langues. Bien qu’imaginaire, il donne la «chair de poule» et est toujours «à la page» dans sa fonction d’aider à faire respecter le couvre-feu.

Nous vous donnons rendez-vous le 19 janvier 2010.

Sources
  • GIRARD, Alexandre, Créatures fantastiques du Québec, Tome II, [Montréal], Les intouchables, 2009, 141 p.
  • TJ Marsh, Weblog, 2009: http://tjmarsh.wordpress.com/2009/10/25/the-15-bogeymans-around-the-world/

Septième épisode
La «bonne femme»
La «bonne femme»

Burin, épreuve avant la lettre: Johann Georg Wille (1715-1808), Bonne femme de Normandie, ?
Source: Musée des beaux-arts de Montréal / Don de Francis McLennan, C.R. / No Gr.1986(1929).680
Crédit photographique: Musée des beaux-arts de Montréal, Jean-François Brière.

Ce qui est simple et efficace tourne parfois au ridicule: ainsi en est-il souvent des recettes et des remèdes de «bonne femme...» Et pourtant!

Les «trucs de grand-mère» ou les «remèdes de bonne femme» sont ces solutions pratiques aux soucis domestiques et aux maux quotidiens que des femmes astucieuses se sont transmises, de génération en génération, tel un savoir-faire développé au gré de leurs expériences.

Femme du peuple, la «bonne femme» utilise les produits et les moyens auxquels elle a accès et trouve toujours une solution aux problèmes du moment, qu’il s’agisse de détacher un vêtement ou de soigner une enflure. Certes, ces soins ne traitent pas les maladies graves, mais prodigués avec amour, ils apaisent bien des souffrances et apportent un mieux-être.

De la «mouche à la moutarde» au bain de pied à l’eau salée, en passant par les cataplasmes aux feuilles de choux et les infusions de pissenlits, les composantes des remèdes de «bonne femme» sont parfois tellement simples que leur efficacité paraît invraisemblable. Pourtant, il suffit d’avoir retrouvé un état normal après avoir suivi un conseil de la sorte pour donner, à son tour, cette précieuse information à une personne affligée d’un même mal ou d’un problème semblable.

Abordables et efficaces, les remèdes de bonne femme «font jaser» et deviennent populaires. Qui ne connaît pas une tante, une belle-soeur ou une voisine qui ne prône pas, à l’occasion, l’un de ces «moyens du bord» qui fait des «petits miracles»? Débarrassez-vous de votre mal de gorge en vous gargarisant avec de l’eau salée; guérissez vos ulcères gastro-intestinaux en buvant 3 verres de jus de pomme de terre par jour; nettoyez le fer blanc en le frottant avec un chiffon imbibé d’huile trempé dans la cendre de bois, etc.

Une hypothèse soutient que l’expression «remède de bonne femme» vient du vieux français «remède de bonne fâme», dont la racine latine, bona fama, signifie «de bonne renommée».

À l’inverse, une autre hypothèse veut que ce soient les adeptes d’une science plus sophistiquée, favorisant l’usage de drogues plus onéreuses, issues de formules brevetées ou n’utilisant que des produits rares ou de qualité supérieure, qui aient, par mépris, qualifié ainsi ce type de médecine populaire, dite empirique et désuète.

Quoi qu’il en soit, les remèdes à base de fleurs, de fruits, de graines et de feuilles sont rarement néfastes pour la santé, et quant aux moyens et procédés qui peuvent en laisser plus d’un sceptique, on ne peut en prouver l’efficacité ou l’inefficacité qu’en les essayant!

Et si les trucs de «bonne femme» n’étaient que des leçons pleines de sagesse et de bon sens?

Nous vous donnons rendez-vous le 2 février 2010.

Sources
  • DESAUTELS, Yvon, Les coutumes de nos ancêtres. [Montréal], Éditions Paulines, 1984. 55 p.
  • ROUSSELET-BLANC, Josette et Vincent, Les recettes de bonne femme: la réponse à tous vos soucis domestiques, Paris, Michel Lafond, 2002, 328 p.
  • DELALANDE, Églantine et Francine Pages, Les remèdes et astuces de nos grand-mères, Croissy-sur-Seine, Anagramme, 320 p.
  • COUILLARD, Suzette et Roseline Normand, Souvenirs d’hier pour aujourd’hui. Trucs de grand-maman, L'Islet-sur-mer, DSC, 1982, 114 p.

Huitième épisode
La marmotte et son ombre
La marmotte et son ombre

Nom de l'artiste: Ginette Boyer
Titre et date de l’oeuvre: «Marmotte commune, la voit-elle?», 2010
Dimensions: 9" x 12"
Médium: Crayons couleurs sur papier Stonehenge

Le monde animal, intimement lié aux lois de la nature, est, depuis le début des temps, une fascinante source d’enseignements pour l’homme. Ancrées dans notre culture, les qualités des différentes espèces transforment les bêtes en personnages animaliers signifiants que l’on peut reconnaître dans l’étude des rites anciens comme des plus récents dessins animés. Parmi ceux-ci figure la marmotte, ce rongeur hibernant réputé pour annoncer, par les manifestations de son instinct, la proximité de la fin de l’hiver.

Selon la tradition qui a pris le nom du «Jour de la marmotte», on doit observer l'entrée du terrier de l’animal le 2 février, au moment ou s’achève sa période d’hibernation. La légende dit que, si en sortant pour vérifier la température extérieure, l’animal ne voit pas son ombre parce que le temps est nuageux, il restera à l’extérieur, signe que l'hiver finira bientôt. Par contre, si le temps est lumineux et clair, il sera effrayé par son ombre et retournera dans son gîte. L'hiver continuera alors pendant 40 jours.

Cette observation visant à identifier le retour prochain du printemps peut certes s’avérer très approximative, mais elle est utilisée depuis fort longtemps, tout comme la fin de la noirceur hivernale est un passage célébré depuis des lunes: les Celtes fêtent l’Imbolc, et les Romains, les Lupercales. Lors de ces réjouissances, des processions et des courses aux flambeaux ont lieu pour souligner le retour de la lumière et célébrer la fécondité et la purification. D’ailleurs, c’est dans l’Antiquité, et suivant la mythologie romaine, que le mois de février est nommé en l’honneur de Februa, dieu de la mort et de la purification.

Au Ve siècle, à l’initiative du Pape Gélase 1er, les chrétiens remplacent ces cultes païens par des processions aux chandelles dans les églises. Cette fête chrétienne fut nommée «la Chandeleur», connue aussi sous le nom de «Jour des crêpes», qui, par leur forme et leur couleur, rappellent le soleil. Ce même pape en faisait distribuer aux pèlerins, à cette occasion. Puis, au fil des ans, dans la religion catholique, la Chandeleur est devenue de plus en plus associée aux thèmes de la Purification de la Vierge et de la Présentation de Jésus au temple, décrits dans le Nouveau Testament.

En Nouvelle-France, sous le régime seigneurial, les habitants voient venir la Chandeleur avec hâte. La Vallée-du-Saint-Laurent, encore ensevelie sous la neige, voit fumer les cheminées qui réchauffent les chaumières. Au début du mois de février, les colons «hivarnent» dans leur maison. Les femmes s’affairent à différents ouvrages, comme le filage et le tissage, et elles se plaignent de leur homme qui les embarrasse: «Ils traînent, l’âme en peine, et grognent si on les incite à s’activer» (Provencher).

Bientôt, l’horloge interne de l’homme, comme celle de la marmotte, sonnera le retour du printemps. On verra éclore les bourgeons, les animaux sortiront des étables et les bateaux pourront quitter le port. Même les morts qui attendent au charnier pourront être enterrés dans le sol dégelé du cimetière. Le cultivateur préparera ses semences et le cycle de la vie reprendra son cours... Après plusieurs semaines d’hiver et de bordées de neige, quelques heures de temps doux suffisent pour espérer le retour du printemps. Avec un tel climat, n’est-il pas normal que l’on «se jase» tant de la température? Que l’on y mette tant d’espoir?

«Allez, marmotte, n’aie pas peur de ton ombre!»

Ainsi s’achève cette série de chroniques sur ces personnages qui font jaser.

Sources
  • PROVENCHER, Jean, C'était l'hiver: la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, [Montréal], Éditions du Boréal Express, 1986, 278 p.
  • HILL, Susanna Leonard, Debout, marmotte!, illustrations de Jeffrey Ebbeler; texte français de Louise Sasseville, [Toronto], Éditions Scholastic, 2007, n.p.
  • Vie des Saints, [Mont-Tremblant], Éditions Magnificat, 2006:
    http://www.magnificat.ca/cal/fran/02-02.htm

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Êtres légendaires
Les êtres légendaires se caractérisent par des traits qui ressemblent à ceux de personnes réelles ou même à des animaux, mais ce sont des personnages qui, transformés par l’imagination, prennent une dimension fantaisiste.
La Chandeleur ou La fête des chandelles
Les chandelles rappellent le Christ, lumière du monde: la cire, ouvrage de l’abeille virginale, est la Chair du Christ; la mèche intérieure est Son Âme; et la flamme, qui brille en sa partie supérieure, est Sa Divinité.

La procession aux chandelles représente le passage de la sainte Famille dans le Temple.

Les chrétiens, à la Chandeleur, font bénir leurs chandelles et les rapportent à la maison en guise de protection. D’où l’expression: «le cierge de la Chandeleur protège du malheur».
Infusion de pissenlits
Diminue la cellulite, les petits troubles de la vésicule biliaire et du foie et favorise l’élimination des boutons sur le visage.
Cataplasme aux feuilles de choux
Calme les douleurs musculaires.
Bain de pied à l’eau salée
Apaise les pieds fatigués et ravive le corps entier.
Mouche à la moutarde
Préparation de farine et de moutarde sèche délayée avec de l’eau que l’on étend sur un linge et que l’on place sur la poitrine pour soigner les bronchites.
La quête de l’Enfant-Jésus
La quête de l’Enfant-Jésus avait lieu après Noël et se déroulait jusque dans la première semaine de janvier. Le curé et les marguilliers allaient de maison en maison pour recueillir des denrées (blé, lard, fil et fillasse), qui étaient ensuite vendues aux enchères sur le perron de l’église, au profit de la fabrique. On en profitait aussi pour collecter la dîme.
Avent
L’Avent est la période de quatre semaines de l’année liturgique qui précède et prépare la fête de Noël. Le curé partait en grande tournée dans sa paroisse pour bénir les membres de la famille et les crucifix de chaque demeure. Il dénombrait également les âmes de la paroisse et annonçait le nombre total de la population, une fois sa tournée terminée, lors du prône. Le prône est ce moment, à la fin de la messe paroissiale, où le prêtre annonce l’ensemble des nouvelles touchant la paroisse (messes de la semaine suivante, mariage, etc.).
Bedeau
Le bedeau est l’employé laïc d’une fabrique. Il est chargé de veiller au bon déroulement des offices, mais aussi d’assister le curé dans ses activités courantes. Sa maison est généralement à proximité du cimetière.
Ouailles
Le terme s’emploie pour désigner des brebis ou des chrétiens par rapport au prêtre.
Chaire
La chaire est la tribune à partir de laquelle le prédicateur s’adresse à son auditoire. Elle surplombe la nef et le prédicateur doit s’y rendre en montant un escalier.
Coiffer la Sainte-Catherine
Le 25 novembre, jour de la fête de Sainte-Catherine, les jeunes filles de 25 ans et moins avaient la mission honorifique de coiffer la statue de leur sainte patronne. Seules les pucelles, que l’on appelait alors Catherinettes, y étaient autorisées.

Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre, patronne des philosophes et des jeunes filles, aurait défié l’Empereur Maxence au IVe siècle. En 1970, elle a été retirée du calendrier romain en raison du caractère légendaire de sa biographie.
Bonniche
Mot péjoratif pour dire «bonne».
La «Révolution tranquille»
L’arrivée des libéraux de Jean Lesage au pouvoir, en 1960, est le point de départ de la Révolution tranquille, une expression qui apparaît d’abord en anglais (Quiet revolution) sous la plume d’un journaliste du quotidien torontois Globe and Mail. On désigne par cette expression la période du règne des libéraux, soit jusqu’en 1966, marquée par l’ensemble des changements reliés à l’évolution séculaire de la société québécoise et l’affirmation d’une identité nationale en rupture avec l’idéologie de la survivance.
La «Grande Noirceur»
L’expression désigne la période allant de la fin de la 2e Guerre mondiale jusqu’au décès de Maurice Duplessis (1945 à 1959) et vise les figures du cléricalisme et du nationalisme qui, aux yeux de la nouvelle intelligentsia, apparaissent comme un obstacle à l'édification d'une société moderne.
Bureau des Pauvres
Après l’intendance de Jean Talon vient celle de Jacques Duchesneau de la Doussinière et d’Ambault, en poste de 1675 à 1682. En 1676, Duchesneau fait interdire la mendicité dans la colonie dans le but de limiter les désordres qu’elle peut entraîner et éviter la vie oisive facilitée par l’obtention de dons aux portes. L’ordonnance mentionne la présence de 300 mendiants dans la ville de Québec cet été là. L’intendant qui succède à Duchesneau, Jean Bochart de Champigny, en poste jusqu’en 1702, instaure quant à lui un Bureau des Pauvres dans les villes de Québec, de Trois-Rivières et de Ville-Marie. On souhaite alors que désormais, dans les villes, les dames quêteuses aillent aux portes des habitants recueillir l’aumône pour les pauvres. Ces dernières remettent la quête au directeur du Bureau, qui se charge de la distribution auprès des personnes recommandées par le curé de la paroisse et jugées dignes d’assistance.