Chroniques

Des traditions oubliées

Dans la mémoire de chacun, se trouvent une multitude de souvenirs: souvenirs de sons tant de fois entendus, de saveurs tant de fois goûtées, d’odeurs tant de fois senties, de moments si particuliers... Certains souvenirs sont uniques, d’autres sont partagés par d’entières générations.

Les rituels collectifs ponctuant la vie dans les villages génèrent souvent bien des souvenirs partagés. Quelques-unes de ces «traditions» existent toujours tandis que beaucoup d’autres, abandonnées, tombent tranquillement dans l’oubli. Cette nouvelle série de chroniques vise à dépoussiérer d’anciennes traditions susceptibles de vous surprendre ou, peut-être, de vous rendre nostalgique.

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Premier épisode
À la Saint-Marc, la procession prend le champs
Le quêteux

© Michel Presseau - Toute reproduction interdite sans autorisation

Dans le calendrier liturgique catholique, nombreuses sont les fêtes coïncidant avec des moments forts des cycles naturels. Noël correspond au solstice d’hiver et la Saint-Jean, à celui de l’été. Pâques, fête catholique par excellence, concorde avec le retour du printemps. Célébrée le 25 avril, la Saint-Marc établit, pour sa part, un lien explicite avec l’activité agricole. Au cours de cette fête, le prêtre bénit les semences, symbole de vie et de renouvellement de la nature.

Un peu d’histoire

Depuis l’Antiquité, les Romains invoquent les dieux pour la protection des récoltes. Leurs rites du printemps laissant place à certains débordements, les catholiques souhaitent les remplacer au 4e siècle par des rituels plus conformes à leurs valeurs. Ils invoquent Dieu par des prières, des litanies et des processions, traditionnellement pratiquées lors des Rogations ou à la Saint-Marc.

Dans les paroisses québécoises, la procession de la Saint-Marc a un long rituel. Elle débute à l’église, avant la messe. Après avoir chanté Exsúrge, Dómine, ádjuva nos, et libera nos propter nomen tuum* et entamé quelques lignes des grandes litanies, la procession se met en branle. Le thuriféraire marche devant, la croix de procession suit, entourée de deux acolytes portant des chandeliers. La foule se tient sur deux colonnes, les jeunes filles prenant place derrière la croix, suivies des garçons, des hommes et du clergé, l’officiant étant placé en dernier. Les magistrats et les notables, puis les femmes mariées, ferment la marche. La couleur portée par le clergé est le violet, symbole de pénitence.

Le trajet qu’emprunte la procession permet d’embrasser du regard tous les champs de la paroisse. Tout en récitant des litanies et des prières, les participants plantent parfois en bordure des champs de petites croix bénites qu’on appelle des croix de semences. De retour à l’église pour la messe, une bénédiction spéciale est réservée aux graines déposées par les fidèles sur l’autel dans des sacs ou des coffrets. Les graines de jardin, de céréales et de fleurs deviennent alors des graines bénites.

Le temps des semences

Quand vient le moment de semer, le cultivateur se signe. Il demande à un enfant de disperser les premières graines aux quatre points cardinaux ou de les enfouir une à une dans la terre. Lorsque tout est terminé, le fermier sort les graines bénites et les disperse dans son champs.

Plusieurs légendes encouragent à croire en l’efficacité de ces rituels. L’une d’elles concerne un petit haricot qu’on appelle le haricot du saint sacrement. Il y a très longtemps, dans un petit village, la Saint-Marc avait été si pluvieuse que la procession avait dû emprunter les champs fraîchement ensemencés plutôt que les chemins. Des deux fermiers approchés pour permettre le passage de cette procession, un seul accepta. Bien entendu, à la fin de l’été, c’est lui qui fit la meilleure récolte et ses fèves portaient toutes une marque couleur «sang de boeuf». Selon certains, cette marque avait la forme d’un ostensoir. Le haricot fut donc baptisé «haricot du saint sacrement». On peut se le procurer encore aujourd’hui.

Pour célébrer l’arrivée de la belle saison, quelques jours après la Saint-Marc, nos ancêtres ont à coeur une autre coutume, venue de France. Pour en savoir plus sur la plantation du mai, nous vous donnons rendez-vous le 2 mai 2006.

*En français, on peut traduire cette antienne par «Debout, Seigneur, viens à notre aide, rachète-nous en raison de ton amour».

Sources
  • BALDESCHI, Giuseppe. Petit cérémonial selon le rite romain: à l’usage des églises de la province ecclésiastique de Québec, extrait du cérémonial, s. l., s.n., 1853, 281 p.
  • DESDOUITS, Anne-Marie. «Au rythme des fêtes et des saisons», Cap-aux-Diamants, no 26, été 1991, pp.10-13.
  • PROVENCHER, Jean et Johanne BLANCHET. C’était le printemps: la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1980, 236 p.
  • SAUVAGEAU, Thérèse. Au matin de notre histoire: souvenirs de nos ancêtres, Sainte-Foy, Anne Sigier, 1992, 223 p.

Deuxième épisode
Un «mai» pour le seigneur

Depuis longtemps, le retour du printemps donne lieu à diverses manifestations célébrant la fertilité de la terre. La plantation du «mai», fête de l’arbre, est une très ancienne coutume, populaire en France du 17e au 19e siècle, transportée en Nouvelle-France dès le 17e siècle.

Un «mai» est un très grand sapin dont l’écorce et les branches ont été enlevées, à l’exception de trois pieds à la cîme, qu’on appelle le «bouquet». L’arbre est embelli de girouettes, couronnes, drapeaux, fleurs de papier, rubans. La coutume de planter un «mai» face à la maison d’un notable, le premier jour du mois de mai, est un geste hautement honorifique.

Vers 1675, ce privilège est réservé au capitaine de milice, homme respecté assumant une multitude de tâches semblables à celles d’un maire. La plantation d’un «mai» est une façon de reconnaître officiellement son importance. Après la Conquête, on honore davantage le seigneur de cette façon, ou d’autres personnages distingués comme le curé.

Une fête bruyante

Le matin du premier mai, des villageois, armés de fusils, de cornes à poudre et de haches, se présentent chez le seigneur. Sans tarder, ils entreprennent de préparer le «mai», de creuser la fosse et de confectionner des coins pour consolider le «mai». Le seigneur feint d’ignorer ce qui se passe, malgré le tumulte.

Un premier coup de fusil avertit le seigneur que tout est prêt. Entouré de sa famille, il reçoit au salon deux émissaires venus demander la permission de planter le «mai». La foule accueille de façon enthousiaste la réponse assurément positive qu’on leur transmet. Après une courte prière, les participants élèvent le «mai». Ce dernier surplombe majestueusement toutes les maisons.

Un autre coup de feu retentit pour avertir le seigneur qu’il devra recevoir une seconde fois les ambassadeurs, accompagnés de deux habitants portant des gobelets et de l’eau-de-vie. Ils invitent le seigneur à recevoir le «mai» en l’arrosant et en tirant, le premier, sur l’arbre. Les protagonistes s’offrent mutuellement de l’alcool et trinquent joyeusement.

Quand le seigneur sort, un jeune homme grimpe sur le «mai», crie «Vive le Roi, vive le seigneur!» et redescend. Le seigneur décharge alors son fusil sur le «mai», imité par tous les participants. Plus l’arbre noircit, plus c’est flatteur. La fête se poursuit chez le seigneur où on consomme de la viande, des galettes sucrées et surtout, beaucoup d’alcool. À chaque toast, des hommes sortent pour tirer sur le «mai». On chante, on chahute, on raconte des histoires*.

Honneur aux capitaines déchus

En 1828, à Saint-Benoît et à Sainte-Scholastique, la coutume de la plantation du «mai» devient un puissant moyen de protestation pour certains miliciens mécontents. Cette année-là, ils érigent des «mais» non pas pour les capitaines de milice en titre, mais pour des capitaines fraîchement destitués par le gouverneur Dalhousie. Aux capitaines légitimes, en guise de raillerie, on présente d’horribles «mais» peints en blanc et rouge comme l’enseigne des barbiers.

D’autres circonstances sont propices à la plantation d’un «mai». Par exemple, dans les localités du Québec où la débâcle est tardive, comme au niveau du lac Saint-Pierre, on érige des «mais» et on fête directement sur le pont de glace. La coutume de la plantation du «mai» est abandonnée au cours du 19e siècle.

En plus du «mai», le seigneur et le capitaine de milice ont droit à d’autres privilèges, comme d’occuper un banc réservé à l’église. Pour en savoir plus sur les bancs d’église et sur la façon dont ils sont vendus aux enchères, nous vous donnons rendez-vous le 16 mai 2006.

*Ce récit de la plantation du mai est inspiré de l’ouvrage de Philippe Aubert de Gaspé, Les anciens Canadiens.

Sources
  • AUBERT DE GASPÉ, Philippe. Les anciens Canadiens, Montréal, Librairie Beauchemin, 1913, 361 p.
  • DESAUTELS, Yvon. Les coutumes de nos ancêtres, Montréal, Paulines, 1984, 55 p.
  • LACOURSIÈRE Jacques et Hélène-Andrée BIZIER. Nos racines: l’histoire vivante des Québécois, Saint-Laurent, Éditions Transmo, 1979, 144 fasc. (Chapitre 76: La vie de l’esprit)
  • PROVENCHER, Jean et Johanne BLANCHET. C’était le printemps: la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1980, 236 p.

Troisième épisode
Les bancs aux enchères

Quand on demande à quelqu’un de décrire une église, il est fort probable que l’architecture extérieure, le nombre de clochers, la magnificence du maître-autel et la beauté des ornements attirent l’attention. Très rarement les bancs de l’église sont mentionnés, de la même façon qu’on ne spécifie pas qu’une voiture a quatre roues. Cela va de soi. Pourtant, les bancs des églises, ces meubles tout à fait anodins, ont connu leur heure de gloire. Ils ont déjà été l’objet de grandes convoitises soulevant les passions!

Autrefois, alors que les paroissiens assistent assidûment à l’office du dimanche et aux fêtes religieuses, les églises sont pleines à craquer. Fréquemment, des dizaines de paroissiens restent debout près de la porte et plusieurs enfants s’asseyent sur les marches, au pied de la balustrade. Vers 1830, à Saint-Jean-de-l’île-d’Orléans, on compte quatre cents places assises pour sept cents fidèles qui fréquentent l’église régulièrement. Heureusement, toutes les églises du Québec sont pourvues de bancs pour accommoder les fidèles, entre autres grâce à Mgr de Saint-Vallier.

Les bancs les plus recherchés des paroissiens sont ceux à l’avant de l’église ou au jubé. Ils permettent de bien voir les cérémonies et de mieux entendre le célébrant. Les bancs complètement à l’arrière de l’église sont aussi convoités. Or, tous ces bancs ne sont pas à la disposition du premier venu. Vendus aux plus offrants lors d’une criée, les bancs de l’église sont acquis par des familles qui les conservent tant que le propriétaire, ou sa veuve, est vivant et tant qu’ils en paient la rente annuelle. En cas de décès, le banc est remis aux enchères mais la famille conserve un «droit de retrait», c’est-à-dire qu’elle peut conserver le banc si elle est capable de débourser un montant égal à la meilleure offre lors de la criée.

La vente des bancs se déroule le dernier dimanche de l’année, à la sacristie ou sur le perron de l’église. On peut aisément imaginer la scène mélodramatique qui se joue quand une famille accablée d’un deuil récent se voit dépouillée du banc familial, et on peut imaginer les luttes épiques pour acquérir certains bancs, surtout quand la population s’accroît et que les bancs se font rares. Ne facilitant pas les choses, des spéculateurs acquièrent plusieurs bancs pour les louer ensuite, avec profits. En raison de ces problèmes, tous les bancs de l’église sont annuellement remis aux enchères à compter de la fin du 19e siècle.

La vente des bancs est une source importante de revenus pour la fabrique, la principale au 19e siècle. Vers 1878, les paroisses de la région de Saint-Hyacinthe tirent jusqu’à 90% de leurs revenus de la location des bancs.

En plus de ses avantages pratiques, un bon banc peut satisfaire chez certains la soif de prestige, les places à l’église reflétant le rang social. Le meilleur banc est réservé au paroissien le plus important, le seigneur. Son banc est situé du côté droit, à quatre pieds de la balustrade. Le seigneur peut, de plus, être enterré sous son banc. Le capitaine de milice a aussi un banc réservé, le premier de la rangée du milieu. Les marguilliers peuvent occuper le magnifique banc d’oeuvre situé dans le choeur et, après leurs mandats, le banc de connétable, à l’arrière, afin de surveiller la bonne conduite des fidèles. Pour les autres, tout est question de fortune.

Afin de remplir leurs bancs régulièrement, les églises sont dotées de moyens de communication hors pair appelant les fidèles aux offices religieux, ce sont les cloches. Pour en connaître davantage sur les cloches et leur histoire, nous vous donnons rendez-vous le 30 mai 2006.

Sources
  • HUDON, Christine. Prêtres et fidèles dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, 1820-1875, Sillery, Septentrion, 1996, 469 p.
  • LÉTOURNEAU, Raymond et Raymonde BONENFANT. L’histoire de Saint-Jean de l’Île d’Orléans à travers les contrats notariés de ventes de bancs, Québec (province), s. n., 1981, 46 p.
  • PROVENCHER, Jean. C’était l’hiver: la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1986, 278 p.

Quatrième épisode
Un baptême pour la cloche
Un baptême pour la cloche

Avec quelques tonnes de métal en fusion, coulez des anses, un cerveau, une panse, une pince, une robe et un battant. Montez le tout en haut d’une tour, vous obtenez l’un des plus efficaces moyens de communication que l’humanité ait connu: la cloche. Avant l’arrivée de la radio et de la télévision, la cloche transmettait des messages à des villages entiers, parfois sur plusieurs kilomètres.

Constamment présente dans l’univers sonore du village, la cloche rythme la vie quotidienne. Voix de l’Église, elle sonne aux messes, mariages, baptêmes et funérailles. Matin, midi et soir, elle signale l’heure de la prière qu’on appelle l’Angélus et aussi celle de l’office religieux du soir, les vêpres. Voix de la communauté, la cloche sonne les couvre-feux, l’ouverture des marchés et avertit des dangers lorsqu’on sonne le tocsin. Pour le randonneur égaré ou le capitaine naviguant dans la brume, le son de la cloche est un bon point de repère.

Avant d’être sonnée pour la première fois, la cloche est l’objet d’une cérémonie de consécration. L’évêque revêtu de blanc utilise l’encens, le sel, l’eau bénite, l’huile sainte et le saint chrême. La cloche est décorée de fleurs, couverte d’une robe de dentelle blanche. Elle est entourée de ses parrains et marraines, des bienfaiteurs qui souvent inspirent le nom donné à la cloche. Puisque cette cérémonie ressemble en de nombreux points au baptême, on utilise l’expression «baptiser la cloche».

Selon le Rituel du diocèse de Québec de Mgr de Saint-Vallier, le «baptême» d’une cloche débute par un exorcisme pour éloigner les maléfices et purifier la cloche. La cérémonie de consécration comporte plusieurs gestes, comme des onctions, entrecoupés de bénédictions et de psaumes. L’officiant évoque les rôles de protection et d’appel de la cloche, incitant les fidèles à considérer le son de la cloche comme une invitation à penser au jugement dernier et à consacrer du temps à Dieu.

Certaines bénédictions dont on gratifie la cloche se déroulent avant même qu’elle ne soit fabriquée. En effet, le prêtre peut bénir le fer, le cuivre et l’étain en fusion, auprès du fondeur. En Nouvelle-France, les fondeurs de cloche sont itinérants et se déplacent selon les besoins. Au 19e siècle, des fonderies, comme celle des Molson, prennent la relève pour fabriquer des cloches plus volumineuses. Les cloches importées d’Europe, comme celles de l’église Notre-Dame, sont par ailleurs nombreuses au Québec.

Une croyance populaire veut que les cloches aient le pouvoir de protéger les hommes de catastrophes telles tempêtes, foudre, épidémies. Certaines cloches portent ainsi l’inscription «De la tempête et de la foudre, défends-nous, Seigneur!» Selon une autre croyance, les cloches partent toutes en voyage une fois l’an, à Pâques. Elles retentissent une dernière fois le jeudi saint et sont de retour pour le Gloria du samedi. En leur absence, des crécelles sont utilisées pour appeler les fidèles. Certains disent que les cloches visitent le pape, d’autres qu’elles cherchent la clé du saloir pour manger gras à leur retour. Ce qui est certain, c’est que les enfants, intrigués, imaginent une foule de moyens de transport farfelus pour les cloches.

Parfois, la cloche sonne pour inviter les enfants à se rendre à l’église, afin d’assister à des cours de catéchisme. Pour en connaître davantage sur ce que signifie «marcher au catéchisme», nous vous donnons rendez-vous le 13 juin 2006.

Sources
  • BOUCHARD, Léonard. Le Québec et ses cloches, Campus Notre-Dame-de-Foy, Éditions de l’Airain, 1990, 466 p.
  • POMERLEAU, Jeanne. Métiers ambulants d’autrefois, Montréal, Guérin, 1990, 467 p.
  • PROVENCHER, Jean et Johanne BLANCHET. C’était le printemps: la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1980, 236 p.
  • ROBINAULT-JAULIN, Arnaud. Cloches: voix de Dieu, messagères des hommes, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, 127 p.

Cinquième épisode
Marcher au catéchisme
Marcher au catéchisme

© Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2002-2005, collection numérique

Le matin du grand jour où débutent les cours de catéchisme, l’enfant de dix à onze ans est l’objet d’attentions spéciales. Sa mère le lave minutieusement et lui enfile ses plus beaux habits. Au son de la cloche, il doit tout quitter pour se rendre à l’église où le curé l’attend. Cette journée-là, il rencontre des enfants venus des quatre coins de la paroisse. Les jeunes sont excités, fiers ou anxieux, d’être maintenant assez âgés pour se préparer à recevoir un sacrement très important, symbole du passage de l’enfance au monde adulte, la première communion.

Le petit catéchisme sert de manuel de base lors des leçons de catéchisme. Ce livre est en principe déjà bien connu des enfants, puisqu’à partir de sept ans, les parents sont invités à le leur enseigner. S’ils n’y arrivent pas, la maîtresse d’école s’assure que les élèves le connaissent sur le bout des doigts. Le catéchisme expose la doctrine catholique sous forme de questions et de réponses. Au 16e siècle, peu après le concile de Trente, un premier catéchisme est publié pour combattre l’ignorance des prêtres et des fidèles. La Nouvelle-France a le sien dès 1702. Les principes de la religion, les commandements de Dieu et de l’Église, les devoirs du chrétien, le sens des rituels et les dispositions nécessaires à la réception des sacrements sont exposés dans de tels ouvrages pouvant être destinés aux adultes ou aux enfants.

Au Québec, les curés sont invités à dispenser des cours de catéchisme à tous les paroissiens sans distinction d’âge, tous les dimanches et toutes les fêtes d’obligation de l’année. Dans les faits, c’est surtout aux enfants préparant leur première communion qu’il est enseigné et, en raison des difficultés de déplacement, uniquement durant la belle saison. Les séances de catéchisme durent souvent près d’une demi-journée. Les garçons prennent place du «côté de l’évangile», c’est-à-dire à gauche de l’autel, et les filles du «côté de l’épître», à droite.

Après avoir révisé la leçon précédente, le prêtre fait l’enseignement du jour en expliquant dans des mots simples le contenu du catéchisme. Il questionne les enfants, qui doivent souvent répondre dans leurs propres mots pour montrer qu’ils ont compris. Ces leçons sont entrecoupées de prières, de cantiques, de confessions et de récréations. En plus de former les têtes, le prêtre cherche aussi à former les coeurs et à inculquer les valeurs d’obéissance, de prudence et de respect. En brandissant la menace du renvoi, déshonneur suprême, le prêtre réussit aisément à calmer les indisciplinés.

Comme en témoigne Lionel Groulx dans Les rapaillages, les enfants «marchant au catéchisme» ont un statut particulier au village. On attend d’eux qu’ils soient d’une sagesse exemplaire, graves et recueillis. Dans l’année suivant leur première communion, c’est d’abord à eux qu’on confie les lectures pieuses au foyer. Ils sont l’objet de l’admiration des plus jeunes et ont certains privilèges pendant qu’ils sont au catéchisme, tel de sonner les cloches, si l’occasion se présente.

Un autre sacrement nécessite encore plus de préparatifs que la première communion. Pour en savoir plus sur le sacrement du mariage, nous vous donnons rendez-vous le 27 juin 2006.

Sources
  • GROULX, Lionel. Les rapaillages: contes, Saint-Laurent, Bibliothèque québécoise, 2004 (1916), 128 p.
  • HUDON, Christine. Prêtres et fidèles dans le diocèse de Saint-Hyacinthe 1820-1875, Sillery, Septentrion, 469 p.
  • JOHNSTON, Andrew John Bayly. La religion dans la vie à Louisbourg 1713-1758. Ottawa, Ministre des Approvisionnements et Services Canada, 1988, 267 p.

Sixième épisode
Le grand oui au pied de l'autel
Le grand oui au pied de l'autel

Moment important qu’on souligne avec moult réjouissances, le mariage est le rite de passage par excellence par lequel les jeunes gens pénètrent pour de bon dans le monde adulte. Dans le Québec de jadis, on préfère l’hiver comme saison pour le mariage, les travaux moins exigeants de la ferme laissant davantage de temps pour préparer la noce et, bien sûr, pour festoyer.

Tout mariage qui se respecte débute alors par quelques mois de fréquentations, durant lesquels un jeune homme demande la permission d’aller veiller chez une jeune femme. Étroitement surveillé lors de ces soirées, il trouve toujours un prétexte pour se rapprocher de sa «belle». Il peut, par exemple, retenir un instant ses mains en lui remettant un cadeau, jusqu’à ce que le chaperon lui fasse remarquer «Monsieur, avez-vous “fret” aux mains?». C’est souvent le même chaperon qui met un terme à la soirée, signifiant subtilement aux tourtereaux qu’elle a assez duré.

Si les fréquentations sont satisfaisantes, le prétendant peut faire une «petite demande» auprès de sa future belle-mère. Encouragé, il peut passer, quelques jours plus tard, à la «grande demande». Il s’agit d’un acte solennel effectué auprès du futur beau-père. Le jeune homme est accompagné de son propre père. Les parents de la jeune fille souhaitent pour elle un bon parti, c’est-à-dire un homme fortuné, si possible héritier du bien paternel. En contrepartie, ils accueillent mal ceux qui ont des quêteux dans leur famille et les hommes de condition ou d’âge trop différents. Comme dit l’adage, «Mariez-vous à votre porte avec des gens de votre sorte», sage conseil pour qui ne veut pas être victime d’un charivari.

Si la réponse est positive, les parents et les futurs époux s’entendent sur les arrangements matériels du mariage comme la dot, parfois versée en argent mais aussi en meubles, linges de maison et animaux. Un contrat est donc signé devant notaire. On discute d’une date en faisant attention d’exclure le Carême et l’Avent, périodes de pénitence. À compter de 1790, on privilégie le mardi plutôt que le lundi afin que les préparatifs de la noce ne distraient pas des obligations religieuses du dimanche. Une fois le mariage approuvé par le curé, celui-ci l’annonce trois dimanches de suite à la messe. C’est la publication des bans.

Les préparatifs du mariage sont alors déjà bien entamés. La mariée et les femmes de la famille confectionnent le trousseau: nappes, rideaux, lingerie, draps, tapis, couvertures. À partir du 20e siècle, on commence à acheter certains objets. Puis, on prépare des quantités phénoménales de nourriture pour la noce: ragoûts de pattes, rôtis, lard, mouton et tourtières. Ces aliments se conservent aisément car le mariage a lieu pratiquement toujours l’hiver.

Le grand oui au pied de l'autelLe matin du grand jour, le marié et sa famille se rendent souvent chez la mariée pour former le cortège. La mariée et son père ouvrent le défilé, suivi du garçon et de la fille d’honneur. Le marié et son père se retrouvent à la queue. La cérémonie est sobre. Le prêtre commence par vérifier qu’il n’y a pas d’empêchements au mariage. Les mariés, préalablement confessés, échangent simplement leurs consentements et le marié donne un anneau bénit à la mariée, scellant ainsi le mariage. Le curé bénit ensuite les époux et les exhorte à respecter les obligations chrétiennes dans le mariage. Tous assistent ensuite à la messe. Les registres sont signés à la sacristie, à la fin de l’office. Pour les mariages clandestins, la cérémonie est encore plus rapide!

Le cortège de retour sillonne toutes les rues du village. Les mariés sont en tête et les pères, à la fin. Tout le monde se dirige vers le domicile des parents de la mariée où commencent des festivités durant parfois jusqu’à trois ou quatre jours. Pendant tout ce temps, s’alternent repas bien arrosés, danses et repos. Lors des veillées, des jeunes gens du village qu’on appelle «survenants» s’ajoutent aux noceurs. Dans certaines noces, il y a tellement de monde que plusieurs maisons sont nécessaires: l’une pour manger, l’autre pour danser et la troisième pour dormir! La noce se termine chez le marié, déménagement très symbolique pour la nouvelle épouse qui change de famille par son mariage.

Pour éviter le tumulte, il arrive que les nouveaux époux vivent leur nuit de noces chez un voisin. La mère de la mariée prépare la chambre et dépose une délicate robe de nuit sur le lit nuptial. Le voyage de noces, écourtant de beaucoup la noce quand il ne la supprime pas, devient populaire chez les bourgeois au 19e siècle. Il se démocratise au 20e siècle.

Ici prend fin la série de chroniques portant sur les Traditions oubliées.

Sources
  • LACHANCE, André. Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France: la vie quotidienne aux 17e et 18e siècles, Montréal, Libre Expression, 2000, 222 p.
  • LEMIEUX, Denise et Lucie MERCIER. Les femmes au tournant du siècle 1880-1940: âges de la vie, maternité et quotidien, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989, 389 p.
  • PROVENCHER, Jean. C’était l’hiver: la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal express, 1986, 278 p.
  • SAUVAGEAU, Thérèse. Au matin de notre histoire: souvenirs de nos ancêtres, Sainte-Foy, Éditions Anne Sigier, 1992, 223 p.

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Sacré Gaumin!
C’est un Français du nom de Gaumin qui, le premier, réussit la prouesse de se marier clandestinement, en toute légalité! En effet, puisqu’un décret du concile de Trente, Tametsi, établit qu’un mariage valide doit être fait en présence d’un prêtre et de deux à trois témoins, Gaumin a la bonne idée de se présenter à l’improviste devant le curé avec sa future et ses témoins et de se déclarer marié, remplissant les conditions de Tametsi. De la même façon, certains couples se présentent lors d’un office régulier, se placent à l’arrière de l’église et échangent leurs consentements devant témoins. En Nouvelle-France, on connaît quelques cas de tels mariages, d’où vient l’expression, «se marier à la gaumine».
Nouer l’aiguillette
Au cours de l’échange des consentements, il est important que personne ne fasse de noeuds à une ficelle. Cela pourrait «nouer l’aiguillette» et rendre le marié impuissant.
Quel grand tapage!
Les mésalliances, les remariages s’effectuant avant la fin d’un deuil et les trop grandes disparités d’âge peuvent fournir un bon prétexte aux bandes de jeunes hommes désoeuvrés pour tapager et jouer des tours. C’est ce qu’on appelle un charivari. Le vacarme s’organise souvent durant plusieurs nuits, devant la maison de la victime qui peut essayer d’acheter son repos en payant une taxe ou en distribuant des boissons et des présents.
Toute une maisonnée!
Épouser l’héritier du bien paternel, c’est s’installer dans une bonne maison, sur une bonne terre. Toutefois, cela vient avec des contraintes, comme d’habiter avec ses beaux-parents et d’entretenir la maison qui devient le lieu de rassemblement pour toute la belle-famille.
Sortir la grosse bûche
Les personnes chargées de veiller en compagnie d’un jeune couple trouvent bien des façons de signifier la fin d’une soirée. Une tricoteuse pourra, par exemple, échapper sa broche ou un fumeur, curer sa pipe. Mettre la grosse bûche de nuit dans le poêle est une autre façon de transmettre le message.
Les peppermints d’amour
Il est très populaire d’offrir à l’être aimé des «papermanes», petits bonbons à la menthe sur lesquels sont écrits des messages d’amour ou d’amitié.
Une réponse loufoque
Par un beau dimanche de février, en 1748, le récollet Pierre d’Alcantara Cabaret demande à une jeune fille si elle peut lui donner la définition de ce qu’est l’Espérance. Cette dernière répond: «Oh oui mon père, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, l’Espérance est un grand sergent d’Artois qui couche tous les soirs avec ma mère»!
La Grande-Marie
En 1843, La Tempérance et La Persévérance, les deux tours de l’église Notre-Dame de Montréal, sont enfin prêtes à recevoir leurs cloches, fabriquées à la fonderie Whitechapel de Londres. Un carillon de dix cloches fait d’abord la traversée, suivi du gros bourdon. Cette dernière cloche de onze tonnes est presque aussi grosse qu’Emmanuel, le gros bourdon de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, pesant treize tonnes. Arrivée à Montréal, la grosse cloche décorée de drapeaux est transportée dans les rues de la ville sur une voiture tirée par des hommes. Nommée Grande-Marie, elle est bénite par Mgr Bourget. Dix hommes sont nécessaires pour la mettre en mouvement. Malheureusement, elle fend après quelques mois d’usage et est remplacée par le gros bourdon actuel, Marie-Jean-Baptiste, fondu en 1847.
Dehors, êtres maléfiques!
Un exorcisme est aussi pratiqué sur l’enfant à baptiser, avant qu’il n’entre dans l’église. C’est en lui mettant du sel sur la langue et de la salive aux narines et aux oreilles que le prêtre exorcise l’enfant.
Au feu!
Très facile à reconnaître, le son du tocsin est produit en frappant la cloche à coups pressés et redoublés, d’un seul côté, avec le battant.
L’Angélus
Angelus Domini nuntiavit Mariae, tels sont les premiers mots de la prière qu’on appelle l’Angélus. En français, cela signifie «L’Ange du Seigneur fit l’annonce à Marie». Cette prière traite du mystère de l’Incarnation, c’est-à-dire de la façon dont Jésus s’est fait homme en naissant d’une jeune fille vierge.
Se faire sonner les cloches!
La cloche s’insinue dans le quotidien des gens, jusque dans leur langage. Par exemple, on dira d’un déménagement clandestin, silencieux, qu’il s’agit d’un déménagement «à cloche de bois» tandis que «faire sonner la grosse cloche» signifie faire intervenir dans une affaire un individu puissant. L’expression «on ne peut sonner les cloches et aller en procession» signifie qu’on ne peut faire deux choses en même temps.
Un banc seigneurial célèbre
En 1871, le dernier seigneur de Saint-Jean-Port-Joli s’éteint. Il s’agit de Philippe Aubert de Gaspé, auteur de l’ouvrage Les anciens Canadiens. Même si le régime seigneurial est aboli depuis 1854, on accorde à l’auteur d’être enterré sous le banc seigneurial, à côté de son épouse qui y est enterrée depuis 1847. Avec les années, les vieux bancs à portes de l’église de Saint-Jean-Port-Joli sont changés, à l’exception du banc seigneurial qui y est encore.
Des sous pour l’amour de Dieu
La fabrique tire aussi ses revenus de la dîme obligatoire, qui constituait 1/13 puis 1/26 des récoltes, des quêtes, des souscriptions spéciales sollicitées lors de grands projets, des activités bénéfices tels les bazars et les loteries, et du casuel, c’est-à-dire des revenus provenant des messes spéciales, des baptêmes, des mariages et enterrements, des exemptions du jeûne et des dispenses de bans.
Les bancs mis à l’encan
La criée des bancs met en jeu tous les bancs impayés depuis plus de six mois, ceux dont le propriétaire est décédé au cours de l’année, ceux dont le propriétaire ne réside plus dans la paroisse depuis plus d’un an et ceux dont la propriétaire, veuve, s’est remariée.
Des églises sans bancs
En France, certaines églises n’ont pas de bancs. Les fidèles doivent alors transporter eux-mêmes leurs sièges. Ils s’agenouillent directement sur le plancher ou sur de la paille, durant la saison froide. En Nouvelle-France, Mgr de Saint-Vallier, évêque de 1687 à 1727, refuse une telle situation et invite les marguilliers de toutes les paroisses où il n’y a pas de bancs à en faire fabriquer.
La milice coloniale
Afin de défendre la Nouvelle-France, le gouverneur Frontenac entreprend vers 1675, sur ordre du roi, de mettre sur pied une milice composée de tous les hommes âgés de 16 à 60 ans en état de porter les armes, à l’exception des religieux et des seigneurs. Pour encadrer ces troupes, un capitaine de milice est nommé dans chaque paroisse. Il devient un intermédiaire privilégié entre l’État et les citoyens.
Les acolytes
Ce sont les deux personnes accompagnant et aidant le prêtre, le diacre et le sous-diacre durant les cérémonies religieuses, spécialement à l’autel.
Le thuriféraire
Il s’agit du clerc portant l’encensoir durant les cérémonies religieuses.
Les Rogations
Vers 474, un évêque gaulois, saint Mamert, instaure les Rogations. Elles consistent en trois journées de processions et de litanies visant à demander à Dieu d’écarter divers fléaux. Les Rogations se déroulent juste avant l’Ascension, fête soulignant l’élévation miraculeuse de Jésus-Christ au ciel, célébrée 40 jours après Pâques.
Les litanies
Les litanies sont des prières publiques relativement longues et répétitives. À la Saint-Marc, on prie les saints en les invoquant un par un. Après l’invocation de chacun, on répète «priez pour nous».