Chroniques

Les églises aux fiers clochers

Les églises aux fiers clochers

L’ancienne église de Sainte-Anne-de-Beaupré
© Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2006

À la ville comme à la campagne, se dressent fièrement les églises. Avec leur clocher pointant vers les cieux, elles inspirent le respect. Dans les villages, elles constituent souvent le seul édifice public. Elles sont non seulement le lieu de culte pour les catholiques, mais, parfois, elles deviennent des centres sociaux, artistiques et culturels. De plus, les églises sont des lieux privilégiés de protection qu’on n’ose violer.

Cette nouvelle série de chroniques, ayant pour thème général Les églises aux fiers clochers, vous amène à découvrir l’architecture des églises du Québec, du Régime français à nos jours. Découvrez l’évolution architecturale de ces beaux édifices qui ont résisté au temps et admirez ces magnifiques lieux sacrés remplis d’histoire.

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Premier épisode
L’architecture des églises en Nouvelle-France
L’architecture des églises en Nouvelle-France

© Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2006

Sous le Régime français, on retrouve, dans la vallée du Saint-Laurent, des églises bien adaptées aux réalités de la Nouvelle-France. Érigée pour la Gloire de Dieu, l’église répond aux besoins de l’humain.

Les premières églises des débuts de la colonie (1600-1664) sont des chapelles érigées par des missionnaires sur les sites amérindiens.

Suivant les techniques de construction des Autochtones, il s’agit de simples cabanes d’écorce ou des chapelles bâties sur le modèle des «maisons longues». Elles ont une espérance de vie très courte. Ces chapelles sont construites tout au long du XVIIe siècle, selon les fondations des missions sur le territoire.

Chez les colons français, les églises sont des constructions à charpente. Généralement érigées en bois, elles sont souvent fragilisées car les incendies constituent leur principal ennemi. En 1647, les Jésuites construisent à Québec l’église Notre-Dame-de-la-Paix, première église paroissiale en pierre de la Nouvelle-France. Suivant le plan jésuite, elle sert de modèle pour plusieurs nouvelles constructions religieuses.

L’église d’influence française (1664-1700) évolue avec la croissance de la colonie. En 1663, le roi Louis XIV prend en charge le développement colonial qui a été jusqu’ici aux mains des compagnies marchandes.

Dans ce contexte, la population s’accroît rapidement par l’apport de nombreux arrivants. En milieu urbain, des églises sont érigées selon l’architecture monumentale classique française, mais selon certaines modifications pour répondre aux réalités de la Nouvelle-France. Ces lieux de culte servent de modèle aux églises paroissiales, et cela, pour de nombreuses années.

En milieu rural, les églises tirent leur forme simple des anciennes chapelles de bois. Vers 1700, l’architecture de ces églises tend à se modifier. Rapidement, elles sont construites sur le modèle de l’église Notre-Dame-de-la-Paix de Québec. Cette dernière devient «l’église type» privilégié par Monseigneur de Laval, donc le plan jésuite devient le modèle à suivre. Au XVIIe siècle, le clocher se trouve sur la croisée, tout comme les clochers le sont en Europe.

L’architecture des églises en Nouvelle-France

Chapelle de Tadoussac
© Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2006

Une tradition architecturale se dessine entre 1700 et 1760. Dans le but de défendre ses frontières menacées, les autorités poussent la colonisation à la campagne où la population croît rapidement. L’architecture religieuse connaît un grand essor puisque plusieurs paroisses sont créées.

Au XVIIIe siècle, l’église paroissiale devient vraiment originale. Les églises existantes sont agrandies, opération qui se fait surtout par la façade. Cela permet ainsi de retoucher ce principal attrait extérieur de l’édifice. En déplaçant la façade, les bâtisseurs en profitent pour installer le clocher à l’avant de l’église. Ce dernier repose alors non plus sur la charpente de la croisée, mais sur sa structure propre. L’aménagement d’un porche d’entrée donne la possibilité d’avoir, en haut de celui-ci, un espace pour y placer l’orgue. De plus, le clocher peut donc être plus imposant, donnant ainsi plus de prestance à l’église.

Vers 1720, la construction des nouvelles églises prend pour modèle le plan jésuite modifié. Avec ces modifications, une nouvelle forme architecturale prend naissance.

Durant la même période, le plan récollet laisse sa marque dans l’architecture des édifices religieux.Ce plan, par l’absence de transept, est très populaire dans la mesure qu’il permet une certaine économie de coût et de temps. Durant ces années, un plan plus simple voit le jour. On le nomme le plan Maillou. Il est souvent utilisé pour la construction de l’église à l’occasion de l’érection d’une paroisse.

Ainsi, les modèles architecturaux existants en France n’ont pu s’imposer d’une façon formelle dans la vallée du Saint-Laurent. Ils sont adaptés pour répondre aux conditions matérielles, économiques et climatiques de la Nouvelle-France.

À la Conquête, la tradition architecturale est déjà fortement implantée dans la vallée du Saint-Laurent. Le manque de main-d’oeuvre spécialisée et le manque de ressources financières ralentissent le développement d’une architecture d’influence britannique.

Pour connaître l’architecture des églises sous le Régime britannique, nous vous donnons rendez-vous le 23 janvier 2007.

Sources
  • NOPPEN, Luc. Les églises du Québec (1600-1850), Québec, Fides, 1977,
    pp. 3-28.
  • BÉDARD, Hélène. Maisons et églises du Québec XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, Québec, Ministère des affaires culturelles du Québec, 1971, pp. 29-47.

Deuxième épisode
L’architecture des églises de la Conquête à 1850
L’architecture des églises de la Conquête à 1850

Notre-Dame-de-la-Victoire en 1759
© Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2006

La fin du Régime français signifie-t-elle un changement notable dans l’architecture des églises?

Pour les Canadien français, le passage du Régime français au Régime britannique, de 1760 à 1790, est marqué par l’incertitude dans l’avenir. Dans ce contexte, les habitants de l’ancienne colonie française se replient sur eux-mêmes. Cette période voit le développement de l’architecture traditionnelle élaborée sous le Régime français.

Peu d’architectes anglais s’installent au pays avant 1790. Plusieurs ingénieurs, maîtres d’oeuvre et architectes français quittent la colonie. Les artisans demeurent sur place et transmettent leur métier et leur savoir à des apprentis. Cependant, ces artisans innovent très peu.

Les plans mis en place sous le Régime français (plan jésuite, plan récollet et plan Maillou) dominent toujours. Les dimensions des églises changent parce que la population augmente rapidement (elle triple en 30 ans). Une nouveauté apparaît et se généralise: la construction d’une sacristie extérieure. Auparavant, elle se trouve dans le rond-point du choeur.

Entre 1790 et 1820, la prospérité dans les paroisses, due au développement commercial des produits du bois et de la terre, donne jour à de nouveaux édifices religieux. L’architecture anglaise fait plusieurs percées, mais on observe surtout la persistance de l’architecture traditionnelle du Régime français dans la construction des églises.

Pendant ces années, le palladianisme apparaît. Plusieurs édifices publics sont érigés suivant l’esprit de ce courant architectural. L’architecture palladienne doit s’adapter au climat, à la main-d’oeuvre présente et aux matériaux qu’offre la colonie.

L’architecture des églises de la Conquête à 1850

Église Sainte-Famille de Boucherville
© Fondation du patrimoine religieux du Québec 2003

Le palladianisme s’applique très mal à la restauration d’églises anciennes. Cela explique, en partie, la persistance de l’architecture traditionnelle de l’Ancien régime. Cette architecture est aussi très dominante parce que les autorités religieuses catholiques désirent affirmer la particularité du Canada français. L’influence anglaise ne parvient pas à modifier en profondeur l’architecture religieuse.

Le curé de Boucherville, l’abbé Conefroy, habile constructeur, codifie un grand nombre de données relatives à la construction des églises. Cette codification s’appelle le plan devis Conefroy. Il est à l’origine de l’uniformisation de l’architecture des églises paroissiales vers 1800.

De 1820 à 1850, le néoclassicisme québécois apparaît et se répand. Les villes sont en pleine expansion et de nouveaux quartiers voient le jour pour loger une main-d’oeuvre de plus en plus abondante. Durant cette période, plusieurs influences étrangères apportent un vent de renouveau. L’Antiquité classique est à l’honneur en Europe et l’arrivée de spécialistes européens, formés à l’école classique, stimule en grande partie cet essor.

C’est le classicisme français qui s’impose parce qu’il est diffusé par un professeur d’architecture de renom, l'abbé Jérôme Demers. Au Québec, la tradition architecturale religieuse demeure importante et, en y ajoutant les éléments du classicisme européen, on obtient la création du néoclassicisme québécois.

L’architecture religieuse, au Québec, tire son originalité dans son adaptation des différents courants de l’art européen, de la tradition architecturale déjà ancrée et du contexte socio-économique canadien.

Pour en apprendre sur une église québécoise bien originale, nous vous donnons rendez-vous le 6 février 2007.

Sources
  • NOPPEN, Luc. Les églises du Québec (1600-1850), Québec, Fides, 1977,
    pp. 3-28.
  • BÉDARD, Hélène. Maisons et églises du Québec XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, Québec, Ministère des affaires culturelles du Québec, 1971, pp. 29-47.

Troisième épisode
L'église Saint-Étienne de Beaumont

Tout près de Lévis dans la région de Québec, sur un promontoire qui se mire dans le Saint-Laurent, est perché le village de Beaumont. Ce village abonde en bâtiments architecturaux du Régime français. Bijou historique, l’église Saint-Étienne de Beaumont nous plonge dans le passé. Elle est un témoin des bâtisseurs et des artisans de la Nouvelle-France.

La seigneurie de Beaumont est concédée le 3 novembre 1672 à Charles Couillard par l’intendant Jean Talon. Habitée depuis 1680, la paroisse de Saint-Étienne est érigée en 1692 par monseigneur Jean-Baptiste de Lacroix de Chevrières de Saint-Vallier, évêque de Québec.

En 1721, l’église est en très mauvais état. Le 2 juin de la même année, Nicolas-Joseph Chasle, curé de la paroisse, préside une assemblée des habitants de Beaumont pour débattre sur l’avenir du bâtiment vétuste. Doit-on réparer l’église ou en construire une nouvelle? L’assemblée opte pour le second choix à la condition que la nouvelle construction soit en pierre. On veut une église solide, mais aussi profiter de la somme d’argent que le roi octroie pour la construction d’églises et de presbytères. L’évêque de Québec ne distribue cet argent qu’à ceux qui construisent en pierre.

La construction de l’église Saint-Étienne de Beaumont est laborieuse. Le chantier ne commence qu’en 1726. En 1732, l’évêché doit intervenir parce que les travaux s’éternisent. L’église ouvre enfin ses portes au culte en 1736. Lorsque le curé Chasle décède à l'Hôtel-Dieu de Québec, il est enseveli dans cette même église.

À l’origine, l’église est érigée selon le plan Maillou. D’ailleurs, Jean Maillou collabore lui-même à sa construction. L’église n’a ni transept ni sacristie et sa nef se termine par un choeur en hémicycle. Bien qu’elle ait subi plusieurs modifications à travers le temps, en jetant un regard sur l’édifice par son côté sud, cela nous donne une bonne idée de ce que l’église était au début du XVIIIe siècle.

Plusieurs grandes transformations sont opérées à la fin du XIXe siècle. En 1870, un nouveau clocher est installé. Ce dernier, arraché par le vent, tombe sur le perron en 1922. On tire parti du fait qu’on doive remplacer ce clocher pour allonger l’église par la façade. Cette façade est aménagée en pierres de taille.

Au début du XIXe siècle, le décor intérieur est conçu. Ce décor est réalisé dans le style de l’atelier de Quévillon. L’église n’ayant pas de transept, un retable couvre entièrement le sanctuaire pour délimiter ce dernier de la nef.

C’est à la porte de cette église qu’est affichée, en 1759, la proclamation du général Wolfe, dans laquelle il établit ses positions et ses propositions aux Canadiens dans le conflit armé.

Le folklore local garde une histoire intéressante sur l’église de Beaumont. Pendant la guerre de Conquête, l’armée britannique avait reçu l’ordre de respecter les églises. Plusieurs seront néanmoins incendiées par représailles. En 1759, des soldats anglais tentent de brûler l’église Saint-Étienne en disposant des torches enflammées contre ses portes de bois. Par trois fois, ils essayent d’y mettre le feu. À chaque tentative, les flammes s’éteignent miraculeusement.

Pour en apprendre sur l’église Saint-Denis-sur-Richelieu, nous vous donnons rendez-vous le 20 février 2007.

Sources
  • COURNOYER, Jean, La mémoire du Québec de 1534 à nos jours, Stanké, Montréal, 2001, 1861 p.
  • LACOURSIÈRE, Jacques, Histoire populaire du Québec, Tome 1 «Des origines à 1791», Septentrion, Sillery. pp. 298-299.
  • NOPPEN, Luc. Les églises du Québec (1600-1850), Québec, Fides, 1977,
    pp. 70-73.
  • VOYER, Louise, Églises disparues, Libre Expression, Montmagny, 1981, pp. 11-36.

Quatrième épisode
L'église Saint-Denis de Saint-Denis-sur-Richelieu
L'église Saint-Denis de Saint-Denis-sur-Richelieu

© Fondation du patrimoine religieux du Québec 2003

La rivière Richelieu, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, est un lieu stratégique pour la défense de la Nouvelle-France. Dès le XVIIe siècle, des forts y sont érigés pour combattre les assauts des Iroquois. Plus tard, ces forts s’avèrent indispensables contre les attaques des troupes anglaises, puis, des troupes américaines. Les terres de la vallée du Richelieu sont très fertiles et elles attirent rapidement de nombreux colons.

La seigneurie de Saint-Denis, sur les berges de la rivière Richelieu, est concédée, en 1694, à Louis de Gannes de Falaise. Il nomme sa seigneurie en l’honneur du patronyme de sa femme, Barbe Denys, décédée peu de temps auparavant.

En 1739, les habitants demandent à l’évêque et au seigneur la permission d’ériger une chapelle. En 1740, un modeste édifice de bois renfermant vingt-trois bancs est construit. C’est à peu près tout ce qu’on connaît de cette chapelle.

La construction d’une église en pierre débute en 1764. Terminée en 1767, on y célèbre la messe jusqu’en 1796. Ce bâtiment se situe alors à l’avant de l’église actuelle. Elle suit le plan récollet.

Devant une population croissant rapidement et le besoin d’espace que cela sous-entend, les habitants décident de construire une nouvelle église plutôt que d’agrandir la première. C’est François Cherrier, curé de la paroisse, qui trace les plans de l’église actuelle. Il est inspiré, croit-on, par des traités d’architecture européens. Les travaux, entrepris en 1793, se terminent en 1796. L’église est érigée en forme de croix latine. De chaque côté de la façade, deux tours portent les clochers. Ces tours donnent un caractère monumental à l’édifice.

L’un des clochers de l’église Saint-Denis appelle les Patriotes au combat lors de la bataille de Saint-Denis en 1837. Cette bataille oppose le colonel Charles Stephen Gore ainsi que cinq compagnies britanniques de fusiliers, un détachement de cavalerie et une pièce d’artillerie, aux Patriotes dirigés par Wolfred Nelson. Des centaines d’insurgés participent à la bataille. Quelques-uns sont armés de fusils, mais la plupart le sont d’outils tels des bâtons, des faux et des fourches. Il s’agit de la seule victoire des Patriotes.

L’église Saint-Denis est la première à présenter un double étagement au Québec. La coupole, couronnant la croisée, constitue aussi une nouveauté. Cette dernière est typique du classicisme français.

On connaît, par d’anciennes photographies, l’apparence extérieure de l’église Saint-Denis. Elle est amplement modifiée en 1922. Cette année-là, la nef est agrandie par l’avant de l’église. La façade actuelle est du style Beaux-Arts.

Le décor intérieur est entrepris par le curé Cherrier en 1804. On reprend le maître-autel et le tabernacle de la première église. Les tombeaux des autels latéraux, le retable ainsi que plusieurs décorations sont sculptés à l’atelier de Quévillon. La chaire et le baptistère sont réalisés par Urbain Brien dit Desrochers en 1818.

L’église de Saint-Denis-sur-Richelieu possède une très belle collection de tableaux. Plusieurs d’entre eux proviennent de la France. Lors de la Révolution française, ces oeuvres ont été saisies dans les églises, les couvents et chez les partisans de l’Ancien régime émigrés.

Pour en apprendre sur l’église La Visitation de la Bienheureuse-Vierge-Marie du Sault-au-Récollet, nous vous donnons rendez-vous le 6 mars 2007.

Sources
  • NOPPEN, Luc. Les églises du Québec (1600-1850), Québec, Fides, 1977,
    p. 210-213.
  • COURNOYER, Jean. La mémoire du Québec de 1534 à nos jours, Montréal, Stanké, 2001, 1861 p.

Cinquième épisode
Église La Visitation de la Bienheureuse-Vierge-Marie du Sault-au-Récollet
Église La Visitation de la Bienheureuse-Vierge-Marie du Sault-au-Récollet

© Fondation du patrimoine religieux du Québec 2003

Ville aux mille clochers, Montréal se démarque par ses magnifiques et nombreux lieux de culte de confessions multiples. Un de ces endroits sacrés vaut le détour autant pour sa beauté que pour son histoire. C’est l’église La Visitation de la Bienheureuse-Vierge-Marie du Sault-au-Récollet. Il s’agit du seul édifice servant au culte datant du Régime français sur le territoire montréalais.

On croit que la rivière des Prairies, située au nord de l’île de Montréal, a été baptisée par Samuel de Champlain. Lors d’une expédition d’exploration, ce dernier a perdu son compagnon, François des Prairies, dans les nombreuses îles rencontrées sur le cours d’eau. Un rapide bien connu de cette rivière, le Sault-au-Récollet, doit sont nom au frère récollet Nicolas Viel, qui s’y noie en 1625. En 1749, lors de son voyage du naturaliste suédois, Perh Kalm, note dans son livre Voyage de Perh Kalm au Canada en 1749 que «...les Hurons qui ont jeté le moine dans l’eau...».

En 1696, les Sulpiciens déplacent la mission huronne de la Montagne, située auparavant près des établissements de Ville-Marie, sur les berges du rapide du Sault-au-Récollet. La mission prend alors le nom de Nouvelle-Lorette ou Fort Lorette. On y trouve des résidences et une chapelle.

En 1720, la mission déménage de nouveau à Oka. Cependant, sa chapelle demeure en place. Malgré les rénovations du bâtiment, les travaux semblent inadéquats. Monseigneur Henri-Marie du Breuil de Pontbriand, évêque de Québec, ordonne, en 1747, la construction d’une nouvelle église parce que celle-ci « menace une ruine prochaine». Perh Kalm dit encore ceci: «L’église [...] a d’abord été construite pour les Sauvages convertis [...]; elle est en bois, paraît ancienne et assez décrépite, mais l’intérieur est utilisable tant bien que mal; le prêtre qui la dessert à l’intention d’en bâtir une neuve, en pierre, l’année prochaine [...] ». La population locale utilise ce bâtiment vétuste jusqu’en 1751.

Pour remplacer la chapelle du Fort Lorette, la construction de la nouvelle église du Sault-au-Récollet est entreprise en 1749. Terminée en 1752, elle est bâtie selon le «plan récollet». Il s’agit d’un édifice simple avec une seule porte d’entrée et son clocher surplombant la construction, au-dessus de la façade.

En 1850, des rénovations changent beaucoup l’aspect d’origine de l’église. La nef, par manque d’espace, est prolongée vers l’avant du bâtiment. La nouvelle façade, très imposante, est de style néoclassique. Les travaux sont longs et les clochers ne sont pas terminés avant 1870.

On commence la décoration intérieure en 1772. Philippe Liébert, peintre et sculpteur, fabrique le retable et la chaire. Ces deux oeuvres n’existent plus, mais le tabernacle du maître-autel, que Liébert sculpte en 1793, est toujours présent.

En 1800, l’atelier de Quévillon exécute un banc d’oeuvre et deux tabernacles. Ils sont encore aujourd’hui dans les chapelles latérales. Six ans plus tard, le même atelier sculpte les tombeaux d’autel pour ces tabernacles de même que celui du maître-autel.

Une vaste partie du décor de l’église (la voûte, les corniches, etc.) est terminée en 1820. Ce décor intérieur a très peu changé depuis lors. Dans la région de Montréal, il est le plus bel exemple de décoration d’églises du début du XIXe siècle.

Ainsi, les modèles architecturaux existants en France n’ont pu s’imposer d’une façon formelle dans la vallée du Saint-Laurent. Ils sont adaptés pour répondre aux conditions matérielles, économiques et climatiques de la Nouvelle-France.

À la Conquête, la tradition architecturale est déjà fortement implantée dans la vallée du Saint-Laurent. Le manque de main-d’oeuvre spécialisée et le manque de ressources financières ralentissent le développement d’une architecture d’influence britannique.

Ainsi se termine notre série de chroniques ayant pour thème Nos églises aux fiers clochers.

Sources
  • COURNOYER, Jean. La mémoire du Québec de 1534 à nos jours, Montréal, Stanké, 2001, 1861 p.
  • NOPPEN, Luc. Les églises du Québec (1600-1850), Québec, Fides, 1977, p. 140-143.
  • ROUSSEAU, Jacques, Guy Béthune et Pierre Morisset (avec le concours de). Voyage de Perh Kalm au Canada en 1749, Montréal, Pierre Tisseyre, 1977, p. 469-470.

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Louis-Amable Quévillon
Louis-Amable Quévillon est sculpteur, maître menuisier et architecte. Il naît en 1749, au Sault-au-Récollet. On lui doit la décoration de plusieurs églises de la région de Montréal. Il emploie une quinzaine de sculpteurs, doreurs, menuisiers dans son atelier de Montréal.
Philippe Liébert
Philippe Liébert, peintre et sculpteur, naît en France en 1732. Il s’installe à Montréal vers 1750. Il décède en 1804. Louis-Amable Quévillon s’inspire des modèles créés par Liébert, son maît
Néoclassique
Le néoclassicisme québécois est l’union entre l’adhérence à la tradition, le ressourcement auprès des grands modèles et la recherche de la rigueur dans la composition.
Plan récollet
Le «plan récollet» tire son nom de la communauté religieuse qui érige plusieurs édifices en Nouvelle-France. Ces églises sont formées d’une large nef, sans transept, qui se rétrécit au niveau du choeur de manière à créer des chapelles intérieures. Elle se termine en chevet plat ou en hémicycle.
Henri-Marie du Breuil de Pontbriand
Monseigneur Henri-Marie du Breuil de Pontbriand est un prêtre qui voit le jour en 1708, à Vannes (France). Il est évêque de Québec de 1741 à 1760. Il décède peu avant la capitulation de Montréal, en laissant, au moment de la défaite, les catholiques sans chef spirituel.
Fort Lorette
Le Fort Lorette est construit en 1696, sur la rive de la rivière des Prairies, par François Vachon de Belmont, sulpicien. La rivière est alors connue sous le nom de rivière des Iroquois. On érige le fort à cet endroit parce qu’il se situe en territoire difficile. Il s’agit d’un axe central de canotage des Iroquois. Ces derniers utilisent cet emplacement pour entrer sur l’île et attaquer les colons de Montréal. La fortification est érigée alors pour protéger la colonie et la mission.
Mission de la Montagne
La mission de la Montagne est créée vers 1675. Elle est destinée à la conversion des Amérindiens et à leur francisation. François Vachon de Belmont, sulpicien, constate rapidement le besoin de fortifier la mission. En 1685, il construit le Fort de la Montagne, connu surtout comme le Fort Belmont. Des quatre bastions constituant le système défensif de la mission, il n’en reste aujourd’hui que deux. On peut les voir au coin des rues Sherbrooke et du Fort, à Montréal.
Pehr Kalm
Naturaliste suédois qui, lors d’un séjour en Nouvelle-France, a tenu un journal de voyage publié sous le titre Voyage de Perh Kalm au Canada en 1749. Il prend des notes scientifiques dans lesquelles il décrit non seulement des animaux et des végétaux, mais note aussi des observations sur les moeurs de la population, la religion, l’économie domestique, les mentalités, etc.
Récollet
On nomme «récollet» un frère de la branche française de l’Ordre des Frères mineurs chez les Franciscains. Ils sont les premiers missionnaires en Amérique (1615). On leur doit le premier dictionnaire de la langue huronne.
Samuel de Champlain
Samuel de Champlain, explorateur et cartographe, voit le jour vers 1570, à Brouage (France). Il met les pieds pour la première fois en Nouvelle-France en 1603. Cinq ans plus tard, en 1608, il fonde Québec. On dit de lui qu’il est le père de la Nouvelle-France.
Urbain Brien dit Desrochers
Urbain Brien dit Desrochers est sculpteur et ébéniste de la région de la Montérégie au XIXe siècle. On lui doit, entre autres, des chandeliers et un crucifix de l'église du Précieux-Sang de Bécancour, la chaire et le baptistère de l'église de Saint-Denis-sur-Richelieu, la décoration intérieure de l'église de Saint-Sulpice (avec René Saint-James) et le mobilier liturgique de l'église de L'Assomption.
Louis-Amable Quévillon
Louis-Amable Quévillon est sculpteur, maître menuisier et architecte. Il naît en 1749, au Sault-aux-Récollets. On lui doit la décoration de plusieurs églises de la région de Montréal. Il emploie une quinzaine de sculpteurs, doreurs, menuisiers à son atelier de Montréal.
Beaux-Arts (1890-1930)
Le modèle Beaux-Arts en architecture, répandu au Québec entre les années 1890 et 1930, est fondé sur trois principes: la clarté du plan, l'équilibre des proportions et le caractère qui doit refléter la vocation et l'importance du bâtiment dans son milieu.
Double étagement
Il s’agit d’un second étage formé par les galeries se situant au-dessus des travées latérales de la nef. De l’extérieur, on remarque deux niveaux de fenêtres superposées. À l’église Saint-Denis, ces galeries latérales sont installées en 1807, mais la fenestration en est aménagée dès les années 1793-1796.
Wolfred Nelson
Wolfred Nelson est un médecin qui voit le jour à Montréal en 1791. Il est député du Parti patriote de William-Henri de 1827 à 1830 à la Chambre d’assemblée du Bas-Canada. Il est ensuite député de Richelieu à la Chambre d’assemblée du Canada-Uni de 1851 à 1854, puis maire de Montréal de 1854 à 1856. Patriote, il est l’un des chefs de l’insurrection de 1837. Appréhendé en décembre 1837, il est emprisonné pendant six mois et exilé aux Bermudes, en 1838, par la proclamation de lord Durham. Au cours de l’un de ses nombreux discours, il aurait dit: « Il est temps de fondre nos cuillères pour en faire des balles ». Il décède à Montréal en 1853.
Colonel Charles Stephen Gore
Charles Stephen Gore est un militaire né en 1793. Il participe à la Guerre anglo-américaine de 1812-1814 comme aide de camp du major général James Kempt. Le général Colborne le désigne pour mater l'insurrection de 1837. Il est repoussé par les Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu, mais gagne la bataille de Saint-Charles, le 25 novembre 1837. Il décède en 1869.
Patriotes
Nom donné à ceux qui ont participé aux insurrections de 1837-1838 dans le Bas-Canada.
François Cherrier
François Cherrier, prêtre et architecte, naît en 1745, à Longueuil. Il est curé de Saint-Denis, de 1774 à 1809. On lui doit les plans de l’église paroissiale ainsi que ceux de la maison Cherrier de Saint-Denis-sur-Richelieu. Il est l’oncle de Louis-Joseph Papineau, de Monseigneur Jean-Jacques Lartigue et de Côme-Séraphin Cherrier. Il décède en 1809.
Plan récollet
Plan tirant son nom de cette communauté qui érige plusieurs édifices en Nouvelle-France. Ces églises sont formées d'une large nef, sans transept, qui se rétrécit au niveau du choeur de manière à créer des chapelles intérieures. Elle se termine par un chevet plat ou en hémicycle.

Les Récollets, nommés également Franciscains, sont les premiers missionnaires à venir en Amérique du Nord en 1615.
Louis de Gannes, sieur de Falaise
Louis de Gannes, sieur de Falaise, est un militaire né en 1658, à Buxeuil (France). Il épouse en premières noces Barbe Denys, à Contrecoeur en 1691. En secondes noces, il épouse Louise Le Gardeur, à Montréal en 1695. L’union reste sans postérité. En 1700, il convole avec Marguerite Le Neuf en Acadie. Treize enfants sont issus de cette union. Il décède en 1714 à La Rochelle (France).
Proclamation de Wolfe
«Le roi, mon maître, justement irrité contre la France, dit-il, a résolu d’en rabattre la fierté et de venger les insultes faites aux colonies anglaises [...]. Les laboureurs, colons et paysans, les femmes, les enfants, ni les ministres sacrés de la religion ne sont point l’objet du ressentiment du roi de la Grande-Bretagne [...]. Je leur promets ma protection et les assure qu’ils pourront, sans craindre les moindres molestations, y jouir de leur bien, suivre le culte de leurs religions [...], pourvu qu’ils s’engagent à ne prendre directement ni indirectement aucune part à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes. Si, au contraire, un entêtement déplacé et une valeur imprudente et inutile leur font prendre les armes, qu’ils s’attendent à souffrir tout ce que la guerre offre de plus cruel. [...] Quant à moi, je n’aurai rien à me reprocher. Les droits de la guerre sont connus et l’entêtement d’un ennemi fournit les moyens dont on se sert pour le mettre à la raison.»
Louis-Amable Quévillon
Louis-Amable Quévillon est un sculpteur, un maître menuisier et un architecte né en 1749 au Sault-au-Récollet. On lui doit la décoration de plusieurs églises de la région de Montréal. Il emploie une quinzaine de sculpteurs, doreurs, menuisiers à son atelier de Montréal.
Plan Maillou
Plan attribué à un dessin de Jean Maillou, architecte et maître maçon. Il simplifie le plan jésuite ce qui donne une église relativement petite, aux murs bas. Le bâtiment est simple, le choeur, de la même dimension que la nef rectangulaire, est fermé en hémicycle. Aucun transept ne traverse la nef.
Curé Chasle
Nicolas-Joseph Chasle naît dans la basse-ville de Québec, le 18 février 1694. Après avoir réussi ses études dans sa ville natale, Chasle est ordonné prêtre le 20 février 1717 par Monseigneur de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec. Entre janvier et octobre 1718, il dessert la paroisse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière pour ensuite être désigné curé de Saint-Étienne de Beaumont.
Monseigneur de Saint-Vallier
Jean-Baptiste de Lacroix de Chevrières de Saint-Vallier est né en 1653 à Grenoble. Devenu prêtre, il devient le grand vicaire de Monseigneur Laval de Montmorency (premier évêque de Québec) puis, il est nommé évêque de Québec, de 1688 à 1727. Il est le fondateur de l’Hôpital général de Québec. Homme excessif, ses relations avec les gouverneurs Frontenac et Callière, l’armée, les Récollets et les Jésuites sont mauvaises. Il refuse que Tartuffe de Molière soit joué à Québec. Il a tellement d’ennemis que personne ne fait de démarche pour sa libération lorsqu’il est capturé et emprisonné en Angleterre pendant cinq ans. Il décède à Québec, en 1727.here.
Charles Couillard
Charles Couillard des Islets et de Beaumont, colonisateur, est né à Québec en 1647. Premier seigneur de Beaumont (1672), il est le fils de Guillaume Couillard et le petit-fils de Louis Hébert. Il décède à Beaumont, en 1715.
L'abbé Jérôme Demers
Prêtre et architecte de Québec né en 1774. Professeur de sciences et d’architecture, il est procureur puis supérieur du Petit Séminaire de Québec. Par la suite l’abbé Demers devient vicaire général du diocèse de Québec. Il décède en 1853. Thomas Baillargé fut l’un de ses élèves.
Néoclassicisme
Le néoclassicisme québécois est l’union entre l’adhérence à la tradition, le ressourcement auprès des grands modèles et la recherche de la rigueur dans la composition. Cela est surtout exprimé par Thomas Baillargé. Ce dernier est un architecte né à Québec en 1791. On lui doit plusieurs oeuvres dont les plans du premier parlement de Québec.
Plan devis Conefroy
L’abbé Conefroy, curé de Boucherville, fait bâtir son église en 1801. Il y adapte l’architecture ancienne pour répondre aux besoins d’alors. Il enregistre, dans ce plan devis, une multitude de données relatives à la construction des églises. Il s’agit d’un livre de recettes destiné à l’économie et à la planification lors de la construction d’une église. L’église de Boucherville en est le premier modèle
Palladianisme
Courant de l'architecture qui naît en Angleterre au XVIIIe siècle. Il célèbre le renouveau des formes de l’Antiquité dans les constructions de style néoclassique. Le fer de lance du palladianisme est la recherche de l’harmonie des volumes tout en privilégiant les formes géométriques.
Plan Maillou
Plan attribué à un dessin de Jean Maillou, architecte et maître maçon. Il simplifie le plan jésuite, ce qui donne une église relativement petite aux murailles basses. Le bâtiment est simple. Le choeur, de la même dimension que la nef rectangulaire, est fermé en hémicycle. Aucun transept ne traverse la nef.
Transept
Vaisseau transversal qui sépare le choeur de la nef et forme les bras de la croix, dans une église à croix latine
Plan récollet
Plan tirant son nom de cette communauté qui érige plusieurs édifices en Nouvelle-France. Ces églises sont formées d'une large nef, sans transept, qui se rétrécit au niveau du choeur de manière à créer des chapelles intérieures. Elle se termine par un chevet plat ou en hémicycle.

Les Récollets, nommés également Franciscains, sont les premiers missionnaires à venir en Amérique du Nord en 1615.
Croisée
Espace déterminé par le croisement de la nef et du transept dans les églises à croix latine.
Monseigneur de Laval
François-Xavier de Montmorency-Laval, premier évêque du Québec et du Canada, est né en 1623 à Montigny-sur-Avre, en France. Il est ordonné prêtre en 1647, puis sacré évêque en 1658 à l’âge de 35 ans. Il arrive à Québec en 1659 et se dévoue sur son grand évêché qu’est la Nouvelle-France. Monseigneur de Laval fonde en 1663, le Grand Séminaire de Québec pour la formation du clergé. Il meurt en 1708 à l’âge de 86 ans
Architecture monumentale classique
Les bâtiments classiques doivent être en parfaite concordance à leur fonction. La symétrie, la rigueur géométrique, la sobriété des surfaces et des plans sont recherchées. L’architecture monumentale classique se retrouve à l’opposé de l’architecture baroque dont la caractéristique principale est la surcharge ornementale, tout en courbes et contre-courbes.
Compagnies marchandes
Entreprises commerciales qui reçoivent le monopole du commerce sur un territoire et qui ont pour mandat d’y établir des colons. Elles sont aussi en charge de l’administration de la colonie. Les principales compagnies marchandes en Nouvelle-France sont: la Compagnie des Cent-Associés, la Compagnie des Habitants, la Compagnie des Indes Occidentales et la Compagnie du Nord (pour concurrencer la Compagnie de la baie d’Hudson).
Plan jésuite
Il tire son nom des premiers missionnaires qui construisent à Québec la première église de pierre. Il s’agit d’une nef traversée aux deux tiers par un transept. C’est ce qu’on appelle la « croix latine ». Les extrémités du transept offre ainsi l’espace à deux chapelles latérales.

La communauté des Jésuites, fondée en 1534 sous le nom de Compagnie de Jésus, est arrivée en Nouvelle-France en 1625.
Maisons longues
Habitations des peuples iroquoiens dans lesquelles vivent plusieurs familles. Elles font environ 8 mètres de large et sa longueur varie beaucoup. Dans le sud de l’Ontario, on en a découvert une qui faisait jusqu’à 94 mètres de longueur. On les retrouve dans tout le territoire iroquoien dès le XIIe siècle. Au XVIIIe siècle, les maisons longues servent surtout de lieux de rassemblements