Chroniques

Entre Ciel et Terre

Les églises aux fiers clochers

Collection
Maison Saint-Gabriel

Dans presque toutes les religions, des esprits intercèdent auprès des puissances célestes en faveur des humains pour annoncer et exécuter les divines volontés et venir en aide à ceux qui les invoquent. Dans la culture occidentale, notamment dans la tradition judéo-chrétienne, ces esprits purs et parfaits sont nommés «anges» et ils ont la caractéristique commune d’être ailés.

L’univers des anges est relativement complexe et codifié. La kabbale et le traité de Hiérarchie céleste, élaboré au VIe siècle par le moine syrien Denys l’Aréopagite, sont des références classiques sur l’organisation de la famille des anges à laquelle se joignent les anges gardiens, protecteurs personnels de chacun des croyants.

Cette série de chroniques vous invite à survoler différents aspects de la dévotion angélique à travers ses expressions matérielles et immatérielles: de la toponymie aux images pieuses, en passant par leur signification symbolique, nous verrons que les anges, bien implantés dans le temps et dans l’espace, font partie du quotidien, héritage du patrimoine religieux bien ancré depuis la Nouvelle-France.

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Premier épisode
Les saints et les saintes courent les rues...
Les saints et les saintes courent les rues...

Photo: © Municipalité de Ange-Gardien (Montérégie)

À l’époque de la Nouvelle-France, des missionnaires se déplacent dans des lieux provisoires, comme la chapelle du fort et la maison du seigneur, pour desservir les besoins religieux des colons nouvellement établis. Des registres consignant l’enregistrement des baptêmes, des mariages et des sépultures y sont par la suite ouverts et c’est ainsi que des paroisses s’organisent progressivement.

La création du vicariat apostolique de la Nouvelle-France, en 1658, marque le début de l’organisation officielle de l'Église sur le territoire. Suivant la croissance démographique, les érections canoniques de paroisses se multiplient, donnant lieu à cette toponymie religieuse qui caractérise le Québec.

Ces noms désignent des églises, des paroisses, des écoles, des rues et des villages, et font référence à différentes dévotions de la foi catholique: les membres de la famille de Jésus (sainte Anne, saint Joseph); les apôtres (saint Pierre, saint Paul); les martyrs (saint Étienne, saint Laurent); les évangélistes (saint Jean, saint Luc); les mystères de la foi (l’Immaculée Conception, l’Assomption); les anges, etc.

La dévotion aux anges, bien présente dans la religion juive, connaît une forte renaissance chez les catholiques à partir de la diffusion du Catéchisme romain, rédigé en 1566. Les anges gardiens, protecteur personnel de chacun des croyants, et trois archanges (Saint-Michel, Saint-Gabriel et Saint-Raphaël), prennent alors une place importante dans l’iconographie religieuse et la prière. C’est ainsi que des lieux de culte et des paroisses sont consacrés en leur noms.

À Montréal, les noms des premières paroisses font référence à la Sainte Famille, à l’exception de la troisième, consacrée aux Saints Anges, ce qui témoigne de l’importance de cette dévotion: Notre-Dame-de-Montréal (1678); l’Enfant-Jésus-de-Pointe-aux-Trembles (1674); Saints-Anges-de-Lachine (1676); Saint-Joseph-de-la-Rivière-des-Prairies (1687); Sainte-Anne-du-Bout-de-l’île (1703); Saint-Joachim-de-la-Pointe-Claire (1713), etc.

Ailleurs dans la colonie, plusieurs paroisses sont aussi fondées et mises sous le saint patronage des anges: L’Ange-Gardien (seigneurie de Beaupré, 1666); Saint-Michel (seigneuries de La Durantaye,1698; d’Yamaska, 1727; de l'île Percée,1776); Saint-Raphaël-Archange (Île-Bizard, 1844); Ange-Gardien (Rouville, 1851), etc.

En termes de territoire, les noms de certaines de ces paroisses correspondent aux municipalités d’aujourd’hui et rappellent l’époque des pionniers et de leurs descendants, où la religion catholique était au coeur de la vie quotidienne, aussi bien privée que publique.

Si ces noms d’anges nous sont familiers, savons-nous vraiment ce qu’ils signifient? Pour en savoir plus, nous vous donnons rendez-vous le 16 mars 2010.

Sources
  • DESLANDRES, Dominique, John A. Dickinson et Ollivier Hubert, Les Sulpiciens de Montréal: une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007, [Montréal], Fides, 2007, 670 p.
  • ROBERT, Jean-Claude, Atlas historique de Montréal, [Montréal], Libre Expression, 1994, 167 p.
  • http://www.sts-anges.org/sanl_hist_orig.php
  • http://grandquebec.com/histoire/histoire-eglise-quebec/

Deuxième épisode
De bons messagers
Les saints et les saintes courent les rues...

Saint Michel Archange terrassant le dragon
Sculpteur inconnu, vers 1919
Photo: Église Saints-Anges Gardiens de Lachine
Source: Arrondissement de Lachine

Depuis le début des temps, l’homme est inspiré par la grandeur et la beauté du ciel. Déjà, dans la civilisation sumérienne de Mésopotamie, 5 000 ans avant Jésus-Christ, on partage la croyance que Dieu réside au «plus haut des cieux», soit le «septième ciel». Les générations qui suivent fondent les bases de ce qui deviendra la tradition judéo-chrétienne, en reconnaissant, dans la figure de l’ange, l’intermédiaire unissant l’homme à «Dieu le Très Haut».

Pour les croyants, les anges appartiennent au monde sacré et ils ont la capacité d’intervenir dans la vie des hommes. Les textes de la Bible racontent l’apparition de trois anges considérés supérieurs dans la hiérarchie céleste: la première est celle de l’archange Raphaël à Tobie, qui devient son ange gardien; la seconde est celle de l’archange Gabriel à Marie, qui lui annonce la naissance de Jésus; et la troisième est l’apparition de l’archange Michel à l’évangéliste Jean, qui le voit combattant le dragon et les forces du mal.

Ces scènes évocatrices et exemplaires présentent les anges en mission et véhiculent un message d’espoir, de confiance et de courage -forces que procure la foi. Représentés par plusieurs artistes, aussi bien en peinture qu’en sculpture, ces thèmes classiques de l’histoire de l’art sont le sujet de commande d’œuvres visant aussi bien l’ornementation des églises que l’enseignement des valeurs chrétiennes aux fidèles.

Tous «saints» et «ailés», ces anges se différencient les uns des autres par différents attributs iconographiques: Raphaël est représenté avec un bâton de pèlerin et un poisson, puisqu’il accompagne et protège le voyageur et que le poisson est le remède qu’il conseille pour la guérison du père de Tobie; Gabriel est généralement accompagné d’un lis, symbole de la pureté de la Vierge, et d’un sceptre, symbole de royauté, car il annonce l’élection de Marie à titre de mère de Jésus, fils de Dieu; et Michel est habituellement dépeint avec une lance ou une épée, pour symboliser son combat pour la justice et le bien.

Dans la production artistique religieuse, saint Gabriel, saint Michel et saint Raphaël sont codifiés dans leur rôle de messager, de combattant et de protecteur. Dans les textes, les anges protecteurs (ou gardiens) sont les plus anciens, car, selon la Kabbale, trois anges gardiens sont attribués à chaque être humain, et c’est dans l’Ancien Testament que l’apparition de l’archange Raphaël est décrite. Encore aujourd’hui, c’est certainement des anges gardiens dont on trouve le plus d’images et de bibelots…

Nous vous donnons rendez-vous le 30 mars prochain…

Source
  • MELVILLE, Francis, Le petit guide des Anges, [Montréal], Hurtubise, 2002, 128 p.

Troisième épisode
L'ange gardien
Les saints et les saintes courent les rues...

Guardian Angel
Illustration et médaille

«Ange de Dieu, toi qui es mon gardien, puisque le ciel m’a confié à toi dans sa bonté, éclaire-moi, dirige-moi et guide mes pas dans le droit chemin.
Ainsi soit-il.»

«Tu sais prier, toi, dont la vie entière est une extase en face du Seigneur. Moi, je l’oublie au sein de ma misère:
Oh! mon bon ange, apprends-moi la ferveur!»

Les prières à l’ange gardien, enseignées traditionnellement dès la petite enfance dans toutes les familles, relèvent aujourd’hui d’une pratique quasiment disparue. Or, la croyance que l’ange gardien apporte réconfort et espoir, est toujours bien tangible. Prenons à témoin l’expression courante «Un bon ange veille sur moi» ou encore ces nombreux porte-bonheur qui, redessinés au goût du jour, sont offerts sur le marché.

Des plus anciennes médailles frappées à l’effigie de l’ange gardien jusqu’aux derniers sites Internet spécialisés sur le sujet, la figure de l’ange a fait plusieurs fois le tour de la terre. Cette dévotion «à l’épreuve du temps» origine de l’amour inconditionnel et illimité offert à chaque nouveau-né recevant la protection d’un ange. Ce dernier a pour mission de veiller sur cet enfant de sa naissance à sa mort.

Populaire, le recours aux anges pour obtenir protection, succès, chance, courage, force et santé a laissé des traces, aussi bien dans la culture matérielle que dans l’héritage immatériel. L’adage «le péché fait fuir les bons anges» rappelle qu’on enseignait aux enfants que l’ange gardien, connaissant notre âme mieux que quiconque, porterait cette dernière dans les cieux pour la vie éternelle. L’ange protecteur et surveillant, a eu la vertu de rendre «sage» et «meilleur». De nombreuses images d’Épinal ont contribué à l’enseignement de la relation avec l’ange gardien.

Encore aujourd’hui, l’ange est plus qu’un symbole. Il répond au besoin d’être relié à quelque chose de plus grand que soi. Il évoque l’amour et inspire la possibilité de vivre dans la confiance et la fidélité. Synonyme de bonté, de grandeur et d’espoir, il est cette présence spirituelle qui, face aux difficultés de la vie, rend l’acceptation et les deuils plus viables. Par tradition, il est aussi le sauveur, celui que l’on remercie avec étonnement et gratitude après avoir été protégé lors d’un accident grave ou, encore, d’avoir été sauvé de grands séismes.

Si chacun a vu une image d’ange dans sa vie, peu nombreux sont ceux qui disent avoir été graciés par leur ange, et encore moins nombreux sont ceux qui affirment avoir été témoins d’une apparition... Mais, à bien y penser, les choses les plus belles ne sont-elles pas ressenties qu’au plus profond de soi-même?

Sources
  • Guillmain, Monica, Apprenez à communiquer avec votre ange gardien, [Boulogne] Axiome Éditions, 1999.
  • MANEVY, Anne, L'Ange gardien. Enjeux et évolution d'une dévotion, [Paris], Les Éditions du Cerf, 2008, 160 p.

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Images d’Épinal
Épinal est une ville de France située dans le département des Vosges. À partir de la fin du XVIIIe siècle, cette ville devient un centre d’imagerie populaire. On y produit des estampes aux sujets variés, traitant surtout de thèmes religieux, historiques ou romanciers. L’approche pédagogique qui prévaut dans ces images a contribué, au fil du temps, à greffer un sens figuré à l’expression «image d'Épinal», désignant une façon naïve de ne montrer que le bon côté des choses.
Les attributs iconographiques sont des signes (objets, éléments de la nature ou attitudes) qui permettent de décoder la signification ou de reconnaître des personnages dans les œuvres d’art.
La scène du combat de l’archange saint Michel avec le dragon a lieu dans le ciel et elle est décrite par l’évangéliste Jean, dans le chapitre XIIe de l'Apocalypse, dernier livre de la Bible. Vaincu, le dragon, qui représente toujours le mal, est précipité sur la terre où il s’incarne en sources de séduction pour l'homme. Suivant l’exemple de l’ange, l’homme devra combattre le mal incarné sur la terre.
Décrite dans le Nouveau Testament, la scène de l’Annonciation est un moment clé de la religion catholique car elle décrit l’apparition de l’archange Gabriel à la Vierge Marie, qui vient lui apprendre qu’elle sera la mère de Jésus, fils de Dieu.
Le livre de Tobie, dans l’Ancien testament, raconte le récit d’un voyage qui s’avère long et périlleux, mais qui devient initiatique grâce à la rencontre d’un homme qui s'offre à Tobie à titre de guide. Avec lui, Tobie survit à toutes les épreuves, et, au terme de son voyage, il rend la vue à son père, devient riche et se marie. Voulant récompenser son guide en lui offrant la moitié de ses gains, ce dernier se fait connaître: il est l'Archange Raphaël, chargé par Dieu de noter toutes ses bonnes actions et de l'en récompenser. L’ange retourne au ciel après avoir conseillé à Tobie et à son père de toujours continuer à prier et à faire le bien autour d'eux.
Dévotions
Hommage que l’on rend à un personnage ou à un symbole sacré dans une ferveur religieuse.
Érections canoniques
Action par laquelle, conformément au droit canon de l’Église catholique romaine, l’Évêque donne naissance à une institution religieuse sur un territoire donné.
Vicariat apostolique
Circonscription ecclésiastique en voie de christianisation érigée en vue de l'érection d'un diocèse. Le pape Alexandre VII nomma François de Laval vicaire apostolique, et ce dernier devint ensuite évêque, lors de la création du diocèse par le pape Clément X, en 1674.
Le traité de Hiérarchie céleste
Les neuf chœurs angéliques et les trois triades - La première triade regroupe les chœurs d’anges les plus près de Dieu (Séraphins, Chérubins, Trônes); la seconde rassemble les chœurs d’anges médians (Dominations, Vertus, Puissances), et la dernière comprend les chœurs d’anges les plus près des humains (Principautés, Archanges, Anges).
Kabbale
Mot hébreu signifiant «tradition» (Kabbalah) et venant de « kabbel », qui signifie «recevoir», la Kabbale est une tradition mystique juive qui désigne la loi orale reçue par Moïse sur le Mont Sinaï (les dix commandements). La tradition veut que Dieu enseigna la kabbale aux anges, qui l’enseignèrent à leur tour aux hommes. Sa doctrine comprend une étude des anges (72), définis comme des ministres du Divin, assistés par les anges gardiens.