Chroniques

Mémoire festive: réjouissances et célébrations
dans la vallée du Saint-Laurent

Mémoire festive: réjouissances et célébrations dans la vallée du Saint-LaurentLes célébrations établies au calendrier dans la vallée du Saint-Laurent constituent les seuls moments de répit pour les habitants car les semaines sont longues et laborieuses. Heureusement, ces célébrations sont nombreuses. Elles se nomment fêtes populaires ou religieuses, fêtes de village ou soirées familiales, fêtes oubliées ou toujours célébrées... On fête souvent et parfois la célébration s’étale sur plusieurs jours.

À travers cette nouvelle série de chroniques, découvrez quelques-unes des célébrations du passé et redécouvrez l’origine des fêtes encore fort populaires aujourd’hui. Célébrez donc avec nous au cours des prochaines semaines, de la Sainte-Catherine au Jour de l’An et de la fête des Rois au Mardi gras!

Cliquez sur un titre pour accéder à un épisode ou pour fermer l'onglet.

Premier épisode
La Sainte-Catherine

La Sainte-CatherineAu Québec, il n’y a pas si longtemps, on soulignait encore les fêtes anniversaires des saints, parfois en grande pompe. Parmi ces festivités, mentionnons la Sainte-Catherine, célébrée au calendrier liturgique le 25 novembre. Quelles sont les origines de cette fête religieuse et populaire, communément appelée «la fête des vieilles filles»?

À l’origine, sainte Catherine est considérée comme la patronne des jeunes filles. Au 4e siècle de notre ère, alors qu’elle était encore vierge, elle est martyrisée. Elle est condamnée au supplice de la roue, puis décapitée, après avoir refusé d’épouser l’empereur romain Maxence.

Par la suite, son culte est probablement instauré au Moyen Âge et diffusé à travers l’Occident par les croisés. À cette époque, il est coutume de coiffer les statues des saints lors de certaines cérémonies religieuses. Sainte Catherine ne peut être parée que par une pucelle; honneur qu’une jeune fille ne veut conserver longtemps sous peine d’être la cible de moqueries. De là vient l’expression populaire «coiffer la Sainte-Catherine» désignant les femmes ayant atteint 25 ans et toujours célibataires. Là encore, ce titre railleur n’est guère apprécié par les demoiselles.

La Sainte-Catherine à la Maison Saint-Gabriel...

C’est maintenant devenu une tradition de fêter la Sainte-Catherine à la Maison Saint-Gabriel. Cette année encore, nous vous accueillons le dimanche 20 novembre 2005 pour célébrer cette fête à la façon de nos ancêtres.

Au menu: animation, contes, musique et bien sûr... Marguerite Bourgeoys et sa délicieuse tire Sainte-Catherine (selon la recette tricentenaire des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame). Un rendez-vous à ne pas manquer!


Le culte de sainte Catherine traverse l’Atlantique et est implanté en Amérique par les premiers colons. Dès le Régime français, on célèbre donc la Sainte-Catherine. Il semble que ce soit à cette époque que naît la tradition de fabriquer la tire Sainte-Catherine, cette fameuse friandise à base de mélasse que l’on déguste à cette occasion. La légende veut que ce soit Marguerite Bourgeoys, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame et première institutrice à Montréal, qui invente la célèbre sucrerie, afin de récompenser ses élèves.

C’est toutefois au 19e siècle que la fête de sainte Catherine est célébrée avec le plus d’apparat. Cette fête marque la fin des récoltes et le début de l’hiver. C’est l’occasion rêvée d’organiser des «veillées» mémorables de danse et de contes, autour de véritables festins!

Enfin, la Sainte-Catherine se célèbre quelques jours avant le temps de l’Avent. C’est donc le dernier moment pour se réjouir avant d’entamer cette période de jeûne et de restrictions. Pour en savoir plus sur cette préparation à Noël, nous vous donnons rendez-vous le 30 novembre 2004.

Source
  • PROVENCHER, Jean. C’était l’automne. La vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1984, 236 p.

Deuxième épisode
En préparant Noël: le temps de l'Avent

Au calendrier liturgique*, Noël s’inscrit dans un cycle que l’on divise en deux temps: une période de préparation à la venue du Christ et une autre de célébration. L’Avent correspond à la période préparatoire, c’est-à-dire à l’attente de Jésus. Son nom latin, adventus, signifie avènement, arrivée solennelle, venue...

La période de l’Avent marque le début de l’année liturgique. Elle commence le dimanche précédant Noël de quatre semaines, elle débute donc toujours à la fin de novembre ou au début de décembre. Ainsi en 2004, cette période s’ouvre à partir du 28 novembre.

La tradition de l’Avent est instaurée au 4e siècle de notre ère chez les chrétiens de Gaule et d’Espagne. Il faut toutefois attendre le milieu du 6e siècle pour que Rome célèbre officiellement cette période liturgique. Au départ, l’Avent dure six semaines, mais le pape Grégoire le Grand le réduit à 4 semaines, pour le distinguer du carême, période de quarante jours précédant la fête de Pâques.

Pour se préparer à fêter l’arrivée du Messie sur terre, l’Avent correspond à un temps de pénitence et de conversion. En réalité, c’est une période confiante et joyeuse. Elle annonce l’arrivée de notre Sauveur et «de ses grâces de sanctification qui doivent transformer nos vies humaines à l’exemple de la sienne».** C’est donc un temps de réjouissances pour les chrétiens. Pendant ces semaines, ceux-ci prient davantage et tentent de vivre leur foi plus intensément. Bien que qualifié de «carême d’hiver», l’Avent ne rend pas le jeûne obligatoire, à l’exception de la dernière semaine, appelée semaine des quatre-temps. Durant cette semaine, le mercredi, le vendredi et le samedi sont consacrés au jeûne.

Jusqu’à Vatican II, les célébrations entourant l’Avent n’évoluent pas beaucoup. Nos ancêtres célébraient donc cette période à la manière des premiers chrétiens. À l’Église, les rites accordent alors une grande importance aux textes de l’Ancien Testament. En effet, ces textes sont marqués par la longue période d’attente de la venue d’un Messie par les grands prophètes de l’Ancien Testament, particulièrement d’Isaïe et, dans le Nouveau Testament, de Jean-Baptiste. Enfin, l’Avent insiste beaucoup sur l’importance de la Vierge Marie, mère du Messie. On la nomme la Vierge de l’Avent.

La fin de l’Avent marque le début de la période des fêtes s’étendant de Noël à l’Épiphanie. Pour en savoir plus sur les Noëls anciens, nous vous donnons rendez-vous le 14 décembre 2004.

* Le calendrier liturgique combine deux calendriers couvrant l’ensemble d’une année: le temporal et le sanctoral. Le temporal célèbre les grands faits de la vie du Christ. Le sanctoral souligne les anniversaires des saints les plus importants, soit environ 200 au total.

** BEAUMONT, Henri. «Rites et liturgie. De l’Avent à l’Épiphanie.», Cap-aux-Diamants. Vol. 47, automne 1996, p. 15

Sources
  • BEAUMONT, Henri. «Rites et liturgie. De l’Avent à l’Épiphanie.», Cap-aux-Diamants. Vol. 47, automne 1996, p. 15-18.
  • «L’Avent et Noël. Du premier dimanche de l’Avent à l’Épiphanie.», Fêtes et saisons. No 506, décembre 1995, p. 9-15.

Troisième épisode
Noëls anciens

Noëls anciensLes premiers Noëls passés en Nouvelle-France ne sont guère joyeux. La rigueur des hivers, la précarité matérielle des colons et les maladies - principalement le scorbut - assombrissent cette fête. Durant cette période, à Québec comme à Ville-Marie (aujourd’hui Montréal), la fête de la Nativité est marquée par de tristes événements. C’est le soir de Noël 1635 que Champlain décède et c’est sous la menace d’une inondation, risquant de détruire les habitations, que se déroule le premier Noël à Ville-Marie. Ce n’est qu’à partir des années 1650, période où s’entame véritablement le développement colonial, que les conditions matérielles permettent enfin de célébrer Noël à sa juste mesure.

Sous le Régime français, Noël est avant tout une fête religieuse. Selon la tradition, les visites aux parents et aux amis pour échanger des voeux et des présents se font plutôt au jour de l’An. La fête est donc centrée sur la messe de minuit. À la suite de cette célébration, où tous admirent la crèche, nichée au coeur de la chapelle, les gens se regroupent pour célébrer autour de véritables festins et danser, parés de leurs plus beaux atours. Les colons sont réputés pour être très festifs et l’Église condamne chaque année les moeurs légères et l’abus d’alcool qu’occasionne la fête sacrée. Cet esprit de fébrilité s’explique par le fait que Noël concorde avec la fin des durs travaux agricoles. Le temps des fêtes débute et constitue l’une des rares périodes de loisirs et de divertissements que peuvent s’offrir les habitants. Mentionnons enfin qu’à l’époque coloniale, Noël est également une date d’échéance pour plusieurs contrats. En général, c’est le 25 décembre que sont payées les dettes diverses: prêts, loyers, etc.

Après la Conquête, les Canadiens français continuent de célébrer Noël selon leurs coutumes ancestrales. C’est ainsi qu’à la campagne, la messe de minuit et le réveillon de Noël sont célébrés de façon traditionnelle jusque dans les années 30. Toutefois, au 19e siècle, l’influence grandissante de l’élite anglo-saxonne ajoute de nouveaux éléments à la célébration, comme le sapin de Noël et la légende du Père Noël. De plus, avec l’industrialisation débutant à cette époque, on voit apparaître dans les villes, les premiers aspects commerciaux entourant la fête. La production à la chaîne introduit, entre autres, les cartes de souhaits et les jouets préfabriqués, de même que les catalogues des premiers magasins à grande surface.

Les années 50 et 60 sonnent le glas aux Noëls d’autrefois. Le déclin de la pratique religieuse, l’éclatement des familles et la croissance constante de la consommation transforment la tradition. La fête est aujourd’hui axée sur l’échange des cadeaux qui, nous l’avons vu, se faisait autrefois au jour de l’An. Cependant, les aspects forts de la célébration, comme le regroupement entre êtres chers et le début d’une période de repos et de réjouissances demeurent.

Encore aujourd’hui, Noël entame un cycle de festivités incluant celles du jour de l’An. Pour en savoir plus sur la célébration de la Nouvelle Année au Québec, nous vous donnons rendez-vous le 28 décembre 2004. D’ici là, nous vous souhaitons un très joyeux Noël!

Sources
  • BEAUMONT, Henri. «Rites et liturgie de l’Avent à l’épiphanie», Cap-aux-diamants. No 47, automne 1996, pp. 15-18.
  • FORTIER, Yvan. «Une fête venue de la nuit des temps: le 25 décembre», Cap-aux-diamants. No 47, automne 1996, pp.10-14.
  • LEBEL, Jean-Marie. «D’où viens-tu bergère? Nos cantiques de Noël», Cap-aux-diamants. No 47, automne 1996, pp.28-33.
  • MONTPETIT, Raymond. Le temps des fêtes au Québec. Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1978, 285 p.

Quatrième épisode
Mon Dieu bénissez la nouvelle année
L’Épiphanie ou la fête des Rois

Artiste: Edmond-Joseph Massicotte Titre: La bénédiction du jour de l'An, 1912 Technique d'expression: Photolithographie avec rehauts d'aquarelle et de gouache Dimensions: 22,2 x 31,2 cm (papier) 21,2 x 30,2 cm (image) Collection: Musée national des beaux-arts du Québec No d'accession: 34.759 Nom du photographe: Pierre-Luc Dufour

Toutes les cultures célèbrent l’arrivée de la Nouvelle Année. La date varie selon les traditions, mais correspond très souvent au début du printemps. En Occident, c’est depuis la réforme du calendrier romain par Jules César, en l’an 46 avant notre ère, que le premier janvier marque le début de l’année. Toutefois, il faut attendre l’adoption de notre calendrier moderne - le calendrier grégorien, en 1582 - pour que le premier janvier devienne véritablement le premier jour de l’année. Avant cela, selon les époques et selon les pays, le début de l’année est fixé à Noël, à Pâques ou le 25 mars (c’est-à-dire, neuf mois avant la naissance du Christ). Le premier janvier revêt également un caractère religieux, puisque cette date correspond dans le calendrier liturgique catholique à la circoncision du Christ, signification pratiquement oubliée aujourd’hui.

En Amérique française, la tradition de fêter le Jour de l’An s’implante lentement, puisque les premières tentatives de peuplement échouent et que les premiers établissements sont très précaires. Il faut attendre la deuxième moitié du 17e siècle pour que les colons commencent à célébrer le Nouvel An comme dans la Mère patrie. Entre cette époque et les années ‘40, la façon de célébrer cette fête évolue peu.

La prière de la bénédiction paternelle

Dans le Québec d’autrefois, la bénédiction paternelle constitue l’un des moments forts de la Nouvelle Année. Elle réaffirme l’autorité du père et précède la messe où toute la famille se rend, avant d’aller partager un repas chez les grands-parents. C’est un moment de recueillement important, où la prière suivante est généralement récitée:

Que le bon Dieu vous bénisse,
qu’il vous accorde la santé tout au long de l’année qui vient
et qu’il vous accorde des jours heureux, au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Depuis l’époque de la Nouvelle-France, le Jour de l’An est avant tout l’occasion de visiter ses parents et amis et de leur offrir voeux et présents, communément appelés étrennes. Tôt le matin du premier janvier, les hommes sont nombreux à faire la tournée du village pour souhaiter la Bonne Année et embrasser la maîtresse de chaque maison. Les femmes reçoivent ces voeux avec plaisir et offrent aux visiteurs de l’alcool - un petit verre - et des pâtisseries. Cette coutume de l’embrassade est souvent décrite - non sans surprise - par les voyageurs de passage au pays et par les Britanniques, peu après la Conquête. La familiarité de ce rituel en choque quelques-uns. Néanmoins, l’usage demeure en vogue jusque dans les années ‘30. Par ailleurs, à partir du 19e siècle, la tradition de visiter tous et chacun au Jour de l’An donne naissance à l’envoi des cartes de souhaits. D’abord introduite chez les bourgeois de la ville - qui achètent des cartes de visite sur mesure à l’occasion du Nouvel An - cette tradition devient rapidement populaire auprès de tous.

Quant à l’échange des étrennes, il est répandu à travers toutes les couches de la société, même entre les communautés religieuses. Les étrennes prennent la forme d’objets pieux, d’alcool, de victuailles et d’autres douceurs soulignant la Nouvelle Année. C’est un moment vivement attendu par les enfants qui se délectent d’oranges, de bonbons et de jouets. Ce n’est que sous les influences anglaise et américaine que l’échange des cadeaux se fait graduellement, puis complètement, le jour de Noël. Il en est de même pour l’envoi des cartes de souhaits.

Enfin, en plus de constituer une des fêtes sociales les plus populaires, le Jour de l’An revêt un caractère religieux important avec la traditionnelle bénédiction paternelle. Le Nouvel An est l’occasion pour l’aîné des enfants de chaque foyer, de demander au patriarche, la bénédiction pour toute la famille. Ému, celui-ci procède alors à la bénédiction de sa progéniture, agenouillée devant lui. Cette «scène» traditionnelle était encore courante, jusque dans les années ‘60.

Au Québec, il y a encore 40 ans, la fête suivant le Jour de l’An et célébrée par tous est l’Épiphanie, communément appelée les Rois. Pour en savoir plus sur l’origine de cette célébration, nous vous donnons rendez-vous le 11 janvier 2005.

Sources
  • MONTPETIT, Raymond. Le temps des fêtes au Québec, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1978, 285 p.

Cinquième épisode
L’Épiphanie ou la fête des Rois

«Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe.»
(Matthieu, II: 11)

L’Épiphanie ou la fête des Rois

Artiste: Edmond-Joseph Massicotte
Titre: Le traditionnel gâteau des Rois, 1926
Technique d'expression: Photolithographie avec rehauts d'aquarelle
Dimensions: 21,8 x 31 cm
Collection: Musée national des beaux-arts du Québec
No d'accession: 69.402
Nom du photographe: Patrick Altman
Mention: Achat.

L’Épiphanie, communément appelée fête ou jour des Rois, est célébrée le 6 janvier, quoique dans certains pays, elle ait lieu le premier dimanche suivant le Jour de l’An. Traditionnellement, l’Épiphanie fête la première manifestation du Christ au monde, d’où l’origine grecque du mot: epiphaneïa signifiant apparition ou manifestation. Après les Bergers de Bethléem, ce sont les Rois mages qui trouvèrent les premiers le lieu de naissance du Messie, pour l’adorer et lui offrir des présents. C’est pourquoi la tradition populaire les associa rapidement à la célébration.

Il est une coutume très répandue le jour de l’Épiphanie: la confection de la galette des Rois. Ce jour-là, on cuisine une grosse galette apparentée à la brioche, dans laquelle on cache une fève. La personne qui trouve la fève, dans sa part de galette, est nommée roi ou reine de la journée.* Cet élu du jour a le pouvoir «absolu» sur les autres convives. Ce rituel occasionne bien des fous rires, quand ceux-ci doivent demander la permission de boire, de se lever ou qu’ils doivent chanter sur commande. Les ordres de sa Majesté n’ont de limite que son imagination fantasque.

La légende des Rois mages

Les Rois mages sont des personnages mystérieux dont on sait peu de choses à l’origine, mais que les traditions populaires et religieuses ont enrichis au cours des siècles. Au plan de la liturgie, seul Matthieu les mentionne et encore, il se contente de dire qu’ils viennent d’Orient. Il ne précise pas leur nombre et surtout, il ne mentionne pas qu’ils sont rois. Il les appelle tout simplement «mages». Ce n’est que vers le 4e siècle, dans certains textes, que l’on annonce qu’ils sont trois rois, d’après le nombre et la valeur des présents offerts à l’Enfant Jésus. Ils prennent ensuite les noms de Melchior, Gaspard et Balthazar. Enfin, pour représenter symboliquement l’universalité du message du Christ, la tradition donne une nationalité à chacun des mages. Ainsi, l’un est jaune, l’autre blanc, et le dernier est noir.

La coutume de la galette des Rois remonte au moins au 14e siècle. En effet, c’est à cette époque que l’on retrouve la première mention connue de cette tradition par l’évêque d’Amiens, en France. Bien que le lien entre cette coutume et la célébration des Rois mages semble direct, il n’est pas certain. On croit plutôt que les racines de cet usage remontent à l’époque romaine, alors qu’on s’amusait souvent à élire un roi pendant les festins. Popularisée à travers l’Europe, la tradition est implantée en Amérique française avec les premiers colons et la célébration est soulignée de façon traditionnelle jusqu’aux années ’60.

Enfin, la fête des Rois est une fête religieuse importante. C’est une fête d’obligation, on doit donc assister à la messe, et elle clôt le cycle des célébrations entourant Noël. Elle est suivie de quelques fêtes, comme le dimanche de la Sainte-Famille, mais elle constitue la dernière grande fête avant le mardi gras et les célébrations liées à Pâques.

Comme les Rois, la Saint-Valentin est une autre fête religieuse et populaire au calendrier annuel. Pour en savoir plus sur cette célébration aux origines méconnues, nous vous donnons rendez-vous le 25 janvier 2005.

* Mentionnons qu’au Québec, dans certaines paroisses, on insère une fève et un pois dans la galette. La fève désigne le roi de la soirée et le pois, la reine.


Sixième épisode
La Saint-Valentin

La Saint-ValentinLes origines de la Saint-Valentin sont diverses et mêlent à la fois la tradition populaire et les croyances religieuses. La Saint-Valentin est d’abord une fête chrétienne soulignant la mort de Valentin, Romain martyrisé le 14 février 270. Par la suite, le 14 février devient la date anniversaire pour l’ensemble des saints portant le nom de Valentin. Ce n’est qu’à partir du 15e siècle, que la fête religieuse devient graduellement la fête des amoureux.

C’est en effet à l’époque médiévale que le récit du martyr de saint Valentin est enjolivé. On raconte alors que, peu de temps avant son exécution, saint Valentin aurait envoyé un mot à son amoureuse, la fille du geôlier, en signant «De votre Valentin». De là naît la coutume d’échanger des voeux, appelés valentins, le jour du 14 février. Cette légende est d’autant plus populaire que la Saint-Valentin correspond au début de la période des amours chez les oiseaux. À cette époque de l’amour courtois, il n’en faut pas plus pour que dames et damoiseaux se courtisent à grand coup de billets doux, gages de leur amour ou très souvent demandes en mariage officielles.

La Saint-Valentin possède également des racines romaines. La plupart des historiens associent, en effet, la Saint-Valentin aux fêtes des Lupercales, célébrées dans l’ancienne Rome tous les 15 février. À cette époque, les Lupercales honorent le dieu des troupeaux Faunus Lupercus et marquent le début du printemps. Elles donnent lieu au jumelage, par tirage au sort, des jeunes filles et des garçons, de façon à former des couples se fréquentant jusqu’à l’année suivante. Comme pour plusieurs fêtes liturgiques, l’Église substitue par la suite la fête de saint Valentin à cette fête païenne. Mentionnons également que l’on doit à la mythologie gréco-romaine l’un des symboles forts de la Saint-Valentin, c’est-à-dire Cupidon, dieu de l’amour, appelé Éros chez les Grecs.

Il existe peu de témoignages sur ce qu’a pu être la Saint-Valentin en Amérique française, à l’époque coloniale. En fait, en Amérique, la tradition de la Saint-Valentin s’est principalement popularisée à l’époque victorienne, auprès des bourgeois anglophones du Canada et des États-Unis. C’est à cette époque que fleurit le commerce des cartes de souhaits préfabriquées. Celles-ci sont réalisées par divers artistes et sont souvent magnifiquement ouvragées. Les cartes et les lettres d’amour sont alors destinées aux amants. Toutefois, après 1900, avec la popularisation de la carte postale, il est coutume d’envoyer ses voeux d’amour et d’amitié à tous les êtres chers: parents, amis, etc.

Aujourd’hui, cette fête est encore populaire auprès des petits et des grands, mais c’est sans doute aux États-Unis que la Saint-Valentin jouit de la plus grande popularité. Après Noël, c’est en effet cette célébration qui occasionne la correspondance la plus abondante.

Malheureusement, ce ne sont pas toutes les fêtes qui, comme la Saint-Valentin, ont parcouru les âges jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, il est une fête qui jouissait autrefois d’une popularité sans borne, mais qui est pratiquement disparue aujourd’hui, c’est le Mardi gras. Pour en savoir plus sur cette célébration parmi les plus populaires il y a à peine 40 ans, nous vous donnons rendez-vous le 8 février 2005.

Sources

 


Septième épisode
Les jours gras
Les jours gras

Artiste: Edmond-Joseph Massicotte
Titre: Le mardi gras à la campagne, 1911
Technique d'expression: Photolithographie
Dimensions: 21,9 x 31,1 cm
Collection: Musée national des beaux-arts du Québec
Nom du photographe: Pierre-Luc Dufour.

Au moins depuis l’époque médiévale, les jours gras terminent le cycle des célébrations entamé avec la fête de Noël. Ils culminent sur la soirée du Mardi gras constituant l’ultime occasion – outre la Mi-Carême – de fêter grassement avant le jour de Pâques. Dépendamment des régions et des époques, cette période d’abondance débute dès le lendemain de la fête des Rois ou quelques jours avant le Mardi gras. Ainsi, à l’époque de la Nouvelle-France, les témoignages rapportent que cette période dure plus de sept jours, tandis qu’au 19e siècle, elle débute officiellement le samedi précédant la grande fête.

Les jours gras annoncent le carême, période de quarante jours avant la grande fête de Pâques, temps de pénitence et de conversion où l’on doit jeûner, s’abstenir de manger de la viande, des sucreries et autres douceurs de la table. C’est aussi un temps de restrictions où la danse et les festivités sont interdites. Les jours gras donnent donc lieu à plusieurs soirées mémorables, où l’on se gave des viandes que l’on perdrait à l’arrivée du printemps et où se multiplient les gigues et les cotillons.

Le Mardi gras termine ce cycle de soirées dansantes. Il est célébré la veille du mercredi des Cendres, début officiel du carême se terminant avec Pâques. En plus de manger comme des rois, de danser et de chanter, les convives sont invités à se costumer le soir du Mardi gras. Le visage masqué ou couvert de suie, hommes et femmes – appelés les «mardis gras» - font alors la tournée des maisons pour prendre un verre et danser avec les hôtes. Ces derniers, selon la coutume, tentent de deviner l’identité des mardis gras n’étant pas tenus de s’identifier. Afin de mieux confondre les invités, ils vont jusqu’à échanger leurs vêtements avec leurs amis.

Vers 10 h le soir, les «mardis gras» se rendent à la demeure d’un membre de leur parenté et s’y fixent pour la soirée. Celle-ci ne se poursuit pas au-delà de minuit, puisque c’est à ce moment que commence le carême. Quelques irréductibles fêtards transgressent toutefois cet interdit, de même que ceux ayant l’excuse de ne pas posséder d’horloge. Ils risquent pourtant d’être pointés du doigt par l’Église condamnant les excès reliés aux jours gras ou, pire encore, d’être visités par le diable en personne! C’est du moins ce que racontent plusieurs légendes des 18e et 19e siècles.

Enfin, les jours gras donnent aussi lieu à plusieurs carnavals hivernaux où l’on organise des défilés et des démonstrations sportives. Au Québec, c’est celui de la ville de Québec, célébré depuis 1894, qui est sans doute le plus populaire, bien que la tradition se soit répandue partout en Amérique française, entre autres en Louisiane, où le défilé du Mardi gras est encore extrêmement couru. À l’inverse, le Mardi gras n’est pratiquement plus souligné au Québec.

Au calendrier des célébrations, le Mardi gras est suivi de la Mi-Carême, fêtée le troisième dimanche après le mercredi des Cendres. Il reprend essentiellement la même forme que le Mardi gras. À l’Isle-aux-Grues, on célèbre encore cette fête selon la tradition d’autrefois. Pour avoir une idée de l’originalité de ces célébrations populaires au temps de nos aïeux, nous vous invitons à visiter cette section thématique du site officiel de la municipalité de l’Isle-aux-grues.

La prochaine chronique traitera de la Mi-Carême, célébration qui était attendue par tous car le carême était rigoureux. Pour en savoir plus sur l’originalité de cette célébration, nous vous donnons rendez-vous le 22 février 2005.

Sources
  • PROVENCHER, Jean. Les Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1996, 605 p.
  • DESAUTELS, Yvon. Les coutumes de nos ancêtres, Montréal, Les éditions Paulines, 1984, 55 p.

Huitième épisode
La Mi-Carême

Alors qu’on a bien festoyé le Mardi gras, le mercredi des Cendres commence donc la longue période du carême. Dès qu’on a 21 ans et ce, jusqu’à l’âge de 60 ans bien sonnés, on est tenu de faire son carême, c’est-à-dire jeûner tous les jours sauf le dimanche. Et pas de n’importe quelle façon. On ne peut prendre qu’un seul véritable repas par jour, généralement le midi. Le matin et le soir, il faut se limiter à des aliments très légers. Le carême se caractérise également par une grande retenue dans le domaine des loisirs et de la vie sociale. La vie prend momentanément une allure grave et posée. Le carême devient donc un temps de réflexion et de pénitence.

Mais ce temps de pénitence et de privations est interrompu par une journée de réjouissances. En effet, le troisième jeudi après le mercredi des Cendres, on fête la Mi-Carême qui vient mettre une joyeuse parenthèse dans tout. Ce soir-là, comme au Mardi gras, tous participent à une veillée, chez soi ou encore chez un voisin.

Comme au temps du Mardi gras, les enfants rentrent plus tôt de l’école, ils se déguisent en personnages et sillonnent les alentours dans l’espoir d’obtenir quelques sucreries. Les adultes aussi délaissent les travaux plus tôt et rejoignent les jeunes dans leur ronde de visites. En prévision de celles-ci, les femmes ont popoté comme pour les grandes fêtes et les tables se garnissent d’énormes pâtés de toutes sortes, de ragoûts et de fricassée ainsi que de tartes, de galettes et de crêpes multiples. Tout le monde est en appétit, voilà 23 jours qu’on se serre la ceinture. Il va sans dire que les assiettes se vident en un clin d’oeil. Comme l’alcool est également permis, on s’humecte le gosier sans se faire prier.

Pendant que la maisonnée fait honneur à la ribambelle de plats, une odeur de sucre vient titiller les narines aiguisées par un long jeûne. C’est la tire de la Mi-Carême qui dégage ce doux parfum. Sur le poêle ou dans le fourneau, la mélasse et le sirop d’érable bouillonnent avec un grésillement tout à fait appétissant. La maîtresse des lieux agite de temps en temps, avec une large cuillère de bois, la précieuse liqueur devenant de plus en plus épaisse. Dans quelques instants, les «festoyeux» pourront se servir à volonté. À cette époque-là, on n’imagine pas la Mi-Carême sans tire comme à la fête de la Sainte-Catherine.

À plusieurs reprises, tout au long de cette soirée du reste fort animée, un bruit sourd fait sursauter toute l’assemblée. On frappe dru à la porte du logis. Dans l’embrasure de la porte, des hommes et des femmes masqués ou au visage noirci de suie, vêtus d’étranges vêtements, font irruption. Ils courent la «Mi-Carême». Il s’agit de voisins ou d’amis qui veulent rejoindre le groupe de fêtards. Dans certaines régions, on mentionne que c’est une vieille dame à la voix nasillarde qui se présente, incarnant la «Mi-Carême».

Lorsque la «Mi-Carême» s’amène, il est d’usage d’offrir un «p’tit coup d’rhum» pour la réchauffer. Sa soif étanchée, la vieille fait le tour de la grande salle. Devant chaque personne, elle s’arrête, dépose son grand sac de toile sombre et en tire un mystérieux cornet de papier blanc. Chacun reçoit un cadeau dont le choix est déterminé par sa bonne ou mauvaise conduite. Dans le premier cas, le cornet contient des dragées ou des sucreries. Dans le deuxième, des patates gelées ou encore des écales de noix. La vieille y va de commentaires souvent très impertinents sur le compte de chacun. Son rôle lui permet une dose de franchise qui a l’air de réjouir l’assemblée et d’embarrasser la personne visée.

Les enfants attendent leur tour avec impatience, mais aussi avec une certaine appréhension, et lorsque leur écart de conduite est étalé devant tout le monde, cela fait beaucoup rire leurs parents.

Une fois distribués les cornets, la fête se poursuit par une danse ronde qu’on effectue sans accompagnement musical. Durant le carême, on évite les réjouissances trop bruyantes. Malgré tout, on s’amuse ferme.

Le lendemain, le sérieux reprend le dessus et le carême se poursuit avec ferveur. Bientôt viendra le Semaine sainte, riche de rites populaires et de cérémonies religieuses fortement dramatisées jusqu’à son somptueux dénouement: la fête de Pâques. Fête printanière par excellence, la fête de Pâques met un terme aux privations.

C’est la dernière chronique portant sur les célébrations.

Sources
  • PROVENCHER, Jean. Les Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal Express, 1996, 605 p.
  • DESAUTELS, Yvon. Les coutumes de nos ancêtres, Montréal, Les éditions Paulines, 1984, 55 p.

Retour 

Tire Sainte-Catherine de la Congrégation de Notre-Dame

Ingrédients
1 tasse de mélasse
11/4 tasse d’eau bouillante
3 c. à soupe de vinaigre
3 tasses de sucre blanc granulé
1/2 tasse de beurre fondu
1/2 c. à table de crème de tartre
1/2 c. à table de vanille
1/2 c. à thé de bicarbonate de soude (soda)

Préparation

  1. Placer la mélasse, le sucre, l’eau et le vinaigre dans une casserole.
  2. Quand le mélange bout, ajouter la crème de tartre.
  3. À la fin de la cuisson, incorporer le soda passé au tamis et le beurre fondu.
  4. Quand le sirop est cassant dans l’eau froide, le verser dans un plat beurré.
  5. Étirer, couper et envelopper dans du papier ciré ou du papier parchemin.
* Recette tirée du livre La Cuisine raisonnée, p. 359, Nouvelle édition abrégée, 2003

La légende du Père Noël
Le Père Noël prend place au sein de l’imaginaire des enfants dans les dernières décennies du 19e siècle. Il est le fruit d’une version américanisée de Saint Nicolas, protecteur des enfants et reconnu - comme l’Enfant Jésus d’ailleurs - pour laisser des douceurs dans les bas des enfants sages, le soir de Noël.

Dérivé de Sinterklaas, nom de Saint Nicolas en néerlandais, il devient Santa Claus dans les pays anglo-saxons. L’allure qu’on lui connaît aujourd’hui, ventru et tout habillé de rouge, lui vient principalement d’un poème de Clement Clark Moore, un pasteur américain. Dans ces vers, publiés pour la première fois en 1823 et diffusés par la suite à travers le monde, Moore décrit le Père Noël comme un personnage doté d’une grande bonhomie, distribuant des cadeaux à bord de son traîneau tiré par des rennes.
Les origines du sapin de Noël
La tradition de décorer un sapin à Noël remonte à l’Alsace du 15e siècle. C’est une tradition germanique qui fut diffusée, entre autres, en France, au 18e siècle. Les premiers colons n’ont toutefois pas implanté la tradition en Nouvelle-France. Au Québec, c’est un couple allemand du nom de Von Riedesel qui décore le premier sapin à Sorel, en 1781. Il faut cependant attendre la fin du 19e siècle pour que les bourgeois anglophones popularisent cette tradition au Canada, et le début du 20e siècle pour que les familles plus modestes en dotent leur foyer. Avant les années ‘40, la plupart des décorations sont faites à la main avec des cornets de bonbons, des biscuits et d’autres friandises.
La messe de minuit

À l’origine, la célébration de cette messe commence quand minuit sonne. Elle ne peut être devancée ou retardée. La messe de minuit est suivie de deux autres célébrations auxquelles n’assistent pas tous les fidèles: la messe de l’aurore et la messe du jour.

Au Québec, à partir de la seconde moitié du 19e siècle, cet office religieux va obligatoirement de paire avec le Minuit Chrétiens. Cantique des cantiques, ce chant est introduit au Québec par le célèbre musicien Ernest Gagnon, en 1858. Ce dernier entend le Minuit Chrétiens pour la première fois en France, en 1857. L’oeuvre du compositeur parisien Adolphe Adam (sur les paroles de Placide Cappeau, maire d’un petit village de la région d’Avignon en France) bouleverse complètement Gagnon qui décide alors de faire les arrangements musicaux pour la pièce au Canada.

Extrêmement populaire, le chant est pourtant banni par l’Église à partir des années ‘30, car il est jugé trop profane. Toutefois, la popularité sans borne du cantique empêche sa disparition et le chant, dont les paroles furent légèrement modifiées, est de nouveau chanté dans les églises, au grand bonheur des fidèles.
La chanson des Mardi gras

La tradition de fêter le Mardi gras en Lousianne remonte à sa colonisation par les Français au 17e siècle. Encore aujourd’hui, les descendants francophones chantent pour l’occasion La chanson des Mardi gras. Nous vous avons reproduit les paroles de cet air traditionnel popularisé au Québec par Zachary Richard.

Les Mardi gras se rassemblent une fois par an
Pour demander la charité.
Ils se rassemblent une fois par an
Tout à l’entour du grand moyeau.

Refrain:
Capitaine, capitaine, voyage ton flag,
Allson aller chez nos voisins.
Capitaine, capitaine, voyage ton flag,
Allons se mettre sur le chemin.

Les Mardi gras demandent rentrée
A chaque maître et chaque maîtresse.
Ils demandent la rentrée
Avec toutes les politesses.

Refrain
Donnez nous autres une petite poule grasse,
Oui ou bien un peu de riz,
On vous invite de venir ce soir
Manger du bon gombo.

Refrain
Voulez vous recevoir ces Mardi Gras,
Cette grande bande de grands soulards.
Les Mardi gras vous remercient bien
De votre bonne volonté.

Refrain
Les Mardi gras viennent de tout partout
Pour demander la charité.
Ils se rassemblent de tout partout
Mais principalement de Grand Mamou.