Chroniques

Les mille et un visages de Samuel de Champlain

De Samuel de Champlain, fondateur de Québec, on dit souvent qu’il est le père de la Nouvelle-France. Il est, en effet, le premier Français ayant choisi de se battre, contre vents et marées, pour mettre en place un établissement permanent dans la vallée du Saint-Laurent. Il pose également les bases du commerce des fourrures en entretenant de bonnes relations avec les peuples amérindiens. Sans sa détermination, la Nouvelle-France aurait-elle existé? Nombre d’historiens ont posé la question...

En 1908, lors du tricentenaire de Québec, plusieurs manifestations commémorent l’apport de ce grand homme. Samuel de Champlain est célébré dans des processions à caractère historique, son effigie apparaît sur des timbres-poste et sur des cartes postales. À l’aube du 400e anniversaire de fondation de la ville de Québec, Champlain suscite toujours l’admiration pour sa contribution importante à l’histoire de notre pays. Cette série de chroniques vous fera découvrir ou redécouvrir cet homme à la fois fascinant et énigmatique.

Les mille et un visages de Samuel de Champlain

Carte géographique tirée de l’ouvrage de Champlain «Les voyages de la Nouvelle France occidentale (...)»
Source: ICMH no 90023, de Notre mémoire en ligne, produit par Canadiana.org

Cliquez sur un titre pour accéder à un épisode ou pour fermer l'onglet.

Premier épisode
Le jeune Samuel de Champlain
Le jeune Samuel de Champlain

Samuel de Champlain, gravure par Decaris, vers 1850
Source: Bibliothèque et Archives nationales du Québec / P600,S5,PGN63

L’enfance de Samuel de Champlain est entourée de mystère. On ne connaît ni sa date de naissance, ni son rang social. Quelques maigres informations sur sa famille nous apprennent que son père est Antoine de Champlain, capitaine de la marine, que sa mère est Marguerite Le Roy et que son oncle, Guillaume Allène, aussi capitaine de navire, se rend en Afrique et en Amérique.

Champlain grandit à Brouage, une ville dynamique, ouverte sur le monde, idéale pour stimuler un esprit aventureux. Située dans le golfe du Saintonge, qui donne sur l’Atlantique, la région est, depuis l’Antiquité, une grande productrice de sel. Dévastée lors de la guerre de Cent Ans, la région se reconstruit durant les 15e et 16e siècles. La ville de Brouage est fondée en 1555. Port prospère, des navires aux multiples provenances y accostent. Certains mettent le cap sur l’Amérique du Nord, allant y chasser la baleine et y pêcher le poisson.

Lors des guerres de religion, Brouage est fortifiée par le roi Charles IX et devient un centre militaire. L’armée y reste présente par la suite car on en fait le siège de l’amirauté, d’où le roi entend contrôler les activités maritimes.

Près de Brouage, on retrouve deux écoles élémentaires protestantes, tout comme une académie qui enseigne aux jeunes gens à monter à cheval, à pratiquer l’escrime et à tracer des plans. Champlain a-t-il fréquenté ces endroits? Il est difficile de le savoir. Manifestement, il apprend l’art du dessin durant sa jeunesse, comme le prouvent les magnifiques cartes qu’on lui attribue. Il est toutefois possible que ce soit un ami de son père, Charles Leber Du Carlo, ingénieur et géographe du roi, qui le lui enseigne. Champlain apprend également à naviguer très jeune, comme il le déclare à la reine en 1613.

Le jeune Samuel de Champlain s’engage dans l’armée du roi Henri IV où il agit à titre de maréchal des logis. À la fin des guerres de religion, il se rend en Espagne pour entreprendre un voyage aux «Indes occidentales». Un compte rendu de ce voyage existe, qui pourrait être de Champlain. À son retour au pays, Champlain est reçu par le roi qui s’intéresse à ses récits et lui offre une pension de la cour.

Deux éléments sont alors réunis en France pour encourager l’exploration de l’Amérique et la fondation d’un établissement durable outre-mer. L’année 1598 marque en effet le début d’une période où le roi Henri IV s’intéresse beaucoup plus au Nouveau Monde. Il mandate des gens pour des expéditions, tout en leur octroyant des monopoles pour le commerce des fourrures.

Plusieurs représentants du roi partent ainsi en un court laps de temps. Parallèlement, des problèmes d’approvisionnement font augmenter la demande pour les fourrures de la Nouvelle-France, incitant les investisseurs à s’engager dans cette aventure devenue rentable.

C’est dans ce contexte favorable que Samuel de Champlain s’embarque en 1603 pour l’Amérique du Nord. Ce voyage, qui lui permettra d’acquérir une bonne connaissance des lieux à coloniser, aura une influence capitale sur son destin... et sur le nôtre.

Pour en savoir plus sur les voyages de Champlain, nous vous donnons rendez-vous le 25 décembre 2007.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions ; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Deuxième épisode
Champlain explorateur
Champlain explorateur

Aquarelle: Champlain en canot indien, 1603
Source: Bibliothèque et Archives Canada / Crédit: John Henryca de Rinzy / Collection John Henryca de Rinzy / C-013320

Car d’un fleuve infini tu cherches l’origine
Afin qu’à l’avenir y faisant ton séjour
Tu nous fasses par là parvenir à la Chine
Marc Lescarbot *

À la fin du 15e siècle, les Européens sont en quête d’un chemin alternatif vers l’Asie. L’Amérique se présente à eux comme un obstacle inattendu qu’ils ont, jusqu’au 19e siècle, cherché à surmonter. Au sud du continent, Magellan découvre un détroit permettant d’accéder au Pacifique, mais la distance à parcourir sur cette route se révèle bien longue. Les contemporains de l’explorateur portugais se mettent alors à espérer l’existence, au nord, d’un détroit semblable, selon un principe de symétrie. Champlain consacre une bonne partie de sa vie à la recherche de ce passage nordique, comme bien d’autres le feront après lui.

En 1603, Champlain s’embarque à titre d’observateur pour un premier voyage en direction du Saint-Laurent, sur un navire commandé par François Gravé Du Pont. Très actif dans la découverte, Champlain interroge les Amérindiens, apprenant avec intérêt l’existence d’eau salée au nord de la rivière Saguenay, tout comme l’existence de grands lacs au-delà du sault Saint-Louis. Ces deux informations représentent pour lui autant d’espoirs de trouver le passage tant convoité. Champlain accompagne Gravé Du Pont dans l’exploration du fleuve. Il s’aventure sur le Richelieu, puis se dirige vers le sault Saint-Louis. L’embarcation dans laquelle il prend place ne leur permettant pas d’aller au-delà, Champlain se promet de revenir avec un canot. Ils ne sont pas les premiers Européens à naviguer sur le fleuve, mais Champlain est le premier à en faire une description aussi détaillée.

Sur le chemin du retour, une rencontre réoriente les projets d’exploration de Champlain. En effet, Jean Sarcel de Prévert, un commerçant malouin, lui parle de l’«Arcadie», une région mieux connue des Français, dont il vante les terres fertiles, les baies hospitalières et les mines prometteuses. L’Acadie est la destination du deuxième voyage de Champlain, dirigé par Pierre Dugua de Monts. Participant aux missions d’exploration, Champlain recherche les mines, repère les meilleurs endroits pour établir une colonie et évalue les chances de trouver le passage vers l’Asie. Il explore la baie Sainte-Marie, la baie de Fundy, la rivière Penobscot, longe jusqu’à Cape Cod la côte dite «de la Floride». Ils fondent à Port-Royal, en 1604, le premier établissement français durable en Amérique du Nord.

Les voyages suivants marquent un retour au Saint-Laurent. En 1608, Champlain remonte le fleuve en barque pour fonder Québec le 3 juillet. En 1609, il explore le Richelieu et se rend jusqu’au lac Champlain pour livrer bataille en compagnie de ses alliés amérindiens. En 1611, il se rend jusqu’à Montréal et baptise l’Île Sainte-Hélène en l’honneur de son épouse, Hélène Boullé.

L’exploration de l’intérieur du continent connaît une avancée majeure en 1613 et en 1615, alors que Champlain prend la direction des Grands Lacs. Accompagné de quelques Français et de guides amérindiens, il se rend en 1613 jusqu’à l’île aux Allumettes, et en 1615, il atteint le lac Huron. Il est le premier Européen à décrire cette rivière si importante pour le commerce des fourrures.

Connaissant bien le pays et étant les mieux équipés pour mener à bien de tels voyages, les Amérindiens sont des guides indispensables. Ils promettent à Champlain de l’aider si, en échange, il accepte de combattre leurs ennemis. Les parcours sont difficiles pour les Français qui doivent, entre autres, affronter les portages et les mouches. Champlain est robuste et garde le moral, comme l’illustrent ses récits. C’est dans l’une de ces expéditions que Champlain aurait perdu un astrolabe qui fut retrouvé au 19e siècle.

Après ce voyage, Champlain se consacre moins à l’exploration et davantage à la mise sur pied de la nouvelle colonie et à son administration. Il garde toutefois en tête, toute sa vie, le rêve de la Chine, espérant qu’un jour, les établissements fondés deviennent pour la France autant de postes de douane bénéficiant du commerce avec l’Orient.

Les explorations de Champlain ont grandement fait avancer la connaissance du territoire américain. Pour en savoir plus sur les cartes produites par Samuel de Champlain, nous vous donnons rendez-vous le 8 janvier 2008.

* Ces vers en l’honneur de Champlain, écrits en 1607, sont publiés dans les Muses de la Nouvelle-France.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • MONTEL-GLÉNISSON, Caroline. Champlain: la découverte du Canada. [Paris], Nouveau Monde éditions, 2004. 188 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Troisième épisode
Champlain cartographe

En cartographie nord-américaine, Champlain fait figure de pionnier. Ses cartes, couvrant une région s’étalant du détroit de Nantucket aux Grands Lacs, sont les premières à être aussi précises. Avant lui, Cartier et Roberval n’avaient qu’esquissé sommairement des cartes à bord de leurs navires. Les cartes de Champlain sont considérées comme des références et elles furent rééditées de nombreuses fois, contrairement aux géographes du roi qui élaboraient leurs cartes à Paris, Champlain a l’avantage d’avoir relevé l’information lui-même, sur place.

Champlain cartographe

Carte géographique tirée du tome III des «Oeuvres de Champlain»
Source: ICMH no 26835, de Notre mémoire en ligne, produit par Canadiana.org

Pour tracer des cartes, les méthodes utilisées par Champlain sont simples. Principalement, il estime des distances, calcule des latitudes et travaille avec son compas, sans références à la géométrie ni à la trigonométrie, ce qui semble indiquer qu’il n’a pas fréquenté d’école d’arpentage. Il aurait plutôt appris sur le terrain, alors qu’il était maréchal des logis, puis lors de son voyage dans les colonies espagnoles, et peut-être aussi avec l’ami de son père, le géographe Charles Leber Du Carlo. En 1629, son séjour en tant que prisonnier sur un navire anglais lui fait aussi découvrir des techniques qu’il rapporte dans l’un de ses ouvrages, le Traitté de la marine et du devoir d’un bon marinier. Champlain affirme dans ce traité qu’il est utile de connaître l’art de la «portraiture» lorsqu’on dessine des cartes. On pense ainsi qu’il aurait, lui-même, appris quelques notions de peinture.
Champlain cartographe

Page titre d’un ouvrage de Champlain publié en 1632
Source: ICMH no 90023, de Notre mémoire en ligne, produit par Canadiana.org

Lors des expéditions, Champlain s’informe auprès des Amérindiens et leur fait dessiner des cartes. Il trace alors le profil grossier du territoire, qu’il précise au fil des voyages, notant les distances et plusieurs autres détails. Champlain intègre parfois des cartes amérindiennes dans les siennes. C’est le cas d’une carte qu’il élabore en 1616, dont toute une section s’inspire de la carte d’un chef outaouais, dessinée avec du charbon sur de l’écorce et échangée à Champlain contre une hache de fer.

Quand Champlain rédige des rapports pour le roi, il les accompagne souvent de cartes. De ces dernières, rares sont celles qui ont été conservées. Par bonheur, certains récits de voyage incluent des cartes. Champlain publie de tels ouvrages en 1604, 1613, 1620 et 1632. Comme les cartes, les récits renseignent le lecteur sur le territoire exploré.

Le récit de voyage de 1613 contient plusieurs cartes géographiques, seize petites, dont trois sont plutôt des dessins, et deux grandes, dont l’une se retrouve en deux versions. L’histoire de cette dernière est particulière. En 1611 et 1612, Champlain se consacre, en France, à la publication de son deuxième récit, réalisant une grande Carte Géographique de la Nouvelle Franse (sic), la plus complète de son époque. En effet, en plus des informations qu’il a recueillies, Champlain ajoute des détails provenant d’une carte illustrant les découvertes de Henry Hudson. Champlain apprend alors que Nicolas de Vignau se vante d’avoir rejoint la baie d’Hudson en remontant la rivière des Outaouais. Retournant en Nouvelle-France vérifier cette information, Champlain choisit de retarder la publication de son ouvrage. Pendant son absence, l’imprimeur commence à imprimer la carte. À son retour, en 1613, Champlain retravaille cette carte à même la plaque de cuivre, y ajoutant les résultats de ses plus récentes explorations. Le livre publié comprend, ainsi, deux versions de la même carte.

Le dernier récit de Champlain, publié en 1632, résume la carrière de l’explorateur et s’accompagne aussi d’une grande carte. Cette dernière n’est pas aussi exacte que les précédentes car elle intègre des informations que Champlain n’a pu vérifier lui-même, d’où une certaine confusion dans son tracé. Ce récit est publié au moment où la France se bat pour la restitution de sa colonie, peu après la prise de Québec par les Anglais. Dans le titre de son ouvrage, Champlain met ainsi l’emphase sur le fait que les territoires décrits sont découverts par les Français, sous l’autorité du roi. Dans ce contexte, les cartes, présentées comme des preuves des explorations françaises, appuient les revendications de la France.

À l’image de ses écrits, Champlain se révèle être un communicateur hors pair, capable de rallier les gens à son entreprise et de surmonter les obstacles se dressant sur sa route. Pour en savoir plus sur le travail effectué par Champlain auprès des riches et des puissants, nous vous donnons rendez-vous le 22 janvier 2008.

Source
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.

Quatrième épisode
Champlain promoteur d'un grand projet

Le commerce des fourrures en Nouvelle-France étant une entreprise rentable, les monopoles accordés par le roi de France sont très convoités. Dans la course au commerce colonial, nous retrouvons en lice les marchands de Saint-Malo, de Rouen, de La Rochelle, de Bretagne et de Normandie, se battant soit pour obtenir le précieux monopole, soit pour retrouver la liberté de commerce. C’est dans ce véritable panier de crabes que se présentent Samuel de Champlain et son patron et ami, Pierre Dugua de Monts. Ils travaillent d’arrache-pied à convaincre les puissants et à négocier avec des associés afin que se réalisent les projets qu’ils ont en tête pour la colonie.

Le jeune Samuel de Champlain

Carte géographique tirée du tome III des «Oeuvres de Champlain»
Source: ICMH no 26835, de Notre mémoire en ligne, produit par Canadiana.org

Après quelques années d’essais infructueux, les premiers détenteurs du monopole commercial ne font pas progresser la colonie et le roi est insatisfait des résultats. La proposition présentée alors par Dugua de Monts a tout pour plaire. Mettant l’accent sur la colonisation, il s’engage à transporter les premières familles. Le monopole lui est octroyé, comme moyen de financement. Dugua de Monts prend avec lui Samuel de Champlain, déjà bien connu à la cour.

Suite aux pressions de certains opposants, le monopole de Dugua de Monts n’est pas reconduit après 1608 et les tentatives de Champlain pour faire révoquer cette décision sont vaines. Dugua de Monts et Champlain s’associent malgré tout avec quelques marchands pour poursuivre leur projet de colonisation, connaissant cependant beaucoup moins de succès.

En 1611, pour faire bouger les choses, Champlain présente au roi un nouveau mémoire. Suivant l’avis de son allié, le conseiller royal Pierre Jeannin, il suggère de confier le gouvernement de la Nouvelle-France à un membre de la haute noblesse, qui pourra s’appuyer sur des compagnies à monopole pour le financement. Cette proposition acceptée, Champlain est choisi comme lieutenant de ce haut personnage pour représenter l’autorité royale dans la colonie. Dugua de Monts n’est plus de la partie, mais il continue d’appuyer Champlain dans ses démarches.

C’est alors qu’est publié le deuxième récit de voyage de Champlain. De tels ouvrages sont une autre bonne façon d’appuyer ses projets, car par les livres, il fait découvrir la colonie à l’intelligentsia de l’époque, tout en se présentant comme celui qui en est l’expert.

Malgré son titre de lieutenant du vice-roi de la Nouvelle-France, Champlain n’est pas au bout de ses peines. La colonisation de la Nouvelle-France est soutenue par une association de marchands qui prend le nom de «Compagnie de Canada». Les relations avec ces associés ne sont pas toujours harmonieuses. Même s’ils ne cherchent pas à l’assassiner, comme d’autres le feront, certains associés refusent son autorité. Quand le vice-roi de la Nouvelle-France est emprisonné en 1616 et qu’un autre est nommé, Champlain se voit refuser l’embarquement par l’associé Daniel Boyer, sous prétexte qu’il n’est plus le lieutenant du vice-roi légitime. Un problème semblable survient vers 1619, forçant Champlain à aller encore une fois plaider sa cause devant le roi.

Afin d’obtenir encore plus d’appuis, Champlain présente en 1618 deux mémoires, l’un au roi et l’autre à la Chambre du Commerce. Il plaide en faveur de la Nouvelle-France, vantant tous les avantages que la France peut y trouver: un vaste territoire habitable, un passage vers la Chine, des ressources diversifiées telles le goudron, les racines à teinture, le chanvre, le bétail, les vignes, le métal et le bois. Champlain mentionne aussi les milliers d’âmes à convertir à la foi chrétienne, un argument de poids qui gagne à sa cause les cardinaux et les évêques de France.

Chaque fois que Champlain est de retour dans la mère patrie (à partir de 1603, il traverse l’Atlantique vingt-trois fois), il travaille à consolider ses appuis et à se faire de nouveaux collaborateurs. En 1630, il est de ceux qui bataillent pour faire restituer Québec, après sa prise par les Anglais. À la fois homme de terrain et adroit communicateur, il réussit à s’imposer.

Fin diplomate à la cour du roi, Champlain est tout aussi habile quand il s’agit de parlementer avec les Amérindiens. Pour en connaître davantage à ce sujet, nous vous donnons rendez-vous le 5 février 2008.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Cinquième épisode
Champlain et les Amérindiens
Le jeune Samuel de Champlain

Aquarelle: Champlain qui échange avec les Indiens (sic)
Source: Bibliothèque et Archives Canada / Crédit: Charles William Jefferys / Fonds Charles William Jefferys / C-103059

L’une des plus grandes réalisations de Champlain est d’avoir posé les bases d’une alliance avec les peuples montagnais, algonquins et hurons. Cette alliance permettra aux Français de s’installer paisiblement sur le territoire, tout en consolidant un vaste réseau de traite. Champlain la rend concrète de multiples façons, allant jusqu’à risquer sa vie en rencontrant les Amérindiens dans leurs villages et en les accompagnant lors de luttes armées.

Quand Champlain débarque en 1603 dans la vallée du Saint-Laurent, la région est peuplée de Montagnais et d’Algonquins, peuples nomades vivant de pêche, de chasse et de cueillette. Ils sont alliés des Hurons, un peuple sédentaire et horticole habitant dans la région des Grands Lacs. Les Montagnais établis dans la région de Tadoussac, tout comme les Algonquins établis près de la rivière des Outaouais, participent activement à la traite des fourrures, occupant un rôle d’intermédiaires entre les Européens et les autres tribus.

Dès son arrivée, Champlain est témoin d’un événement diplomatique important: la première entente documentée entre le roi de France et les peuples de l’Amérique du Nord. Le 27 mai 1603, deux jeunes Montagnais, revenant de France où ils ont rencontré Henri IV, prennent la parole en présence de plusieurs chefs autochtones. Ils racontent leur séjour en Europe et transmettent le message du roi: la France s’engage à aider les Amérindiens à ramener la paix dans leur pays déchiré, si en échange ils permettent aux Français de s’y installer. La proposition est formellement acceptée par le chef Anadabijou.

Champlain compte beaucoup sur ses alliés amérindiens pour connaître et explorer le pays. Afin de pouvoir bien communiquer avec eux, il prévoit la formation de truchements. En 1610, Champlain confie un jeune homme, probablement Étienne Brûlé, à un chef algonquin pour qu’il apprenne la langue huronne. D’autres suivront ses traces, tel Nicolas de Vignau et Thomas Godefroy, qui apprennent, de plus, à vivre à l’amérindienne.

Avec les Autochtones, Champlain se montre aimable et bon vivant, les faisant souvent rire. Pour gagner leur respect, il exécute des prouesses, franchissant, par exemple, devant eux, des rapides en canot. Toujours, il prévoit des cadeaux à leur offrir. Chez ces peuples, la capacité de donner est en effet un signe de puissance. Champlain prend aussi avec lui des protégés amérindiens, comme le jeune huron Savignon, qu’il mène en France, et trois filles adoptives, nommées Foi, Charité et Espérance, qu’il aurait aimé faire instruire en France. L’argument qui lui fera toutefois le mieux gagner l’amitié des Amérindiens est sans nul doute sa participation à leurs guerres. Champlain mène en personne trois expéditions militaires, concrétisant ainsi la promesse du roi.

Les bonnes relations qu’établit Champlain avec les Amérindiens lui permettent de bénéficier de leur aide quand vient le temps d’explorer le Richelieu ou la rivière des Outaouais. Cette collaboration n’est toutefois pas toujours parfaite et comporte des ratés. En effet, les Amérindiens jouissant d’une position privilégiée auprès des Français espèrent empêcher qu’ils ne côtoient d’autres groupes. Ils tardent à réaliser certaines promesses et empêchent des voyages. De son côté Champlain est parfois retenu en France. Il ne se présente pas à deux rendez-vous, au grand mécontentement des alliés qui l’attendent pour guerroyer.

En 1613 et 1615, Champlain invite les Algonquins et les Hurons à s’installer à Montréal, où les terres sont fertiles. Les Amérindiens répondent qu’ils iront quand une habitation sera construite, ce à quoi Champlain acquiesce. Sédentariser les Amérindiens près des centres de colonisation apparaît être pour Champlain, comme pour le récollet Le Caron, une façon de faciliter leur évangélisation. En 1622, Champlain réussit à installer quelques Montagnais près de Québec, influençant de plus le choix de leur chef.

Pour amener la paix parmi les Amérindiens, Champlain ne se limite pas qu’à faire la guerre. Il participe aussi aux rencontres diplomatiques. Ainsi, en 1622, des Iroquois venus négocier la paix sont reçus par Champlain, qui persuade ses alliés d’envoyer des hommes en Iroquoisie en signe de bonne amitié. En 1623, Champlain intervient comme médiateur dans une querelle entre Hurons et Algonquins, et en 1627, il envoie un Français au pays des Iroquois pour empêcher une nouvelle guerre.

Les maladies contagieuses transportées par les Français sont, malheureusement, un élément pouvant nuire à l’établissement de bonnes relations avec les peuples autochtones. Les Amérindiens étant beaucoup plus fragiles que les Européens à certaines maladies, ils souffrent lors de grandes épidémies qu’ils associent rapidement à la présence des Européens. Les missionnaires en subissent particulièrement les conséquences, étant regardés avec suspicion. Heureusement pour lui, Champlain n’affronte pas d’épidémie majeure.

De retour en France, Champlain met par écrit ce qu’il a vu. Ses récits de voyage contiennent de nombreuses informations sur les groupes Amérindiens: les habitations, les vêtements, les croyances, la vie économique, politique et familiale, etc. Pour les contemporains de Champlain, tout comme pour les historiens d’aujourd’hui, ils sont une source précieuse de renseignements.

L’action guerrière de Champlain a eu de graves conséquences, consolidant les relations avec certains groupes, mais créant de nouveaux ennemis pour les Français. Pour en connaître davantage sur la vie militaire de Champlain, nous vous donnons rendez-vous le 19 février 2008.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions. Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Sixième épisode
Champlain guerrier
Le jeune Samuel de Champlain

Illustration tirée du tome III des «Oeuvres de Champlain»
Source: ICMH no 26835, de Notre mémoire en ligne, produit par Canadiana.org

Originaire d’une ville qui connaît les réalités de la guerre, maréchal des logis pour l’armée, en France, Champlain n’hésite pas à faire appel, en Nouvelle-France, à son expérience militaire. Prenant part à trois expéditions guerrières, il concrétise la promesse du roi de soutenir militairement ses nouveaux alliés. L’ennemi, c’est la confédération iroquoise des Cinq-Nations. Le contrôle de la vallée du Saint-Laurent, un axe commercial stratégique, serait à l’origine du conflit.

En 1609, Champlain s’engage sur la rivière Richelieu, avec deux Français et une soixantaine d’Amérindiens, pour combattre deux cents Iroquois. C’est près de Ticonderoga qu’a lieu la bataille. Les armes à feu des Français sèment la panique. Champlain tue trois chefs ennemis avec une arquebuse, gagnant le respect des Amérindiens. L’année suivante, Champlain est attendu par ses alliés pour repartir en guerre. Cette fois, les Iroquois construisent une barricade à l’embouchure du Richelieu. Au cours de cette deuxième victoire, Champlain est blessé à l’oreille.

En 1615, le point de départ de l’expédition est le village de Cahiagué, en territoire huron. Les alliés entreprennent un périple de plus d’un mois pour arriver à un fort iroquois entouré de quatre grandes palissades. En prévision du siège, Champlain a recours à des techniques européennes: il construit un cavalier et des mantelets. Malheureusement, les Amérindiens sont impatients et indisciplinés. Au lieu d’un siège, on assiste à trois heures d’escarmouches désorganisées au cours desquelles Champlain est blessé. Suite à cette défaite, les Amérindiens devront attendre plusieurs décennies avant que la France ne renouvelle son engagement militaire auprès d’eux, ce qu’elle ne fera que vers 1660, avec l’envoi du régiment de Carignan-Salière.

De son côté, Champlain doit affronter une nouvelle menace quelques années plus tard, celle des Anglais. Ces derniers réussissent à prendre et à occuper Québec, de 1629 à 1632. C’est une famille de marchands, les Kirke, qui est à l’origine de cette attaque. Dans le cadre d’une guerre opposant la France à l’Angleterre, en 1628, ils débarquent au Cap Tourmente où ils capturent cinq colons. Alertés, les Amérindiens en informent Champlain. La colonie française manque de tout mais Champlain espère l’arrivée imminente de renforts. Fin stratège, il annonce à ses ennemis qu’il est capable de tenir et qu’il les attend de pied ferme, convainquant les Kirke de retourner en Europe.

Les Kirke reviennent l’année suivante. Champlain, sachant la colonie trop faible pour combattre, préfère négocier. Un traité de paix entre la France et l’Angleterre venant par ailleurs d’être signé, ce à quoi les Kirke ne veulent croire, Champlain compte retrouver bien vite sa Nouvelle-France. Quelques colons français quittent avec leurs biens, d’autres choisissent de rester. Une courte bataille a lieu en mer, à l’arrivée des navires du français Émery de Caën, mais Champlain négocie rapidement l’arrêt des hostilités.

En 1629, Champlain ne joue pas le brave, mais prend de sages décisions pour le bien-être de la colonie. Pour en savoir davantage sur l’administrateur qu’a été Champlain, nous vous donnons rendez-vous le 4 mars 2008.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions ; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Septième épisode
Champlain administrateur

Après deux voyages en Nouvelle-France réalisés à titre d’observateur, Champlain obtient rapidement un poste de commandement, d’abord à titre de lieutenant de Pierre Dugua de Monts, puis de lieutenant du vice-roi de la Nouvelle-France. Il devient alors le représentant officiel du pouvoir royal dans la colonie. Or, si l’homme d’action qu’est Champlain excelle quand il s’agit de partir à l’aventure, l’administration au quotidien de la petite installation lui donne un peu de fil à retordre.

Dans les premières années, Champlain ne fait que de très courts séjours à Québec. Ce n’est qu’en 1620 que ce petit poste devient sa demeure principale jusqu’à sa mort survenue en 1635, exception faite d’un voyage de deux ans en France (1624-1626), et de l’occupation anglaise (1629-1632). Quand il gouverne, Champlain ne le fait pas de façon autoritaire, mais plutôt à la façon d’un capitaine de navire. Pour les décisions importantes, Champlain écoute l’opinion de plusieurs personnes et tente d’obtenir un consensus. En 1621, Champlain autorise ainsi aisément une assemblée générale des habitants qui charge le récollet Le Baillif d’aller présenter en France les griefs du pays. Les premières ordonnances de Québec sont publiées peu de temps après. Les hommes de Champlain ont beaucoup de respect pour lui. Toutefois, ils n’obéissent pas toujours à ses ordres.

Lors des expéditions d’exploration, Champlain repère les meilleurs endroits pour s’installer. À Québec, la première tâche qui l’attend est de construire une habitation pour abriter vivres, marchandises et colons. Les travaux de construction et de réparation des bâtiments sont une priorité pour Champlain qui y consacre beaucoup de temps et de ressources. Champlain entreprend ainsi de construire un fort sur le Cap Diamant, une grande habitation et une chapelle. Certains lui reprochent son entêtement dans de tels projets, alors que la colonie a d’autres besoins, plus urgents.

Le ravitaillement alimentaire est une préoccupation constante pour Champlain, la colonie se trouvant souvent en situation de pénurie. C’est à lui qu’incombe la difficile tâche d’évaluer la quantité de vivres et de garder ou de renvoyer certains colons. Champlain est conscient de l’importance de l’agriculture pour l’indépendance de la colonie. Or, il laisse ce dossier à d’autres, comme le colon et apothicaire Louis Hébert. L’agriculture se développe ainsi très lentement. En 1628, c’est sous la menace de la famine qu’est construit le premier moulin. Pour ce qui est de l’élevage, c’est en 1626 que sont construites au cap Tourmente les installations permettant aux colons de s’y installer, afin de récolter le foin, de l’engranger et d’y élever des bêtes.

En plus des problèmes d’alimentation, Champlain doit faire face au scorbut qui fait des ravages parmi les habitants. À Port-Royal, à l’hiver 1606-1607, Champlain a une bonne idée pour contrer cette maladie. Supposant que les viandes salées sont la cause du problème, il crée l’ordre de Bon Temps, dont les participants, à tour de rôle, chassent et pêchent pour nourrir les autres. Cet hiver là, aucun des membres de l’ordre ne souffre du scorbut. L’expérience ne sera malheureusement pas répétée à Québec.

En plus de ses tâches de gestion, il revient à Champlain de s’occuper de la justice. Parmi les gestes qu’il pose dans ce domaine, le plus important est sans aucun doute la condamnation à mort et l’exécution de Jean Duval, qui a voulu l’assassiner en 1608. Champlain organise le procès en suivant une procédure similaire à celle qui est en cours dans la marine. Il fait mettre par écrit les dépositions des condamnés devant le pilote du navire, les mariniers et plusieurs autres personnes, dont François Gravé Du Pont. Il confronte ensuite les témoignages des accusés et des témoins avant de rendre son verdict.

Aux yeux de certains, Champlain ne s’implique pas assez dans le développement de l’agriculture coloniale. Pourtant, dès son deuxième voyage, il s’intéresse au jardinage et note plusieurs observations. Pour en savoir plus sur l’intérêt de Champlain pour la botanique, nous vous donnons rendez-vous le 18 mars 2008.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Huitième épisode
Champlain ethnobotaniste
Le jeune Samuel de Champlain

Dessin: Champlain.
Source: Bibliothèque et Archives Canada.
Crédit: George Agnew Reid Fonds George Agnew Reid, C-011016

Au cours de ses voyages en Amérique du Nord, Champlain recueille une grande quantité d’informations qu’il présente à ses contemporains. S’intéressant aux ressources naturelles du pays, il vérifie de ses propres mains la fertilité de la terre et fait au sujet du «jardinage» des expériences qu’il documente. Ces renseignements sont essentiels pour toute personne souhaitant s’impliquer dans l’entreprise de la Nouvelle-France. Sans l’agriculture, comment la colonie pourrait-elle survivre?

En 1604, Champlain est témoin des premiers essais horticoles à l’Île Sainte-Croix. Puis, à Port-Royal, il aménage un petit jardin et construit une écluse pour y conserver des truites. Il n’est pas le premier explorateur à s’être mis les mains dans la terre, Jacques Cartier ayant fait de même avant lui. À Port-Royal, l’agriculture semble se porter plutôt bien. On y retrouve, dès les premières années, une diversité de légumes, de légumineuses, d’herbes, de fruits et de céréales. On croit même bon de construire en 1606, un moulin à farine.

Quand Champlain fonde Québec, il ne tarde pas à faire défricher la terre près de l’Habitation. Il tente d’y semer, dès octobre 1608, du blé et du seigle apportés de France afin de savoir si les semences lèveront au printemps. Il plante aussi des arbres fruitiers et des vignes françaises. Quelques années plus tard, Champlain décrit la beauté des pois, maïs, fèves, citrouilles, légumes-racines, choux, poireaux et fines herbes récoltés à Québec. Il transporte un peu de blé québécois en France pour illustrer la fertilité du pays.

Des essais horticoles sont aussi réalisés dans la terre grasse ou argileuse de Montréal. Champlain y fait aménager deux petits jardins, l’un dans la prairie, l’autre du côté de la forêt. Les graines semées en juin y poussent bien.

Le climat est une autre réalité observée par Champlain. Il note la date des premières gelées, le moment de la chute des feuilles. Au mois de mai 1620, il décrit l’arrivée du printemps, notant les dates d’éclosion des feuilles, les floraisons, le moment où certaines plantes sont prêtes pour la récolte. Ces informations sont utiles aux cultivateurs qui, affrontant un climat différent de celui de la France, doivent ajuster leur calendrier.

À l’époque des premiers habitants de Québec, le développement de l’agriculture est une nécessité. Pour eux, il est impératif d’adapter, le plus rapidement possible, leurs façons de cultiver à ce nouvel environnement, tout en sachant tirer profit des nouvelles espèces découvertes.

C’est ainsi que se terminent les chroniques consacrées au premier grand colonisateur du Canada, Samuel de Champlain. Nous vous donnons rendez-vous le 1er avril 2008 avec une nouvelle série de chroniques.

Sources
  • LITALIEN, Raymonde et Denis Vaugeois (dir). Champlain: la naissance de l'Amérique française. [Paris], Nouveau Monde éditions; Sillery, Septentrion, 2004. 397 pages.
  • MONTEL-GLÉNISSON, Caroline. Champlain: la découverte du Canada. [Paris]: Nouveau Monde éditions, 2004. 188 pages.
  • TRUDEL, Marcel. «Samuel de Champlain», Dictionnaire biographique du Canada, tome 1, [Québec], Presses de l’Université Laval, 1966. Pages 192 à 204.

Retour 

Le printemps fleuri de Champlain
Voici un extrait du récit de voyage où Champlain note la renaissance de la végétation:

Le 8 dudit mois, les cerisiers commencèrent à épanouir leurs boutons, pour pousser leurs feuilles dehors.
En ce temps même sortaient de la terre de petites fleurs, de gris de lin, et blanche, qui sont les primevères du Printemps de ces lieux là.
Le 9, les framboises commencèrent à boutonner, et toutes les herbes à pousser hors de terre.
Le 10, le sureau montra ses feuilles.
Le 12, il y a des violettes blanches qui se firent voir en fleur.
Le 15, les arbres furent boutonnés, et les cerisiers revêtus de feuillage.
Les framboisiers jetèrent leurs feuilles; le cerfeuil était bon à couper; dans les bois l’oseille s’y voit à deux pouces de hauteur.
Le 18 les bouleaux jettent leurs feuilles; les autres arbres les suivent de près. Le chêne a ses boutons formés. Les pommiers de France que l’on y avait transplantés, comme aussi les pruniers, boutonnaient. Les cerisiers y ont la feuille assez grande, la vigne boutonnait et fleurissait; l’oseille était bonne à couper.

Les pois
Pour les colons de Québec, la culture des pois est très intéressante car il s’agit d’une plante facile à cultiver. Cette légumineuse nourrissante leur permet bien souvent de survivre aux derniers mois d’hiver, avant l’arrivée des ravitaillements. Les Amérindiens l’adoptent aussi volontiers et en sont friands, de sorte que les colons peuvent se servir de leur production pour faire du troc.
Les vignes de Champlain
Les spécimens que plante Champlain résistent tout d’abord très bien, mais ils déclinent ensuite.
Les semis d’automne
Une telle pratique est possible en France, où certaines graines résistent à l’hiver.
L’Île Sainte-Croix
C’est sur cette île (aujourd’hui île Dochet) que Champlain et Dugua de Monts établissent une première habitation afin d’y passer l’hiver de 1604-1605. Le récit de voyage de Champlain décrit les essais horticoles effectués à cet endroit: «L’on fit après quelques jardinages, tant à la grande terre que dedans l’île, où on sema plusieurs sortes de graines, qui y vinrent fort bien, hormis en l’île ; d’autant que ce n’était que sable qui brûlait tout, lorsque le soleil donnait, encore qu’on prit beaucoup de peine à les arroser.»
L’ordre de Bon Temps
Cette association de nature chevaleresque regroupe quinze personnes de l’entourage du lieutenant-gouverneur de l’Acadie, Jean de Poutrincourt. Avec tout un cérémonial, les participants se transmettent un collier qui désigne la personne ayant pour tâche de chasser et de pêcher pour les autres. Marc Lescarbot, poète, est de la partie et se charge du cérémonial des repas. Le tout prend une tournure à la fois théâtrale et joyeuse. Si les viandes fraîches aident peu contre le scorbut, le vin rouge servi aux convives renferme un tanin qui protège leurs réserves de vitamine C.
La chapelle
Construite en 1633, cette chapelle prend le nom de Notre-Dame-de-la-Recouvrance.
L’habitation de Québec
Voici comment Champlain décrit ses premiers moments à Québec, en juillet 1608: «Dès mon arrivée, j’employai une partie de nos ouvriers à abattre [des arbres] pour y faire nostre habitation, l’autre à scier des aix, l’autre fouiller la cave & faire des fossez.» L’habitation de Québec, entourée de palissades, ressemble beaucoup à celle de Port-Royal. Elle regroupe un fort, un poste de commandement et un entrepôt.
Un travail de repérage
Lors de son premier passage dans les environs de Trois-Rivières, Champlain décrit l’endroit comme propice à une installation. De même à Montréal, en 1611, il choisit un emplacement qu’il nomme place Royale et qu’il défriche en vue d’une future construction, décidant aussi d’édifier une muraille pour savoir si elle se conserve bien.
Obéissance des hommes de Champlain
Après 1633, Champlain interdit de faire la traite de l’eau de vie, sous peine de châtiment corporel et financier. Il ne sera pas obéi sur ce point, comme bien d’autres après lui. Parfois, la frustration de Champlain transparaît dans ses écrits, affirmant par exemple que «ceux qui commandent pour sa Majesté sont fort peu obéis, n’ayant personne pour les assister, que sous le bon plaisir de la compagnie».
Un bon capitaine
À Québec, les colons que doit diriger Champlain ne sont pas beaucoup plus nombreux que l’équipage d’un gros baleinier et son style de leadership semble s’inspirer de la marine. Dans son Traitté (sic) de la marine et du devoir d’un bon marinier, Champlain écrit que le capitaine «doit estre doux et affable en sa conversation, absolu en ses commandements, ne se communiquer trop facilement avec ses compagnons, si ce n’est ceux qui sont de commandement (...) aussi chastier sévèrement les meschans, & faire estat des bons».
La mort de Champlain
Revenu à Québec en 1633, Champlain meurt le 25 décembre 1635. À son chevet se trouve le jésuite Charles Lalemant, qui l’assiste jusqu’à la fin. Lors de ses funérailles, c’est le père Paul Le Jeune qui prononce l’oraison funèbre, affirmant que si Champlain «est mort hors de France, son nom n’en sera pas moins glorieux à la Postérité».
En charge de la colonie
Après Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui est lieutenant général de la Nouvelle-France durant une courte période en 1612, plusieurs vice-roi se succèdent: Henri de Bourbon, prince de Condé (de 1612 à 1620), Henri II, duc de Montmorency (de 1620 à 1625), Henri de Lévis, duc de Ventadour (de 1625 à 1627). La colonie est ensuite confiée au cardinal de Richelieu (de 1629 à 1635).
Le mandat de Champlain
En 1612, le mandat de Champlain est explicité. Entre autres, il a le pouvoir de désigner des subalternes, de «commettre des officiers pour la distribution de la justice, & entretien de la police, règlements & ordonnances», d’entretenir des relations diplomatiques avec les Amérindiens, d’arrêter ceux qui commercent illégalement.
Rester en Nouvelle-France
Après cette première conquête, plusieurs Français prennent le chemin de la forêt, attendant que la colonie soit restituée à la France. D’autres sont invités par les Anglais à rester, surtout ceux qui connaissent bien le pays, comme les truchements et les Récollets. Ces derniers pourront y poursuivre leur oeuvre d’évangélisation.
Les Kirke
Ces marchands anglais connaissent bien la France, ayant fréquenté ses ports. Tandis que le père, Jarvis Kirke, obtient de Charles 1er, roi d’Angleterre, l’autorisation de naviguer vers la Nouvelle-France, ce sont ses fils David, Lewis, Thomas, John et James qui se rendent sur place pour déloger les Français.
Champlain blessé
Durant l’assaut, Champlain est blessé à deux endroits dont au genou, ce qui rend pour lui le voyage de retour très pénible. Ne pouvant marcher qu’avec difficulté, Champlain est attaché dans un «panier» et transporté par un Huron. Lui-même compare son inconfortable position à celle des petits enfants qu’on enveloppe dans des langes si serrés qu’ils ne peuvent bouger. Après deux jours de ce traitement désagréable, il se résout à marcher.
Le mantelet
Arme de siège, il s’agit d’un grand bouclier muni de roues.
Le cavalier
Structure servant à surplomber les installations ennemies. Le cavalier de Champlain est si imposant qu’il faut deux cents hommes pour le traîner près du fort.
Le fort des Onneiouts
Ce fort est situé près du lac Onondaga, aujourd’hui dans l’État de New-York.
Cahiagué
Ce village fortifié est situé près du lac Simcoe.
Un cadeau ensanglanté
Les Français tirent un grand prestige de cette première victoire. En reconnaissance, les Amérindiens offrent à Champlain la tête d’un Iroquois, ainsi que des armes.
L’arquebuse
Arme à feu relativement légère, si on la compare aux premiers mousquets, mais à faible portée. On peut la porter à l’épaule ou l’appuyer contre une fourche.
Ticonderoga
Ville située au sud du lac Champlain, dans l’État de New York.
La confédération iroquoise des Cinq-Nations
Regroupement de cinq peuples vivant au sud du lac Ontario (Agniers, Onneiouts, Onontagués, Goyogouins et Tsonnontouans). Géographiquement, ils se trouvent entre les Mohicans, qui commercent avec les Hollandais et les Anglais, et les peuples hurons et algonquins, partenaires des Français.
Les Amérindiens et les maladies
Les maladies telles la variole, la rougeole et l’influenza n’existant pas en Amérique, les Amérindiens n’ont pas développé d’immunité face à elles. Une raison pouvant expliquer l’absence de ces maladies concerne les animaux domestiques, transmetteurs des virus. Les Amérindiens n’ayant pas d’animaux domestiqués en assez grand nombre, le virus ne peut s’y maintenir.
Champlain rend justice
Au cours de cette querelle, Champlain pardonne à un Amérindien qui a tué des Français.
Joseph Le Caron
Ce récollet est le premier missionnaire à s’être rendu en Huronie.
Une habitation à Montréal?
Champlain a toujours eu l’intention de s’installer à Montréal et il a commencé à y faire défricher le sol. Le projet d’y construire une habitation ne sera toutefois jamais réalisé.
Champlain, tu n’iras pas plus loin!
En 1613, alors que Champlain désire pousser ses explorations au-delà et visiter les Népissingues, ses alliés essaient de l’en décourager, accusant ce peuple d’être composé de sorciers meurtriers, et accusant Nicolas de Vignau d’avoir menti en affirmant avoir atteint la baie d’Hudson, ce que ce dernier admet sous menace de torture. Champlain rebrousse chemin.
Exploration de l’Outaouais et des Grands Lacs
En 1613, Champlain se rend jusqu’à l’île aux Allumettes, chez le chef Tessouat. De retour en 1615, il est émerveillé par la beauté et la fertilité du pays des Hurons. Hivernant avec eux, il en apprend beaucoup à leur sujet, participant, par exemple, à une grande chasse durant laquelle il se perd en forêt. Il ne retrouve ses compagnons que par hasard, trois jours plus tard. Champlain visite aussi les Pétuns et les Outaouais, appelés alors Cheveux-Relevés.
Exploration du Richelieu
En 1609, Champlain remonte le Richelieu jusqu’à Ticonderoga. Il découvre un vaste lac qui porte maintenant son nom.
Le truchement
Ce mot désigne un interprète.
Marché conclu!
Pour sceller cette alliance dans la tradition amérindienne, une prisonnière iroquoise est remise aux Français, tout comme leur est confié le fils d’un chef montagnais qui souhaite visiter la France.
Un grand rassemblement
Des Amérindiens provenant possiblement de trois peuples (Montagnais, Algonquins et Etchemins), sont rassemblés près de Tadoussac pour célébrer une grande victoire militaire. Parmi les chefs se trouve le très influent Anadabijou, hôte de l’événement.
Une alliance importante
Dans cette première entente, les Français se présentent comme des arbitres pour les nations autochtones. Leur position se confirme en 1701, lors de la signature de la Grande Paix de Montréal.
Un assassinat raté
Organisé par le serrurier Jean Duval, qui entreprend d’inclure le plus de gens possible dans ses manigances, l’assassinat de Champlain vise à livrer Québec aux Basques et aux Espagnols. Duval espère ainsi faire fortune. Champlain, en étant informé à temps, échappe au complot. Duval est exécuté.
La Compagnie de Canada
On l’appelle aussi la Compagnie de Condé, puisque le vice-roi de la Nouvelle-France est alors Henri de Bourbon, prince de Condé.
Représenter l’autorité royale
Dans la colonie, Champlain occupe un poste de commandement. Le roi Louis XIII lui recommande de maintenir le pays en son «obéissance, faisant vivre les peuples qui y sont, le plus conformément aux lois de [son] Royaume»..
La liberté de commerce
Pour diverses raisons, les profits générés dans un système de traite libre sont inférieurs aux profits que peut dégager le détenteur d’un monopole, et ce, malgré les pertes liées aux efforts de colonisation.
Des cadeaux pour le roi
Quand Champlain rencontre le roi en 1609, il ne néglige rien pour l’inciter à trancher en sa faveur. Rapportés du Nouveau Monde, il lui offre deux oiseaux «gros comme des merles», une ceinture en «poils de porc-espic» et la tête d’un poisson pris «dans le grand lac des Yroquois».
Des opposants
À la cour de Henri IV, certains conseillers sont défavorables à l’entreprise coloniale, tel le puissant Sully. Les chapeliers et les fourreurs parisiens, pour leur part, croient que la liberté de commerce amène de meilleurs prix et s’opposent au monopole, tout comme les Normands et les Hollandais qui aimeraient bien y trouver leur compte.
Champlain à la cour
Dès la fin du 16e siècle, Samuel de Champlain figure dans les registres salariaux du roi. Il est, entre autres, payé «pour certain voiage secret qu’il a faict important le service du Roy».
La proposition de Dugua de Monts
Prenant la forme de sept articles «pour la découverte et l’habitation des côtes et terres de l’Acadie», cette proposition constitue le premier projet de colonisation de la Nouvelle-France.
Pierre Dugua de Monts
Originaire de la Saintonge, Dugua de Monts est né entre 1540 et 1563. Ancien compagnon d’armes de Henri IV, il est récompensé par le roi qui lui verse une pension et lui confère le titre de «Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy». Dugua de Monts est le co-fondateur, trop souvent oublié, de Québec. Il investit beaucoup de sa fortune personnelle dans l’entreprise de la Nouvelle-France.
Préparer une carte pour la publication
Pour être publiés, les dessins et les cartes de Champlain sont préalablement gravées par un graveur. Sauf quelques exceptions, nous n’avons plus les originaux tracés par Champlain.
Nicolas de Vignau
Nicolas de Vignau est un Français résidant, durant l’hiver de 1611-1612, chez les Amérindiens de l’île aux Allumettes, en Outaouais. De retour à Paris, il fait le récit de ses aventures.
Henry Hudson
Explorateur anglais qui, à la recherche d’un passage nordique vers l’Asie, découvre la baie d’Hudson en 1610.
Carte de la baie d’Hudson
Cette carte est réalisée par le cartographe hollandais Hessel Gerritsz.
Le quatrième récit
Le quatrième ouvrage de Champlain s’intitule Les voyages de la Nouvelle France occidentale, dicte Canada faits par le Sr. de Champlain Xainctongeois, capitaine pour le Roy en la marine du Ponant, & toutes les descouvertes qu'il a faites en ce pais depuis l'an 1603, jusques en l'an 1629, où se voit comme ce pays a esté premièrement descouvert par les François sous l'authorité de nos Roys très-Chrestiens, jusques au règne de Sa Majesté à présent régnante Lovis XIII, Roy de France & de Nauarre.
Le troisième récit
Le troisième ouvrage de Champlain s’intitule Voyages et descouvertures faites en la Novvelle France, depuis l'année 1615, jusques à la fin de l'année 1618 où sont descrits les moeurs, coustumes, habits, façons de guerroyer, chasses, dances, festins & enterrements de divers peuples sauvages, & de plusieurs choses remarquables qui luy sont arrivées audit païs, avec une description de la beauté, fertilité & temperature d'iceluy.
Le deuxième récit
Le deuxième ouvrage de Champlain s’intitule Les Voyages du sieur de Champlain Xaintongeois divisez en deux livres: ou Journal tres-fidele des observations faites és descouvertures de la Nouvelle France: tant en la descriptio des terres costes rivieres ports havres leurs hauteurs & plusieurs declinaisons de la guide-aymant: qu'en la creace des peuples leur superstition façon de vivre & de guerroyer: enrichi de quantité de figures.
Le premier récit
Le premier ouvrage de Champlain s’intitule Des sauvages, ou, Voyage de Samuel Champlain, de Brouage, faict en la France nouvelle, l'an mil six cens trois contenant les moeurs, façon de vivre, mariages, guerres, & habitations des Sauvages de Canadas.
Les récits de voyage
Les récits de voyage de Champlain respectent un ordre chronologique, un peu à la manière des journaux de bord des navigateurs. Les ouvrages de Champlain ont, lors de leur publication, un tirage très limité. Ils cherchent à rejoindre un public instruit et riche, friand de nouveautés. Les récits sur la Nouvelle-France ont toutefois des compétiteurs de taille, tels les écrits de Marco Polo. Au 17e siècle, les ouvrages traitant de l’Amérique du Nord sont beaucoup moins nombreux que ceux portant sur des continents plus exotiques. Par ses ouvrages, Champlain veut, entre autres, convaincre les hommes influents de l’importance de poursuivre l’entreprise de la Nouvelle-France.
La carte de 1607
Une carte de Champlain, manuscrite, se trouve à la Bibliothèque du Congrès américain à Washington. Elle est datée de 1607. Une autre, datée de 1616, n’est publiée que vingt ans après la mort de Champlain.
Sur le navire ennemi
Après la prise de Québec par les frères Kirke, Champlain retourne en Europe à bord d’un navire de la flotte anglaise.
Des unités de mesure empruntées à l’Espagne
Chez Champlain, l’influence de l’Espagne s’observe dans l’unité de mesure qu’il choisit pour les distances en haute mer et les grandes cartes, la lieue marine espagnole. Dans les autres cas, il utilise plutôt les unités de mesure françaises.
Faire du repérage
En tant que maréchal des logis, Champlain apprend à se repérer dans l’espace afin de choisir le meilleur endroit pour installer les troupes.
Évaluer une latitude
L’astrolabe et l’arbalète sont deux instruments permettant d’établir une latitude en fonction de la position du soleil ou de l’étoile polaire. Quand l’horizon est bien visible, l’arbalète est plus facile à utiliser. Quand on voyage sur terre, l’astrolabe est préférable.
Naviguer à l’estime
Deux méthodes sont utilisées pour estimer les distances maritimes. La première est d’évaluer les coordonnées du point de départ et du point d’arrivée, de tracer un triangle et de calculer l’hypoténuse pour trouver la distance parcourue. L’autre méthode est de noter régulièrement la vitesse du navire. Pour ce faire, les Anglais jettent dans l’eau une corde lestée à laquelle ils font des noeuds et comptent le nombre de noeuds défilant sur un intervalle de trente secondes.
L’astrolabe
Instrument utilisé par les navigateurs, l’astrolabe mesure la hauteur des astres. Près de Green Lake, en 1867, on retrouve un astrolabe daté de 1603. Est-ce celui de Champlain? Rien ne permet, malheureusement, de l’affirmer avec certitude.
Une route difficile
Les voyages à l’intérieur du continent sont très ardus pour les Français, en raison des grands dangers affrontés et des conditions de vie pénibles. Voici deux passages extraits de l’ouvrage Les voyages du sieur de Champlain (1613) qui nous en donnent une idée:

Ce fut là où nous eûmes de la peine: car ne pouvant porter nos canots par terre, à cause de l’épaisseur du bois, il nous les fallait tirer dans l’eau avec des cordes, et en tirant le mien, je me pensai perdre, à cause qu’il traversa dans un des bouillons; et si je ne fusse tombé favorablement entre deux rochers, le canot m’entraînait, d’autant que je ne pus défaire assez à temps la corde qui était entortillée à l’entour de ma main, qui me l’offensa fort et me la pensa couper. En ce danger, je m’écriai à Dieu et commençai à tirer mon canot, qui me fut renvoyé par un remous de l’eau qui se fait en ces sauts: et lors étant échappé, je louai Dieu, le priant de nous préserver.

...

Nous eûmes beaucoup de peine à faire ce chemin par terre, étant chargé seulement pour ma part de trois arquebuses, autant d’avirons, de mon capot et quelques petites bagatelles. J’encourageais nos gens, qui étaient un peu plus chargés, et plus grevés des moustiques, que de leur charge. Ainsi après avoir passé quatre petits étangs, et cheminé deux lieues et demie, nous étions tant fatigués, qu’il nous était impossible de passer outre, à cause qu’il y avait près de 24 heures que n’avions mangé qu’un peu de poisson rôti, sans autre sauce (...)
Le savoir-faire amérindien
Les Amérindiens construisent des canots d’écorce légers et faciles à manoeuvrer, bien adaptés aux rivières canadiennes. Habitués à affronter la route, ils cachent des réserves de nourriture le long du chemin. Avec le maïs séché, ils préparent ensuite la sagamité.
L’île aux Allumettes
L’île où s’arrête Champlain s’appelle aujourd’hui l’île Morrison. Elle fait partie de la municipalité de L'Isle-aux-Allumettes, en Outaouais. Son nom original peut avoir été inspiré par les roseaux qu’on y retrouve et que les premiers colons utilisent comme allumettes. À l’époque de Champlain, les Amérindiens qui y résident essaient de freiner les explorateurs français, de peur de perdre leur position privilégiée auprès d’eux.
Hélène Boullé
Hélène Boullé est âgée de douze ans quand elle signe un contrat de mariage avec Samuel de Champlain, en 1610. Champlain touche immédiatement une partie de la dot, somme intéressante pour le financement de ses entreprises. Hélène Boullé ne se rend au Canada qu’une fois, voyage qu’elle trouve difficile. Veuve, elle devient religieuse et fonde les Ursulines de Meaux
Premiers établissements français
Le premier endroit choisi par Champlain pour construire une habitation est une île près de la rivière Sainte-Croix. L’hiver qu’on y passe est catastrophique. Port-Royal se révèle un meilleur choix.
Les côtes de la Floride
Dans les années 1560, les Français ont tenté d’établir sans succès une colonie en Floride. Par la suite, les archives utilisent souvent l’expression «côtes de la Floride» pour désigner une grande partie de la côte américaine, jusqu’à la Nouvelle-Angleterre.
Pierre Dugua de Monts
Il succède à Aymar de Chaste comme détenteur du monopole de la traite des fourrures. Il a déjà visité Tadoussac et espère établir une habitation à un endroit où la température est plus clémente.
Les Français en Acadie
Depuis le milieu du 16e siècle, les Français fréquentent les rivages de l’Acadie, allant y sécher la morue et troquer avec les Amérindiens. Certains Amérindiens rencontrés par Champlain parlent ainsi le français et s’habillent à l’européenne.
L’Arcadie
C’est Verrazzano qui, en 1525, désigne la région de Washington sous ce nom, en référence à l’Antiquité grecque. Les cartographes déplacent cette région vers le nord-est. Elle est nommée «Cadie», puis «Acadie».
Les prédécesseurs
Avant Champlain, Jacques Cartier a arpenté le Saint-Laurent et Guillaume Levasseur en a tracé une carte en 1601. Des fouilles archéologiques confirment, de plus, la présence de pêcheurs basques dans la région de Tadoussac.
L’ultime frontière
Aujourd’hui connu sous le nom des rapides de Lachine, le sault Saint-Louis est l’endroit où Jacques Cartier, lui aussi, s’était arrêté.
Premier départ
Le 15 mars 1603, à Honfleur, Champlain monte à bord de la Bonne-Renommée sous l’invitation d’Aymar de Chaste qui détient le monopole pour la traite des fourrures.
Les fourrures
Les fourrures les plus utilisées par les pelletiers de Paris sont celles de la martre, du lynx, de la loutre. La demande pour la fourrure de castor augmente avec la mode des chapeaux de castor. Ceux-ci sont similaires aux chapeaux de feutre de laine, mais ils sont plus dispendieux, donc plus recherchés.
De nombreux départs
En 1598, le marquis de La Roche fonde une petite colonie à l’Île de Sable qui se maintient jusqu’en 1603. Pierre Chauvin de Tonnetuit, négociant de Honfleur, établit en 1600 un comptoir à Tadoussac. François Gravé, seigneur du Pont, représentant d’Aymar de Chaste, entreprend à son tour le périple en 1603.
La France enfin pacifiée
En 1598, l’édit de Nantes met fin aux guerres de religion. La paix revenue au pays, Henri IV a le loisir de se tourner vers de nouveaux projets.
Maréchal des logis
Il s’occupe du logement et du ravitaillement des troupes.
Champlain «peintre»
Vers 1613, des marchands de Saint-Malo rédigent un mémoire à propos du voyage de Champlain de 1603. Ils expliquent que ce dernier participe à titre de passager, «sa profession de peintre le conviant (...) de veoyr ledict pays».
L’académie de Brouage
L’existence de cette académie nous est révélée dans un récit de voyage, celui du suisse Thomas Platter.
Guerres de religion
Série de guerres civiles françaises opposant catholiques et protestants, de 1562 à 1598.
Guerre de Cent Ans
Série de conflits qui opposent, entre 1337 et 1453, la France à l’Angleterre.
Une petite marge d’erreur
On situe la naissance de Champlain entre 1567 et 1580.