Chroniques

Pour gagner son ciel

Pour gagner son cielAux siècles derniers, une foule de croyances, de rituels et de pratiques religieuses rythmaient le quotidien des Québécois. Pensons au chapelet en famille, à la Fête-Dieu ou au mois de Marie et nous voilà plongés dans le monde des dévotions populaires de nos aïeux. Ces dévotions ont influencé, voire défini, une partie de notre culture.

Suivez-nous dans cette nouvelle série de chroniques. Nous retraçons plusieurs facettes, parfois oubliées, de ce patrimoine religieux québécois. Fêtes populaires, processions et pèlerinages annuels... voilà autant de façons de gagner son ciel!

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Premier épisode
Croix de bois, croix de fer
Croix de bois, croix de fer

Croix de chemins sur la côte de Gaspé (Québec), collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec.

Avec la Vierge Marie, la croix est sans doute le thème le plus influent de l’art religieux québécois. Les sculpteurs, les orfèvres, les architectes et les peintres ont fabriqué des croix d’église, des chemins de croix, des croix de cimetière, des crucifix et des chapelets, tous plus somptueux les uns que les autres.

N’oublions pas les calvaires* et les croix de chemins qui parsèment les routes du Québec. Plantés à la croisée de deux rangs de campagne ou dressés fièrement sur une butte rappelant le Golgotha, ces crucifix «grandeur nature» sont le symbole d’un passé mystique. Encore aujourd’hui, on en trouve entre 2 500 et 3 000 à travers tout le Québec.

Les origines des croix et des calvaires remontent au Moyen Âge. Leur apparition coïncide principalement avec l’émergence de l’art roman, vers le 11e siècle. Par la suite, la multiplication de ces objets de piété atteint son apogée aux 16e et 17e siècles, particulièrement en Bretagne. Cela explique que la tradition s’implante en Nouvelle-France dès la découverte du Canada par Jacques Cartier, en 1534. Celui-ci, breton d’origine, plante plusieurs croix signifiant la prise de possession du territoire par le Roi de France.

Croix de bois, croix de fer

Calvaire à Saint-Pamphile (Québec), collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec.

Au 17e siècle, les principales agglomérations possèdent au moins un calvaire ou une croix de chemins. Les missionnaires parcourant le pays, plantent des croix un peu partout. Les colons érigent ces structures pour signifier leur foi, remercier Dieu d’une faveur obtenue ou commémorer un lieu de naufrage ou de bataille. Si bien que vers 1750, chaque paroisse, située entre Montréal et Québec, compte en moyenne deux ou trois croix de chemins. Comme il est d’usage de s’arrêter et de faire une prière ou une révérence à chaque croix, cela prolonge souvent le trajet du voyage!

La prolifération des croix de chemins et surtout des calvaires se poursuit au 19e siècle et jusqu’à la première moitié du 20e siècle. Particulièrement à cette période, ces structures deviennent des lieux de rassemblements pour prier lors des fêtes religieuses comme la Fête-Dieu, le mois de Marie, le dimanche des Rameaux ou le Vendredi saint. On s’y rassemble également pour solliciter la grâce de Dieu contre les fléaux de tous genres: guerres, épidémies, incendies, sécheresses..

Il existe une grande diversité de calvaires et de croix de chemins. Les plus modestes sont l’oeuvre des cultivateurs; les plus élaborés, particulièrement les calvaires, furent commandés aux siècles derniers par les curés de paroisse et réalisés par des artistes professionnels. Le plus célèbre d’entre eux est le sculpteur Louis Jobin.

Croix de bois, croix de fer

Croix de chemins, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec.

Le cuivre, le fer, la pierre sont utilisés pour la fabrication des croix et des calvaires, mais le pin demeure le matériau le plus courant. De fait, plusieurs croix de chemins n’ont pas résisté au temps; les plus anciennes datent, en général, de la fin du 19e siècle.

Les images pieuses servent de source d’inspiration pour la fabrication de plusieurs calvaires. Pour en savoir plus sur l’imagerie dévote, nous vous donnons rendez-vous le 23 mars 2004.

* Les croix de chemins sont sculptées sans ornementation ou avec quelques instruments de la Passion (lance, échelle, éponge, pinces, marteau, etc.). Les calvaires représentent le Christ en croix et incluent parfois quelques personnages. Par exemple, le calvaire québécois le plus élaboré, érigé en 1932 à Saint-Célestin (région de Nicolet), inclut les deux larrons, la Vierge, Marie-Madeleine, saint Jean, Marie-Salomé et le soldat porte-lance.

Sources
  • PORTER, John R. et Léopold Désy. Calvaires et croix de chemins du Québec, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 1973, 145 p.

Deuxième épisode
Les images dévotes
Les images dévotes

«O doux agneau, gardez-nous toujours dans votre coeur béni», 1918.
© Maison Saint-Gabriel

L’imagerie religieuse, illustrant le catéchisme ou représentant les saints, remonte à plusieurs siècles. Dès l’apparition de la gravure, au 14e siècle, on assiste à la popularisation des images dévotes. Au Québec, de tous les objets associés aux pratiques religieuses, les images pieuses sont les articles de dévotion les plus répandus jusque dans les années ’60. Cependant, c’est au tournant du siècle dernier que leur popularité est à son comble.

Dans l’Église catholique, les petites images sont distribuées par les autorités religieuses qui en recommandent l’utilisation fréquente. À titre d’exemples, certaines images reproduisent les litanies pour inciter les croyants à réciter les prières et à se recueillir; l’image de l’angélus, placée dans la maison familiale, rappelle à chacun son devoir de chrétien.

Avec le culte des saints, les images dévotes sont surtout utilisées pour leur valeur de protection. Alors appelées images de préservation, elles protègent la personne des maladies, de l’insomnie, des accidents, etc. On peut également s’en servir pour demander au saint personnage, représenté sur l’image, une faveur particulière, par exemple, retrouver un objet perdu. Le fidèle porte souvent ses images épinglées sur ses vêtements, dans ses bas, dans ses poches, dans sa bourse... Certains ont même de petites images qu’ils avalent pour se guérir d’un mal de gorge, soulager les crampes menstruelles ou toute autre affection.

Les images dévotes

«Chrétien, souviens-toi que tu as aujourd'hui une âme à sauver»,1900.
© Maison Saint-Gabriel

La protection apportée par les images pieuses s’étend aux biens matériels. Une image de la Vierge, placée dans la maison et les bâtiments, protège des incendies. Une image de saint Christophe, dans la voiture, prévient les accidents sur la route. Le Sacré-Coeur bénit «les maisons où l’image de son coeur est exposée et honorée».

Rappelons enfin que les images pieuses ne sont qu’un objet de dévotion parmi d’autres. Elles rejoignent les médailles, les scapulaires, les statuettes, les crucifix et les autres rites sacramentaux presque oubliés de nos jours.

Différents groupes, dont les confréries, ont fait la promotion des images pieuses. Pour en savoir plus sur les confréries, nous vous donnons rendez-vous le 6 avril 2004.

Sources
  • LESSARD, Pierre. Les petites images dévotes. Leur utilisation traditionnelle au Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval,1981, 174 p.

Troisième épisode
Les confréries en Nouvelle-France

Les confréries sont des regroupements de laïcs ayant des visées spirituelles et charitables.* En Nouvelle-France, elles sont très répandues. Hommes et femmes adhèrent à ce type d’associations pour assurer leur salut. Pour ce faire, ils participent à toutes sortes d’activités religieuses: offices spéciaux, prières collectives, processions, oeuvres de bienfaisance...

Généralement mises sur pied par des laïcs, les confréries religieuses sont toujours supervisées par le clergé catholique qui autorise leur formation et oriente leurs activités. Pour ce dernier, les confréries constituent une façon de susciter la dévotion chez les fidèles.

En effet, par le biais de leurs activités, les confréries encouragent la pratique religieuse. Par exemple, la confrérie du Rosaire fait la promotion du chapelet. D’autres se «spécialisent» dans la dévotion à un saint en particulier, comme la confrérie de Sainte-Anne, dédiée à la mère de la Vierge Marie. Dans ce type de confréries, les membres sont invités à adopter une bonne conduite en imitant les vertus du saint patron. Au-delà de ces spécificités, toutes les confréries religieuses ont pour but l’amélioration de la vie morale et spirituelle de leurs membres. Plus encore, ces derniers servent de modèle au reste de la population.

Il est important de mentionner que l’adhésion aux confréries se fait sur une base volontaire. À ce titre, les activités de ces associations sont dites surérogatoires - c’est-à-dire qu’elles ne sont pas obligatoires. Ces actes pieux et ces pratiques dévotes viennent s’ajouter aux devoirs prescrits au chrétien, comme la messe dominicale.

Pour inciter les fidèles à joindre les confréries, l’Église catholique distribue généreusement des indulgences.** En plus de cet avantage non négligeable, l’adhérent à une confrérie bénéficie de l’aide de ses pairs, en cas de besoin. Par exemple, au moment de sa mort - et même après celle-ci - il compte sur eux pour l’accompagner dans cette étape ultime et réciter des prières pour le salut de son âme.

Sous le Régime français, huit confréries *** sont établies. Parmi celles-ci, seule la confrérie de la Sainte-Famille existe encore aujourd’hui. Après la Conquête, une panoplie de confréries voient le jour. Jusqu’à la fin des années ‘50, le Québec compte plusieurs confréries très actives. Cela dit, le 17e siècle demeure l’âge d’or de ces regroupements.

La majorité des confréries orientent leur dévotion autour d’un saint. Pour en savoir plus sur le culte des saints au Québec, nous vous donnons rendez-vous le 20 avril 2004.

* Le terme confrérie désigne également un groupe d’individus partageant le même métier, la confrérie des vignerons, par exemple. Toutefois, ces confréries de métier sont peu communes en Nouvelle-France.
** Dans la religion catholique, l’indulgence est une remise totale (indulgence plénière) ou partielle (indulgence partielle) des peines temporelles dues pour les péchés déjà pardonnés. (Le Petit Larousse illustré, édition 2002)
*** En ordre chronologique de formation: la confrérie du Rosaire (1656), la confrérie du Scapulaire (1656), la confrérie de Sainte-Anne et la congrégation de la Vierge (1657), la confrérie de la Sainte-Famille (1664), le tiers ordre franciscain et la congrégation des filles externes (date inconnue) et la confrérie du Sacré-Coeur (1716). Fondées à Québec, pour la plupart, ces confréries établissent, par la suite, des filiales dans plusieurs paroisses.

Source
  • CLICHE, Marie-Aimée. Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France. Comportements populaires et encadrement ecclésial dans le gouvernement de Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1988, 354 p.

Quatrième épisode
Au nom de quel saint?
Au nom de quel saint?

Saint Charles de Borromé, patron de la Pointe-Saint-Charles, par Pierre Leber, 17e siècle.
© Maison Saint-Gabriel

Profondément croyants, nos ancêtres mettaient leur confiance dans le culte des saints pour vivre le quotidien et affronter les épreuves. Représentés en images, en statues, en médailles ou vénérés par le biais des reliques, les saints sont invoqués pour conjurer les maux de tous genres: épidémies, sécheresses, guerres, etc. À un niveau plus individuel, le fidèle demande la protection d’un saint pour régler un problème personnel, guérir une maladie, bénir son mariage...

En Nouvelle-France, les saints sont invoqués le plus souvent pour demander une guérison, pour prévenir les naufrages, les incendies, les famines ou encore pour obtenir de l’aide matérielle ou spirituelle. Il semble à ce titre que sainte Anne récolte la palme en tant que sainte la plus sollicitée. Suivent la Sainte Vierge, saint Joseph et saint Augustin. Fait intéressant, plusieurs demandent l’intercession des saints ayant vécu au pays. On attribue de la sorte, quelques guérisons au père Jean de Brébeuf, martyrisé par les Iroquois au 17e siècle et canonisé en 1930.

Au nom de quel saint?

Saint Joseph et l’Enfant, par Soeur Sainte-Catherine-des-Anges, CND, date inconnue.
© Maison Saint-Gabriel

Chaque saint est réputé pour intervenir dans un domaine, souvent déterminé à partir de ce qu’il a réalisé dans sa vie. Saint Roch, par exemple, invoqué contre les maladies contagieuses et la peste, consacra sa vie à soigner les pestiférés.

À quel saint se vouer en cas de besoin? Voici quelques suggestions plus ou moins connues:

  • Pour retrouver un objet perdu, priez saint Antoine de Padoue;
  • Pour soulager des maux de gorge, invoquez saint Blaise. Autrefois, tous les trois février, jour de sa fête, les fidèles se rendaient à l’église pour la bénédiction des gorges;
  • Décédée à la suite d’un long martyre où on lui crève les yeux, sainte Lucie protège les aveugles et est invoquée pour soulager les affections oculaires;
  • Saint Hubert est invoqué pour guérir les blessures de chasse ou les morsures de chien;
  • Votre conjoint ronfle terriblement? Il semble que prier saint Bernard est efficace pour régler ce problème!

En plus de permettre l’obtention de faveurs particulières, le culte des saints offre une protection aux dévots. Les villes, les corps de métiers, etc. sont donc souvent associés à un saint patron. Au Québec, la plupart des villages portent le nom d’un saint. Mentionnons Montréal, protégé par la Sainte Vierge, à cause de son ancienne appellation, Ville-Marie.

Être en odeur de sainteté...
Au Moyen Âge, les saints jouissent d’une popularité sans borne. En 1171, pour éviter que l’on proclame saint n’importe qui, le pape Alexandre III réserve au souverain pontife le droit de canonisation. On établit, par la suite, les règles de procédure qui furent réformées plusieurs fois au fil des siècles.

La canonisation suit un processus complexe et n’est proclamée qu’au terme d’une longue enquête juridique où les vertus et les miracles associés au «candidat» sont reconnus. Généralement, la démarche est entreprise par un groupe de fidèles affirmant que des personnes ont été miraculées grâce à l’intercession du serviteur de Dieu.

Certains critères sont considérés comme des signes incontestés de sainteté, par exemple, le fait que le corps du saint ne se putréfie pas après la mort et qu’il dégage un parfum agréable. Plusieurs histoires autour des saints mentionnent cet attribut. On raconte, par exemple, qu’en 1933, à Nevers (France) on ouvrit le cercueil de sainte Bernadette Soubirous et qu’il s'en dégagea une odeur de roses... D’où l’expression commune «Être en odeur de sainteté».

Pour connaître l’ensemble de la procédure de canonisation, consultez la page suivante:
http://jeanpaul2.cef.fr/enseignement/canonisation-beat_01.html

Au nom de quel saint?

Ex-voto, 1812. L’ex-voto est un objet offert pour l’obtention ou en remerciement d’une grâce. L’ex-voto est déposé dans une église ou une chapelle.
© Maison Saint-Gabriel

Plusieurs noms de rues et de quartiers montréalais portent des noms de saints. Dans certains cas, la toponymie rend hommage à la fois au patron et à un personnage illustre. La rue Saint-Paul désigne l’apôtre saint Paul, mais aussi Paul de Chomedey sieur de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie. Le quartier Pointe-Saint-Charles honore à la fois saint Charles de Borromé et Charles LeMoyne, explorateur et riche marchand de fourrures en Nouvelle-France.

Avec les prières, les messes et les pèlerinages, un des moyens de recours utilisés pour invoquer les saints est la vénération des reliques. Pour en savoir plus sur ces objets de dévotion, nous vous donnons rendez-vous le 4 mai 2004.

Sources
  • CLICHE, Marie-Aimée. Les Pratiques de dévotion en Nouvelle-France. Comportements populaires et encadrement ecclésial dans le gouvernement de Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1988, 354 p.
  • DAWSON, Nelson-Martin. «Les dévotions populaires une assurance tous risques», Cap-aux-diamants, no 26, été 1991, p. 14-17.

Cinquième épisode
Saintes reliques
Saintes reliques

Reliquaire-ostensoir, date inconnue..
© Maison Saint-Gabriel

Aux 3e et 4e siècles, on raconte que des fidèles furent miraculés, après avoir visité la tombe des saints. Des aveugles ont retrouvé la vue, des paralytiques marchent à nouveau, des estropiés ont cessé de boiter... De bouche à oreille, ces histoires se répandent et chacun veut visiter les saintes sépultures. Toutefois, plusieurs fidèles ne peuvent s’y rendre, Rome et les autres lieux sacrés étant éloignés. Pour remédier à la situation, on déclare que le contact avec une partie du corps du saint suffit pour bénéficier de son intercession. La simple vue des reliques est également suffisante. Il n’en faut pas plus pour que les tombes des saints soient pillées, chacun voulant «sa part de sainteté». Les dents, les phalanges, les fragments de crâne, etc. sont dispersés à travers le monde. Ainsi naît la dévotion aux reliques. La dispersion des reliques dure tout au long du Moyen Âge et occasionne parfois un véritable trafic où les fraudes sont nombreuses.

Le terme relique vient du latin reliquiae qui signifie «restes». Les reliques sont donc ce qui reste d’un saint après sa mort. Les parties de son corps sont appelées reliques primaires; ses vêtements, les objets lui ayant appartenu, etc., sont les reliques secondaires. Les fragments de la Croix ou du saint suaire entrent dans cette dernière catégorie.

Les reliques sont enchâssées dans des reliquaires pour être conservées et exposées. Les grands reliquaires sont placés sur les autels des chapelles et des églises; les petits ornent les murs des maisons, à la manière d’un cadre, ou suivent leur propriétaire, nichés dans la poche de leurs vêtements. Par ailleurs, il n’est pas rare qu’un reliquaire contienne les reliques de plusieurs saints.

Croix-reliquaire contenant une relique de Marguerite Bourgeoys, 1950.
© Maison Saint-Gabriel

Reliquaire-cadre, date inconnue.
© Maison Saint-Gabriel

Reliquaire portant l’inscription «Cy gist le Coeur de /Sr. Pierre LeBer», 1707.
© Maison Saint-Gabriel

Saintes reliques

La Tour des Martyrs de Saint-Célestin (Québec). La Tour des Martyrs est le seul lieu de pèlerinage au monde dédié aux Saintes reliques, 20e siècle. Collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec.

Par le biais des reliques, les fidèles vénèrent un saint, demandant son intercession pour une faveur spirituelle ou matérielle. La récitation de prières, la contemplation des reliques ou leur application sur une partie du corps constituent différentes façons de vénérer ces objets de culte.

Enfin, les fidèles chrétiens vénèrent les reliques des saints patrons, mais aussi celles de personnes n’ayant pas été canonisées. Nombre de personnages à la piété et aux vertus illustres sont ainsi honorés par les catholiques. Mentionnons, parmi d’autres, le frère André, fondateur de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, à qui on attribue plusieurs miracles, dont des dizaines de guérisons.

Très souvent, les lieux conservant des reliques célèbres deviennent des lieux de pèlerinage très fréquentés. Le Québec en compte un bon nombre. Pour en savoir davantage sur les pèlerinages, nous vous donnons rendez-vous le 18 mai 2004.

Sources
  • PERRIN, Joël et Sandra VASCO ROCCA, dir. Thesaurus. Objets religieux du culte catholique, Paris, Éditions du patrimoine, 1999, 406 pages.
  • MORISSETTE, Jules. Gratia Dei. Les chemins du Moyen Âge, [ En ligne], 2003. Québec, musée de la civilisation. [ http://www.gratiadei.com/fr/menu.html ] (2004).

Sixième épisode
En route vers le salut
En route vers le salut

«Occuper, fatiguer et imprégner les fidèles, tels sont les impératifs de la composition du lieu sacré pour la délivrance des pèlerins.» Dans cette lignée d’esprit, les fidèles montent à genoux les marches de l’Oratoire Saint-Joseph. Ils s’arrêtent à chaque marche pour réciter une prière, 1955, collection Centre d’histoire de Montréal.

Jusque dans les années ‘60, le quotidien des Québécois suit le rythme des célébrations et des exercices religieux. Entre les fêtes chrétiennes, les processions et la messe dominicale, les pèlerinages occupent une place importante. Chaque année, à la manière des premiers pèlerins marchant vers Jésuralem ou Saint-Jacques-de-Compostelle, les membres de la famille se rendent dans un des lieux de pèlerinages, pour signifier leur foi. Petits et grands attendent avec impatience cette journée de recueillement, véritable voyage rempli de surprises.

Le lieu de pèlerinage le plus ancien du Québec est la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. En 1658, on érige une première chapelle, après que des marins bretons eurent transplanté le culte de sainte Anne, mère de la Vierge Marie, en Nouvelle-France. Lieu de dévotion majeur, on atteste plusieurs cas de guérisons miraculeuses dans ce sanctuaire. Les colonnes de l’église, ornées de centaines de béquilles, témoignent de ces rétablissements inespérés.

En route vers le salut

Foule de pèlerins réunis à l’Oratoire Saint-Joseph,1960, © Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

Montréal, le premier lieu de pèlerinage se trouve sur le mont Royal, à l’endroit où Maisonneuve, fondateur de la ville, plante une croix pour remercier la Providence d’avoir épargné la colonie d’une inondation, en 1642. Marguerite Bourgeoys, recrue de 1653, fera relever cette croix, mais, plus tard, la menace iroquoise rend l’accès à ce site pratiquement impossible. Pour remédier à la situation, après plusieurs difficultés et délais, elle fait ériger, en 1675, une petite chapelle qui devient le nouveau lieu de pèlerinage. Reconstruite en 1771, après un incendie, c’est aujourd’hui la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, dans le Vieux-Montréal.

Il faut attendre deux siècles et demi et la détermination d’un homme des plus modestes, le frère André, pour que le mont Royal retrouve sa vocation première. En 1904, une chapelle dédiée à saint Joseph est construite. Elle est remplacée, à partir de 1915, par l’Oratoire Saint-Joseph, sans conteste le lieu de pèlerinage le plus populaire au 20e siècle.

En route vers le salut

Pèlerinage au reliquaire de Saint-Célestin, début du 20e siècle, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec

Outre les endroits mentionnés plus haut, le Québec regorge de lieux de culte. Mentionnons le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap au Cap-de-la-Madeleine, près de Trois-Rivières; le Montmartre Canadien à Sillery; et la Tour des Martyrs à Saint-Célestin, près de Nicolet, seul sanctuaire au monde dédié au culte des saintes reliques.

La plupart des lieux de pèlerinages furent établis au début du 20e siècle, alors que la ferveur religieuse et la dévotion des catholiques québécois sont à leur comble. En ces temps de crise - c’est l’époque de la grippe espagnole, de la Première Guerre mondiale (1914-18) et de la Crise économique de 1930 - les pèlerins se rendent par centaines prier pour demander l’intercession divine et obtenir de l’aide spirituelle et matérielle. Après la visite du sanctuaire, ils assistent parfois à une messe autour d’un autel, placé à l’extérieur et prévu à cet effet. Les lieux de pèlerinages comportent souvent un calvaire et un chemin de croix extérieurs.

En route vers le salut

Pèlerinage au Cap-de-la-Madeleine.
1906, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec

Le pèlerinage complété, chacun retourne chez soi avec sa provision de médailles, de statuettes, d’images pieuses, d’huile miraculeuse, d’eau bénite et d’autres souvenirs. Ces derniers attestent du pèlerinage accompli; pèlerinage qui sera renouvelé l’année suivante.

Semblables aux pèlerinages, les processions sont récurrentes dans le Québec des siècles derniers. Pour en savoir plus sur ces dévotions populaires, nous vous donnons rendez-vous le 1er juin 2004.


Septième épisode
Défiler pour la gloire de Dieu
Défiler pour la gloire de Dieu

Procession de la Fête-Dieu à Montréal, aussi appelée fête du saint Sacrement ou Corpus Christi, 1959, collection du Centre d’histoire de Montréal

Dans certaines paroisses rurales, on organise encore des processions religieuses, comme c’était le cas partout au Québec, il y a cinquante ans. À cette époque, plusieurs fois par année, les rues des villes et des villages se remplissent de fidèles, défilant en cortège pour honorer un saint ou souligner une fête religieuse.

Au Québec, l’origine des processions remonte au 17e siècle. Les colons, venus peupler la Nouvelle-France, apportent avec eux les traditions de la Mère patrie et organisent les premiers défilés. À titre d’exemple, les Jésuites relatent pas moins de quatre défilés religieux, pour l’année 1646. Par la suite, la popularité et le nombre de processions ne cessent de croître. Tous s’entendent pour dire que c’est à la fin du 19e siècle que l’on assiste aux défilés les plus grandioses.

Défiler pour la gloire de Dieu

Défilé dans les rues du village de Saint-Félicien, 1909, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec

Le clergé catholique, les confréries, les communautés religieuses, etc. organisent les défilés ayant pour but d’attiser la foi des fidèles. Certaines processions se déroulent au niveau local - dans un village ou dans une école, par exemple - d’autres, de plus grande envergure, sont organisées simultanément dans plusieurs paroisses de la province. C’est le cas des deux défilés annuels les plus importants: la procession de la Fête-Dieu et celle du Sacré-Coeur.

Peu importe leur ampleur, les processions suivent, à quelques détails près, le même canevas. Les fidèles se réunissent à l’église, point de départ de la cérémonie. Après avoir entendu la messe, les gens se rassemblent derrière la bannière du groupe dont ils font partie: communauté religieuse, école, confrérie, etc. Tous ces groupes forment un long cortège, défilant dans les rues en récitant des prières et chantant des cantiques. Le prêtre ouvre ou ferme la marche, élevant un ostensoir, une croix ou une bannière à l’effigie d’un saint, selon la procession en cours. Il est suivi ou précédé des fidèles portant également des bannières et parfois, la statue d’un saint, fixée à un brancard. On encense le parcours, parsemé de fleurs et bordé d’arbres coupés, souvent des sapins. De chaque côté, les maisons sont ornées de rubans, de fleurs, de drapeaux pontificaux et d’images pieuses.

Défiler pour la gloire de Dieu

Procession tenue à l’occasion du congrès Eucharistique de 1910, collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec

Deux ou trois fois, le cortège s’arrête devant un reposoir tout décoré. C’est un autel provisoire, dressé à l’extérieur, pour déposer le saint Sacrement. Le prêtre y bénit les fidèles et les invite à réciter des prières. La procession se termine là où elle a commencé: à l’église. Le prêtre bénit une dernière fois les fidèles qui retournent chez eux, jusqu’à la prochaine procession.

Outre les processions soulignant les grandes fêtes religieuses, comme la procession de l’Assomption, les Rogations et les fêtes patronales, les défilés religieux sont organisés pour demander l’intercession divine, en cas de fléau. De nombreux documents attestent de cette réalité. Ainsi, en 1702, on défile en l’honneur de saint Roch et de saint Sébastien dans l’espoir d’échapper à une épidémie de petite vérole dévastant le pays. En 1722, on organise une procession à la Mère de Jésus, pour que cesse une sécheresse sévissant depuis trois mois. On raconte qu’au retour de cette procession, il plut sans arrêt pendant trois jours.

Défiler pour la gloire de Dieu

Procession, 20e siècle
Tous droits réservés © Maison Saint-Gabriel

Comme la majorité des dévotions populaires de nos ancêtres, les défilés religieux disparaissent presque complètement avec la Révolution tranquille des années ‘60. Cependant, n’oublions pas qu’elles ont profondément marqué la culture et l’identité québécoises.

Voilà pour la dernière chronique portant sur les dévotions populaires au Québec. Nous vous donnons rendez-vous le 15 juin 2004, avec un nouveau thème.

Source
  • Musée DU QUÉBEC. Le grand héritage. L’Église catholique et les arts au Québec, Québec, Bibliothèque nationale du Québec, 1984, 369 p.

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Louis Jobin
Sculpteur québécois né à Saint-Raymond de Portneuf, en 1845, et décédé à Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1928. Il reçoit sa formation par le maître sculpteur François-Xavier Berlinguet et la complète à New York auprès d’un sculpteur anglais du nom de Boulton. Durant sa carrière, Louis Jobin réalise plusieurs oeuvres magnifiques, dont certaines ornent encore les églises du Québec. On lui doit, entre autres, de nombreux calvaires dont celui du cimetière de Sainte-Foy (1878) et celui du village de Bras d’Apic dans la région de Chaudière-Appalaches. On lui doit également l’ensemble statuaire de l’église de Saint-Henri de Lévis (1878-1882) et la statue équestre de saint Georges terrassant le dragon (1909), sur la façade de l’église Saint-Georges-Ouest, en Beauce.