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LE PAVILLON CATHERINE-CROLO

Biographie de Catherine Crolo

Catherine Crolo naît en 1619, en Lorraine, au sein d’une famille qui s’installe par la suite dans la ville de Troyes en Champagne. Elle rencontre Marguerite Bourgeoys alors qu’elle est capturée par un groupe de jeunes hommes. Crucifix à la main, Marguerite Bourgeoys dit à ces derniers que, s’ils s’en prennent à une fille de Dieu, c’est à Dieu-même qu’ils s’en prennent. Catherine délivrée, Marguerite Bourgeoys et elle deviennent amies, puis congréganistes externes au Couvent de Notre-Dame à Troyes. Sous la direction de la religieuse Louise de Chomedey, sœur du fondateur de Montréal Sieur de Maisonneuve, elles instruisent, dans les rues, les enfants des familles ne pouvant défrayer les coûts de l'éducation au couvent.

En 1653, Paul de Chomedey visite sa sœur en France alors qu’il vient recruter une centaine d’hommes pour l’établissement de Ville-Marie. Marguerite Bourgeoys lui est recommandée pour l’instruction des enfants. Cette dernière accepte le défi de faire la grande traversée et de s’établir à Ville-Marie. Six ans plus tard, soit en 1659, elle retourne en France dans le dessein de ramener avec elle Catherine Crolo, Marie Raisin, Edmée Châtel et Anne Hioux. En échange de leur collaboration à la mission d’enseignement, elle leur promet «pain et potage». Catherine Crolo, la plus «forte», s’engage à soulager les futures enseignantes dans leurs tâches domestiques. Elles traversent donc l’Atlantique à bord du «Saint-André» avec Jeanne Mance et d’autres recrues de la Société Notre-Dame-de-Montréal.

Dès son arrivée, Catherine Crolo accomplit toutes sortes de tâches ménagères et, dès 1662, elle prend sous sa direction cinq défricheurs engagés à la concession de Pointe-Saint-Charles. En 1668, Marguerite Bourgeoys ayant acquis la maison de ferme et des terres à Pointe-Saint-Charles, confie à Catherine Crolo la direction de tous les travaux agricoles de la Congrégation. En plus d’être gérante et métayère, elle accueille jusqu’en 1673 une quarantaine de Filles du Roy à qui elle enseigne les éléments importants de survie dans la nouvelle colonie et le comment «tenir maison».

Catherine Crolo ne manque pas de travail. La métairie dont elle est la gérante devient un lieu d’enseignement. À La Providence, après le passage des Filles du Roy, ce sont maintenant les enfants des alentours qui viennent apprendre à lire, à «jeter» et à écrire. Des jeunes femmes désireuses d’entrer en communauté (novices) lui offrent de l’aide. La ferme est florissante et les sœurs ne sont «à la charge» de personne. Lors du recensement de 1681, Catherine Crolo, âgée de 62 ans, gère une métairie en plein essor: la terre totalise 150 arpents (0,51 km2), on compte 22 bêtes à cornes, 5 chevaux, 30 brebis, 11 domestiques et 2 hommes donnés.

En 1693, un incendie détruit le corps principal de la maison de ferme. Catherine Crolo, âgée maintenant de 74 ans, retrouve son amie Marguerite Bourgeoys à l’infirmerie de la maison mère où elles effectuent des travaux de couture. Cinq ans plus tard, soit en 1698, la maison de ferme est reconstruite sur les mêmes fondations, les activités de la ferme reprennent vie. C’est cette même année que les sœurs prononcent des vœux et prennent un nom de religion. Catherine Crolo prend le nom sœur de Saint-Joseph, en mémoire de celui qui a pourvu aux besoins matériels de la sainte famille de Nazareth. Elle décède le 28 février 1699, à l’âge de 80 ans. Tout le clergé et un grand concours de peuple étaient présents à sa cérémonie funèbre, à l’église Notre-Dame. Nous retrouvons dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, le témoignage éloquent de l’annaliste Marie Morin:

«Le partage de la Sœur Crolo fut le ménage de la campagne où elle a consommé ses forces
et ses années; elle a rendu par là des services à ses Sœurs et à laver des lessives le jour après
les avoir coulées la nuit et cuisant le pain. C’était une fille infatigable pour le travail, se regardant comme la servante de toutes et l’âne de la maison…»
[Marie Morin, Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal]

Bibliographie
  • BEAUDOIN, Marie-Louise, CND, Dans l'ombre: Catherine Crolo, [Montréal], Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, Maison Saint-Gabriel, 1977, 37p.
  • Chicoine, Émilia, CND, La métairie de Marguerite Bourgeoys à la Pointe-Saint-Charles, [Montréal], Fides, 1986, 359 p.
  • SIMPSON, Patricia, Marguerite Bourgeoys et la Congrégation de Notre-Dame, 1665-1700, traduit de l'anglais par Albert Beaudry, [Montréal], McGill-Queen's University Press, 2007, 328 p.
  • SIMPSON, Patricia, Marguerite Bourgeoys et Montréal, 1640-1665, traduction de l’anglais par Simone Poissant, [Montréal], McGill-Queen's University Press, 1999, 269 p.

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